La polémique s’accentue concernant les 6 millions de dollars promis par l’Arabie saoudite pour les mosquées de l’île. Un document en circulation, dont l’authenticité reste à vérifier, révèle des modalités de versement et de gestion de ces fonds qui suscitent des interrogations.
Le sujet a été discuté lors de l’émission « Au Cœur de l’Info » sur Radio Plus, vendredi 30 août. Maulana Shamim Khodadin, invité sur le plateau, a exprimé plusieurs réserves concernant certains aspects de ce fonds en présence de Nawaz Noorbux.
Ces réserves ont été formulées suite à la circulation d’un document que Maulana Shamim Khodadin considère comme une ébauche du Memorandum of Understanding (MoU), c’est-à-dire un protocole d’entente destiné à formaliser l’accord entre Maurice et l’Arabie saoudite sur les conditions entourant les 6 millions de dollars offerts par l’Arabie saoudite. De son côté, le géopoliticien et observateur, Dr Shafick Osman, a tenté de dissiper ces inquiétudes en apportant des clarifications rassurantes.
Réserve 1 : De « mosquée » à « Religious institutions »
Maulana Shamim Khodadin exprime des inquiétudes concernant l’utilisation du terme « Religious Institutions » pour décrire les destinataires des fonds. Il redoute que cet argent, au lieu d’être destiné exclusivement aux mosquées, puisse également aller à d’autres lieux de culte. « Si un pays, quel qu’il soit, décide de faire un don pour les lieux de culte d’une communauté spécifique, qu’il s’agisse de hindous, de chrétiens, de tamouls, etc., cet argent doit revenir uniquement à cette communauté. C’est leur part de gâteau, et nous, en tant que musulmans, ne devrions pas y prétendre. Nou en tant ki musulman jamais nu pou pren part gato nou kamarad. Il en va de même pour les mosquées », explique-t-il.
En revanche, Shafick Osman estime que cela ne représente pas nécessairement une grande déviation. Selon lui, une « religious institution » peut inclure aussi bien une mosquée qu’une association islamique. « Si le terme ‘mosquée’ avait été utilisé, seules les mosquées auraient pu en bénéficier », précise-t-il.
Réserve 2 : Signature par le ministère des Arts et du Patrimoine culturel, au lieu de l’ICC Trust Fund
Maulana Shamim Khodadin exprime des préoccupations concernant le contrôle des fonds saoudiens si la signature se fait par le ministère des Arts et du Patrimoine culturel. Il craint que la communauté musulmane ne puisse pas exercer de surveillance sur ces fonds. « Sa ve dir dimé ministere Art ek Kiltir kapav servi sa kas la kouma li envi. Or, cet argent a été offert spécifiquement pour la rénovation des mosquées, et non pour d’autres usages », souligne-t-il.
De son côté, Shafick Osman estime que cette situation n’est pas problématique, puisque l’Islamic Cultural Centre (ICC) est sous l’égide du ministère des Arts et du Patrimoine culturel, qui représente en réalité l’État. « Li kouma dire bonnet blanc, blanc bonnet. C’est du pareil au même », affirme-t-il. Il rejette également l’idée que le ministère pourrait utiliser ces fonds de manière inappropriée. « C’est précisément pour éviter cela qu’un Memorandum of Understanding a été établi », précise-t-il.
Réserve 3 : Que le don soit versé au Consolidated Fund au lieu d’un Trust
Maulana Shamim Khodadin s’interroge sur l’évolution de la proposition faite par l’ambassadeur Showkutally Soodhun concernant la création d’un Trust pour recevoir les fonds saoudiens. « Où en est-on avec ce Trust ou cette fondation ? Qui sont ses membres ? Il est essentiel d’assurer une transparence totale à ce sujet », insiste le Maulana.
En revanche, Shafick Osman estime qu’il serait encore plus rassurant que les fonds saoudiens soient versés dans le Consolidated Fund. « Si cet argent était transféré directement sur le compte de la Jummah Mosque, par exemple, cela susciterait des préoccupations, car il s’agirait d’une institution privée », explique-t-il.
Pour information, le Consolidated Fund est un compte financier centralisé du gouvernement, établi conformément à l’article 103 de la Constitution. Ce fonds regroupe toutes les recettes et dépenses (dépenses publiques, telles que les salaires des fonctionnaires, les projets d’infrastructure, les services publics, etc.) du gouvernement, qu’elles proviennent des impôts, des emprunts, des ventes d’actifs ou d’autres sources. En d’autres termes, c’est le réservoir financier global du gouvernement. La Banque de Maurice (BoM) est l’entité chargée de gérer le Consolidated Fund. Elle veille à ce que les fonds soient utilisés conformément aux lois et aux priorités gouvernementales.
Maulana Shamim Khodadin : « Zordi kan leve lavwa lerla pe ale signe MoU ! »
Maulana Shamim Khodadin tient le Premier ministre pour responsable concernant l’ambigüité autour du don saoudien. « Je lui ai adressé deux lettres à ce sujet, mais je n’ai jamais reçu de réponse. Le silence du Premier ministre a aggravé les choses. S’il avait pris ses responsabilités, nous ne serions pas dans cette situation aujourd’hui », explique-t-il.
Le religieux s’interroge sur le fait qu’un Memorandum of Understanding (MoU) soit seulement maintenant sur le point d’être signé entre Maurice et l’Arabie saoudite. « Pendant ce temps, Maurice a reçu des fonds de l’Arabie Saoudite pour la construction d’une piscine, de l’hôpital de Flacq, des drains, et même pour des travaux de réhabilitation après le cyclone Belal que nous avons connu en début d’année. Tou fini rentre, zis larzan masjid pa rentre ? (…) Zordi kan leve lavwa lerla pe ale signe MoU ! » s’exclame-t-il.
Dr Shafick Osman : « Le maulana Khodadin a dérapé »
Bien que le géopoliticien Dr Shafick Osman partage les préoccupations exprimées par Maulana Shamim Khodadin au sujet du don saoudien destiné aux mosquées, il considère que le religieux a « dérapé » en mettant en doute l’origine des fonds et en se demandant s’ils étaient « dans le Sun Trust ou utilisés pour la campagne électorale ». « Ces questions me semblent superflues. Étant donné que Maulana Shamim Khodadin exerce dans une mosquée affiliée à la Jummah Mosque, il est tout à fait normal qu’il soit convoqué par son employeur après une telle controverse. Le contraire m’aurait étonné », précise-t-il.
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