mardi , 20 août 2019
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Hussain Amar Kurmalee

Sans Domicile Fixe : Hussain Amar Kurmalee passera le Ramadan dans un cimetière

Dans le froid glacial de la nuit et à la merci des brigands, Hussain Amar Kumallee, 53 ans, dort à la belle étoile entre les tombes au cimetière de Les Salines à Cassis depuis 3 ans.

Hussain Amar Kumalleel nous raconte comment il va passer le Ramadan dans ces conditions éprouvantes et pitoyables. Il nous regarde droit dans les yeux et respire profondément. « Ena Allah pou moi et mo pou passe mo Ramadan dans kabarastan sans aukaine difikilté», nous dit-il. Il nous explique qu’il n’arrive pas à se déplacer à se déplacer pour trouver le repas du matin. La veille, il achète un paquet de biscuits et parfois une boîte de céréales qu’il conserve dans un sac en plastique qui lui servira de sehri accompagné d’une bouteille d’eau. Pour rompre le jeûne, il se rend dans l’une des mosquées à Cassis et parfois il prend la direction de la Jummah Mosque. Pour se baigner,  il utilise la salle de bains de certaines masjids et lave ses vêtements au jardin Robert Edward Hart à Les Salines.

Problèmes de santé

Hussain est profondément touché par nos questions et laisse échapper une larme sur ses conditions de vie exécrables. « En tant ki ène humain moi oussi mo ti envie passe ène Ramadan couma tou dimoune», dit-il. Pour accomplir le namaz de taraweeh, parfois il préfère rester à la mosquée après le namaz Maghrib et fait le trajet retour à pied dans les ténèbres de la nuit jusqu’au cimetière de Les Salines. On le croirait physiquement robuste mais en réalité Hussain souffre de graves problèmes de santé.

Outre le fait d’être diabétique et d’avoir des artères bouchées, il a déjà subi plusieurs opérations des varices. Ce qui ne l’empêche pas d’observer le jeûne de Ramadan. Bien qu’il soit malade et désargenté, Hussain reste digne et fier. Il n’est pas question pour lui de demander la charité. « Zamais mo pas demande la charité. Seki dimoune donne moi mo prend », laisse-t-il entendre.

Né à Cassis, il a grandi à la rue Pagoda, à Plaine-Verte. Issu d’une fratrie de 4 frères et 4 soeurs, Hussain n’a jamais connu le bonheur dans sa vie bien que son père soit propriétaire de terrains. « Mo papa fine déshérite moi bien bonne heure», fait-il ressortir.

De l’eau et des biscuits comme repas du matin»

Il a fait ses études secondaires au collège Bhujoharry et après les examens du School Certificate  (SC), il trouve un emploi comme vendeur d’ alouda à côté du musée de Port-Louis. Hussain avoue avoir fait des petits boulot allant de maçon à peintre et marchand de foire.

Au cimetière depuis trois ans

À l’âge de 24 ans, le calvaire de Hussain débute. Il n’a aucune place pour dormir ayant été expulsé par son père. Il trouve refuge sous la varangue du marché de Plaine-Verte, parfois au Champ-de-Mars et quelques fois sous le bâtiment d’Air Mauritius. Durant la journée, il travaille et à la nuit tombée, il prend un morceau de carton et un drap comme couverture pour se réfugier dans un coin.

Cela fait 3 ans que Hussain à atterri au cimetière de Les Salines où sont enterrées des personnes pieuses. La tombe de Dada Gassy Soobdar se dresse au milieu du cimetière ainsi que d’autres tombes anonymes. Il se sent bien au cimetière de Les Salines et ne cherchera pas un lieu moins lugubre pour passer la nuit. « Mo pas dérange les morts et zotte pas agace moi », lance-t-il.

Son attachement à ce lieu a commencé le jour où il a nettoyé des tombes après s’être recueilli auprès d’elles. « Ène jour mo ti vinne faire ziyarat mo trouve kabarastan là un peu en désordre. Mo fine nettoyer, mo fine peinture banne tombe-là et mone lave banne béton la aussi », dit-il. Depuis ce jour, il a ressenti une attirance pour ce lieu. « Mo ressenti ene désir pou vinne termine mo la vie dans sa kabarastan la», dit-il. Hussain dort à la belle étoile sous une couverture et quand il pleut il trouve refuge sous un toit qu’il a aménagé à l’extérieur, devant la porte.

Il affirme ne pas avoir peur de dormir dans ce cimetière. « Mo fine faire serment ki mo pas pou raconte ceki mo trouver dans la nuit. Mo pas dérange les morts et zotte pas agace moi. Dans sa place la éna boucoup miracle ki passer», laisse-t-il entendre. Hussain ne veut pas en dire plus.

« Mo pas pou dire ki mo trouver et ki mo senti dans la nuit. Si mo raconter zotte pou faire moi dormi dehors», dit-il. Il raconte cependant que ce lieu est fréquenté par des personnes de toutes les communautés. « Ena musulmans, hindous, catholiques, blancs et chinois ki vinne ici », indique-t-il.

Il passe sa journée à nettoyer les tombes, à laver celles en béton, à arroser les plantes et à arracher les mauvaises herbes. Hussain surveille les allées et venues des personnes qui viennent faire le ziyarat.  Il raconte qu’il a peur des gens qui dans la nuit rôdent à Les Salines. «Éna vagabond ki vinne Les Salines pou banne mauvais travail. Moi mo reste à l’intérieur pou pas dérange zotte», dit-il.

Un toit comme tout le monde

Hussain raconte que le jardin de Les Salines est protégé par Dadi Amina qui repose à l’extérieur du kabarastan. Un grand mausolée a été construit par une famille et chaque jour des centaines de personnes viennent s’y recueillir. Hussain souhaite avoir un toit comme tout le monde. Il a déjà versé un dépôt de plus de Rs 50 000 à la National Housing Development Company (NHDC)  depuis 1997 et attend toujours une réponse. Il lance un appel au Premier ministre,  Pravind Jugnauth, pour qu’il intervienne en sa faveur afin qu’il puisse avoir un appartement à Terre-Rouge. Il espère recueillir un peu d’argent des fonds de la zakaat pour verser encore un peu plus d’argent à la NHDC pour accélérer les procédures.

Son souhait le plus cher c’est de continuer à entretenir ce kabarastan. «Mo croire ki Allah fine choisir moi pou sa travail la et mo pas pou décevoir li », assure-t-il. Hussain refuse de parler de sa vie familiale malgré le fait qu’il soit marié et a des enfants. « Tous les jours mo demande duah pou mo zenfants et mo famille et pou tous dimoune ki dans difficulté », dit-il encore.

Si vous vous rendez au kabarastan pendant le Ramadan, vous verrez Hussain assis devant la porte. Il va sûrement vous raconter sa vie. Ou si vous souhaitez le rencontrer  pour vos dons de zakaat, vous pouvez l’appeler sur le 5782 4584.

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