lundi , 15 juillet 2019
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Dr Siddick Maudarbocus

Dr Siddick Maudarbocus : «Il faut un système de gestion de qualité dans les hôpitaux publics»

Le Dr Siddick Maudarbocus, médecin et directeur de la clinique Les Mariannes, fait le point sur la situation du secteur de la santé à Maurice. Pour mettre un terme aux gaspillages, il préconise la mise en place d’un système de gestion de qualité dans les hôpitaux publics.

Le thème de la journée mondiale de la santé, observée ce dimanche 7 avril, est « couverture universelle pour tous ». Bien que les services de santé soient gratuits à Maurice, pensez-vous que certaines personnes peuvent ne pas avoir accès aux soins ?
Oui, en effet. Bien que les services soient gratuits, l’accès à tout le monde n’est pas garanti. Cela principalement en raison d’un manque de conscientisation, de sensibilisation et d’éducation. Beaucoup de personnes qui ont contracté des maladies pensent qu’elles vont guérir sans des traitements appropriés à l’hôpital. Il y a toujours cette mentalité « pli tard mo va guette-ça ». Donc, il faut une conscientisation plus accrue de la part des autorités pour faire comprendre aux gens l’importance d’un check-up et des suivis dans les hôpitaux publics. Aussi, l’accent doit être mis sur les symptômes pour toute maladie afin d’encourager les personnes à avoir recours aux soins médicaux.

La conscientisation n’existe pas dans toutes les couches sociales…»

Vous voulez dire que les campagnes de conscientisation eu égard à la santé ne marchent pas à Maurice ?
Effectivement. Elles n’engendrent pas les résultats escomptés. D’ailleurs, on constate que la conscientisation n’existe pas dans toutes les couches sociales, dans tous les endroits de l’île Maurice et dans toutes les tranches d’âge. La réussite dans ce domaine passe par la conscientisation. J’ai eu l’occasion d’exercer dans des pays en Europe à l’instar de l’Angleterre où le degré de conscientisation est très élevé. Par exemple, si une personne présente une infime trace de diabète dans son sang, par elle-même elle saura qu’elle doit changer de régime alimentaire et prendre les mesures qui s’imposent. Or, à Maurice, nous constatons que des diabétiques qui sont aussi atteints d’autres maladies ne prennent pas vraiment leur santé en main.

Y-a-t-il une explication à ce genre de comportement des Mauriciens ?
Je pense que cela est dû à notre éducation qui n’a pas mis l’emphase sur la conscientisation dès le plus jeune âge. Bien souvent, dans le domaine de la santé, la manière dont sont proposés les services fait que les gens deviennent « repulsive » et ont peur de faire des dépistages ou des suivis auprès des médecins. Aujourd’hui, on a tendance à négliger la médecine préventive et on va de plus en plus vers la médecine curative. En tant que médecin, cela m’attriste car je connais personnellement plusieurs cas où le sort des patients aurait pu être tout autre s’il y avait eu une prise de conscience depuis le début.

Bien que les services soient gratuits, l’accès à tout le monde n’est pas garanti»

On ne peut nier que le gouvernement fait des efforts pour combattre les maladies non-transmissibles. Toutefois, pourquoi la prévalence accrue du diabète et autres maladies non-transmissibles à Maurice ?
Cela s’explique par notre mode de vie. Les Mauriciens ont adopté, aujourd’hui, un « fast lifestyle ». Donc, c’est synonyme de fast-food, d’inactivités physiques, d’abus de nourritures, de cigarettes et aussi d’alcool pour certaines personnes. Le « lifestyle management » (gestion du mode de vie) fait défaut à Maurice alors que dans d’autres pays, c’est un concept qui a grandement évolué où chacun est le « Manager » de son mode de vie et de sa santé. Il est malheureux que de telles campagnes ne marchent pas correctement à Maurice. Peut-être y-a-t-il une barrière entre le langage utilisé et les gens. Je l’ignore. Mais, il faut que les Mauriciens comprennent que la santé est un trésor et qu’ils ont leur part de responsabilité dans leur maladie. On a souvent une tendance orientale de fatalisme : « ayo get sa mone malade…l’age ki pe fer ! ». Ce qu’il nous faut, c’est plus d’engagement proactif pour nous garantir une bonne santé physique et mentale.

Il est évident que le physique et le mental vont de pair… N’est-ce pas ?
Oui, car on n’est pas bien mentalement si le corps est malade. Les deux font la paire mais j’ajouterai une autre dimension à l’équation : la spiritualité. La dimension spirituelle permet une harmonisation de tous les sens. Aujourd’hui, dans le domaine de la psychologie et de la santé mentale, on parle beaucoup de « mindfulness » qui est le fait d’être présent dans le moment actuel. Cela nous éloigne de ce qui est fait de manière machinale au quotidien et diminue le stress dans le corps.

Quelle est la contribution de la médecine spirituelle dans le domaine de la santé ?
La médecine spirituelle existe dans le sens où la plupart des gens, toutes religions confondues, font leur prière et entrent dans un état de bien-être car ils ont, en quelque sorte, transféré leur fardeau à un Être supérieur. La spiritualité nous donne la sagesse pour accepter que nous n’avons pas de contrôle sur beaucoup de choses. D’ailleurs, à bien y penser, je dirais que l’être humain n’a que peu de contrôle sur ce qui se passe au tour de lui. Je dis souvent que lorsque nous avons l’intellect, nous avons la passion mais lorsque nous misons sur la spiritualité, nous avons la compassion.

Il faut que les Mauriciens comprennent que la santé est un trésor et qu’ils ont leur part de responsabilité dans leur maladie.»

Par ailleurs, chaque année, le rapport du bureau de l’Audit révèle des lacunes et des gaspillages dans le secteur de la santé. Peut-on y mettre un frein ?
Le rapport du bureau de l’Audit est une bonne chose mais il ne représente que 50% du travail. Il faut qu’il y ait une unité « post-audit » afin de se pencher sur la marche à suivre et ce qu’il faut implémenter pour corriger les lacunes. Il faut le monitoring, le contrôle et l’élément de responsabilité. D’ailleurs, on constate que chaque année, les mêmes problèmes sont révélés dans le rapport et il devrait être facile de prendre les mesures correctives.

N’est-il pas temps de venir de l’avant avec un système de gestion de qualité, à l’instar de la certification ISO, dans nos hôpitaux ?
C’est un must ! Car, « what gets measured gets done and can be improved». Aujourd’hui on parle de tourisme médical et du souhait de faire de Maurice un « Medical hub ». De ce fait, je pense qu’il est temps de venir de l’avant avec un système de gestion de qualité dans chaque hôpital pour veiller à ce que chaque procédure soit respectée et que tout est fait selon les normes établies. Tout est une question de formation. Si nous formons les jeunes médecins en ce sens, tout deviendra facile par la suite.

Plusieurs patients disent ne pas recevoir le même traitement d’un même médecin qui exerce à la fois dans les hôpitaux publics et dans le privé. Comment corriger cette politique de deux poids deux mesures ?
Il est triste de constater que cette pratique existe. Lorsqu’une personne va voir un médecin, il faut qu’elle reçoit un bon traitement que ce soit dans le public ou dans le privé. À l’étranger, j’ai pu constater que des médecins s’efforcent à donner le meilleur des soins aux patients quel que soit l’établissement. À Maurice, on aurait dû développer cette même mentalité mais ceci étant dit, bien souvent les hôpitaux publics font face à des problèmes d’effectif. Il devient alors difficile pour un médecin de donner un service de qualité s’il est appelé à ausculter 200 patients l’un après l’autre. Donc, c’est tout le système qui est à revoir.

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