mercredi , 29 septembre 2021
Le nombre de cas positifs ne cesse d’augmenter ces dernières semaines.

Décès liés à la COVID-19 : Communiquer et Accompagner

Si on nous informe officiellement que le nombre de décès liés à la Covid-19 est de 22 à ce jour, il n’empêche que la perception est tout autre.

Les données font débat, certains médias et même le site du gouvernement préférant ne plus afficher en continu le bilan des victimes de la pandémie. Connaître les statistiques est essentielle, mais nous ne devons pas réduire la dignité des gens à des chiffres. Chaque mort a un nom, une famille, des proches, une histoire. Et chacun a droit à notre dignité, notre respect et notre mémoire.

Famille et proches

Pour la famille et les proches, les chiffres ne signifient rien. Ils ont perdu un être cher, des fois plusieurs parmi eux sont en quarantaine ou sont aussi malades. La plupart des fois, c’était absolument inattendu, pour certains un choc traumatisant. Contrairement aux accidents de la route qui ‘ne se comptent plus’, les décès liés à la pandémie ne sont pas considérés, jusqu’ici, comme des faits divers. Particulièrement pour les enfants, les parents, l’époux ou les frères et sœurs des personnes disparues, il ne s’agit pas d’un cas mortel comme les autres qui leur est rapporté. Même pour celui ou celle qui entend la nouvelle mais qui ne connaît pas la victime, une telle fin n’est pas banale. Arrivera-t-on à un point où les décès de la Covid-19 ne seront que des chiffres pour l’homme de la rue comme c’est lorsqu’il apprend le bulletin de la météo ? Il faut le craindre avec le nombre de cas qui augmente.…

Par contre, pour la famille et les proches, il s’agit toujours d’une vie, d’un visage, d’un lien intime, d’une partie d’eux-mêmes qui meurt. Souvent non seulement contre toute attente, mais aussi de manière douloureuse. Lorsque la communication fait défaut, il y a le doute, l’incompréhension, la frustration et même la colère qui s’y ajoutent. Nous ne parlons pas des ‘fake-news’, mais des membres de la famille qui sont laissés dans le flou. Ils vivent une réelle injustice, sinon ils le ressentent ainsi. Il peut y avoir deux explications : soit le système ne fonctionne plus ou il y a un déficit de communication et d’accompagnement vis-à-vis de l’entourage.

Mourir avec dignité

Alors que tous les ‘protocoles’, terme très à la mode, ont évolué, il semble que pour les cas sévères à l’hôpital ENT, et surtout pour les décès, il manque non seulement une bonne communication, mais aussi un accompagnement plus humain. La faute ne revient ni au personnel soignant ni même aux responsables de la santé. Peut-il en être autrement quand nous ne comptons plus les admissions à l’ENT ? Combien en sortent, vivants et guéris ? Quelle est la capacité de l’ENT sans que l’efficacité du service ne soit affectée ? Nous ne pouvons prétendre que c’est mieux de ne pas savoir afin que nous ne tombions pas dans l’angoisse ou la panique. Le ‘new normal’ est tout sauf l’ignorance et le manque de transparence, pour de vrai ou perçu comme tel. Pour revenir à la famille et aux proches des personnes concernées, souvent ils ne demandent rien d’autre que d’être écoutés par les responsables sans abuser du temps de ces derniers, d’entendre les faits simplement, sinon seulement de voir un être bien-aimé, peut-être une dernière fois.

Il est de même pour le malade, même, et surtout, lorsque la mort est possible et probable. Avec toutes les précautions sanitaires et les aménagements requis, des visites très brèves doivent leur être envisageables, voire pouvoir se regarder de loin. Ailleurs dans le monde, des combinaisons spéciales ont été conçues afin que les êtres les plus chers se tiennent par la main ou font preuve de tendresse dans les derniers instants. C’est un moment important où les ultimes paroles sont prononcées, avant le retour à Dieu.

Les autres protocoles ont beaucoup progressé depuis l’année dernière, surtout avec la vaccination devenue quasiment obligatoire. Nous sommes à la veille d’une ouverture des frontières presque totalement. Pourquoi alors l’accompagnement dans des situations extrêmes ne peut-il pas s’améliorer en matière de dignité ? Tout cela ne peut que favoriser le doute quant à la volonté, la capacité et la gestion des autorités. Particulièrement, ce sera la conséquence lorsque la communication pour contrer les rumeurs et autres ‘fake-news’ est inexistante.

N’est-il pas temps de revoir également le protocole pour les funérailles ? Lorsque le premier mort, suite à une infection à la Covid-19, fut enregistré l’année dernière, des services funéraires locaux avant-gardistes étaient déjà prêts à adopter des normes strictes pour le rituel du bain comme pour les derniers rites, y compris l’enterrement. Certains avaient déjà importé des équipements et autres matériaux dernier cri utilisés, par exemple en Angleterre, pour les funérailles des victimes de la Covid. Les autorités imposèrent un protocole des plus stricts, contrairement à ce qui se fait en Angleterre dans des cas pareils où les rituels religieux se sont adaptés aux normes sanitaires.

Depuis, c’est la même prescription qui s’applique aux funérailles ici, alors que les autres normes ont évolué reflétant davantage de maîtrise de la situation. Au cimetière de Bigara, l’espace réservé aux victimes de la Covid-19, directement ou non, entretemps, s’est vite rempli. Les familles et proches n’ont pas la permission de se recueillir sur les tombes de leurs proches. Pire, ce cimetière devient pratiquement inaccessible par temps très pluvieux. Tout cela n’aide nullement à plus de sérénité face à la pandémie pour les familles et proches qui sont de plus en plus nombreux.

Conclusion

Les autorités, comme tout le monde, peuvent faire des erreurs face à des circonstances qui nous dépassent et qui nous sont inédites. Toutefois, si elles se donnent les moyens dans la communication et l’accompagnement par rapport aux décès et aux cas de malades graves, elles inspireront davantage de confiance. Le recrutement de personnel additionnel, comme sa formation continue, doit se poursuivre. Un audit des équipements et moyens disponibles, vers une hausse du nombre de lits disponibles particulièrement en soins intensifs, rassureront les gens. Nous osons croire que les meilleurs vaccins en efficacité et les traitements les plus pointus seront bientôt disponibles, car ce n’est pas toujours le cas maintenant. Faut-il impliquer davantage le secteur privé sans tomber dans le piège de ceux qui ne sont là que pour faire des affaires sur le malheur des autres ? Il faut tout faire pour apaiser et répondre à nos craintes au moment où une nouvelle phase de déconfinement entre en vigueur.

Ailleurs dans le monde, face à la pandémie, des psychologues prétendent jouer un rôle crucial, tant dans la communication que dans l’accompagnement vis-à-vis des familles affligées et des proches, mais aussi plus largement envers la société. Avec ces professionnels, ici il nous faut aussi compter sur le cadre socioreligieux. Leurs responsables dans notre contexte doivent s’activer afin de marquer par leurs soutiens les moments difficiles des gens qui souffrent face à la Covid-19. C’est un atout que nous ne valorisons pas suffisamment dans le cadre mauricien, sauf un peu au plan financier et matériel. La redéfinition des protocoles pour les malades graves comme pour les funérailles doit promouvoir la dimension solidaire, morale et spirituelle que ce support potentiel.

Par DR KHALIL ELAHEE

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