vendredi , 29 mai 2020

COVID-19 : comment avancer au-delà du confinement ?

Le mois du Ramadan peut être un rite de passage spirituel idéal, individuellement, afin de dépasser le confinement. Toutefois, collectivement, les obligations pendant ce mois sont marquées d’une remarquable souplesse.

Ainsi chacune ou chacun, selon ses besoins et capacités, avance à sa façon au sein d’une collectivité d’êtres humains, tous différents les uns des autres. Alors que la norme est la même pour la communauté, l’adaptation de son application, au cas par cas, peut nous inspirer à avancer au-delà du confinement.

L’Histoire

Le Coran nous introduit le jeûne comme une adoration de Dieu qui avait été aussi prescrite aux peuples précédents. Ce qui nous arrive n’est pas nouveau car il y a eu dans l’histoire humaine des précédents. Une épreuve unique, mais un fait assez relatif dans l’Histoire. Peut-être serions-nous conscients de Dieu ?

Une durée limitée

Ainsi sont comptés les jours du jeûne, comme sont connus son début et sa rupture. Ainsi doit être le confinement. Rappelons-nous que le Message partit d’un homme qui se confinait dans une cave sur un mont à la Mecque, ne descendant que pour se ravitailler de l’essentiel. Plusieurs traditions nous montrent qu’une telle retraite aussi stricte a une durée optimale d’environ un mois, sinon l’équilibre n’y est plus. Un confinement trop long peut provoquer d’autres maux, pas uniquement celles du corps mais aussi celles de l’esprit et de de l’âme. Tout comme une fin de confinement mal préparée peut irréversiblement affecter la vie économique dans le long terme et causer un malaise social.

Spécificité

Alors que le jeûne du Ramadan est obligatoire, dès le début, le Coran mentionne ceux qui sont légitimement exemptés. Spécifiquement référence est faite aux malades, aux voyageurs, ceux qui ne peuvent réellement le subir. Des manières de compenser ces jeûnes manqués sont spécifiées. Dieu nous rappelle qu’Il veut la facilité pour nous, non la difficulté.

Une sortie de confinement ne doit pas se faire de manière uniforme, ‘one size fits all’. Non seulement une approche graduelle est critique, mais la spécificité de chacun doit être prise en compte. Concrètement, la fin du confinement pour chacun ne doit pas être un retour au passé pour tous. L’objectif est de voir chaque être, à sa façon de la plus appropriée, avancer dans un élan collectif.

Sens des priorités

Alors que le jeûne du Ramadan devient obligatoire pour la toute première fois, les croyants sont attaqués à Badr par un ennemi trois fois supérieur en nombre, armé jusqu’aux dents. L’obligation de jeûner ne tient plus alors afin de pouvoir se défendre. Six années plus tard, ce sera l’offensive pendant ce même mois contre ce même ennemi. La Mecque tombera sans effusion de sang, l’ennemi sera pardonné et libre de s’en aller.

À l’instar de celles et ceux qui sont en première ligne lors d’une pandémie, avoir le sens des priorités est une question de vie ou de mort. Même celui qui ne fuit pas une épidémie a été comparé à un martyr, car il ne va pas la propager ailleurs. Les gestes dites ‘barrières’ comme la distanciation et le dépistage, après le confinement, ne seront pas moins vitaux.

Patience et persévérance

Le mois du Ramadan est connu aussi comme celui du ‘sabr’, la patience et la persévérance. Dieu affirme dans le Coran ‘ Très certainement, nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de récoltes. Et fais la bonne annonce à ceux qui sont patients et persévérants’. Avec le jeûne, en ce temps de pandémie, nous subirons, un peu moins pour certains et davantage pour d’autres, toutes ces épreuves.

Une sortie fructueuse du confinement repose sur le ‘sabr’. Pour ceux qui sont plus aisés, il faudra se contenter de peu, voire faire preuve de solidarité envers ceux qui ont moins. Le jeûne n’est-il pas une école vivante à apprendre gérer un équilibre entre ses désirs et la conscience de ses responsabilités ?

Rassemblement

Une question fondamentale est de savoir à quelle phase du déconfinement l’accès aux différents lieux de rassemblement doit être rétabli. Une consultation est primordiale avant d’arriver à une décision et aux conditions strictes pour chaque endroit, du bazar à l’école en passant par l’aéroport et les stades. L’avis des experts médicaux est incontournable mais ce sont des décisions de nature pluridisciplinaire qui ont le plus de chance d’être praticables. L’incertitude face à au coronavirus nous invite au principe de précaution.

Pour ce qui est des musulmans, nous voyons mal certains délaisser les mosquées, la tarawih pendant le Ramadan ou la prière de l’Eid si le couvre-feu est enlevé. Si des personnes âgées ou malades le font et/ou si les mesures de précaution sont ignorées, nous risquons le pire. Quand nous savons que ni la prière de l’Eid ni même la tarawih à la mosquée ne relèvent de l’ordre des obligations en islam, il importe que chacun agisse sobrement selon sa conscience. C’est ainsi que durant un voyage, certains compagnons jeûnaient alors que d’autres, y compris le Messager de Dieu lui-même, paix soit sur lui, ne le faisait pas. Une divergence de vues et une diversité de comportements est une autre épreuve que nous devrons apprendre à tolérer.

Communiquer constamment et clairement

Les instructions concernant le jeûne du Ramadan dans le Coran sont peu, mais elles furent descendues de manière succincte et graduelle en plusieurs occasions. Deux mots révélés dans un cas, uniquement pour préciser le moment du début du jeûne. Dieu n’oublie jamais, et une telle pédagogie coranique nous enseigne que nous ne pouvons ne pas communiquer. La transparence va de pair avec la clarté. C’est autant le rôle des autorités que celui des responsables des mosquées, par exemple, que de communiquer efficacement afin que la fin du couvre-feu ne permette un retour à l’avant-COVID-19 dans nos habitudes pas toujours trop saines.

Et se dire que l’islam recommande de faire ses ablutions chez soi et non à de la mosquée, d’y faire que les prières obligatoires pour multiplier celles qui sont additionnelles à la maison, de se couvrir la bouche quand on éternue, de se laver en maintes occasions. Jamais la communication d’une telle éthique n’a été aussi importante que maintenant. Comme aussi jamais n’a-t-on eu autant besoin d’une éthique de la communication…

Conclusion

Avec la difficulté, certes, vient une facilité. Une parole divine que le Coran ne fait que répéter. Dieu a promis une guérison. En attendant il ne s’agit pas de ne rien faire. Si le confinement a servi à se rapprocher de Dieu, c’est déjà gagné. Mais Dieu a voulu d’abord la vie, ensuite la mort en ce monde. Vivre, c’est agir pour témoigner la foi. Se déconfiner ne peut signifier qu’une chose : avancer, seul avec Dieu, mais ensemble sur terre avec ses semblables. Physiquement distancié comme en ces temps, mais socialement engagé.

Lorsque nous sortons du confinement, ayons un souci pour les pauvres d’ailleurs, des bidonvilles de Mumbai à la prison à ciel-ouvert sous occupation à Gaza en passant par tous les réfugiés et migrants. Et plus près de nous, protégeons celles et ceux qui ont été toujours sur le front, des chauffeurs et receveurs de bus aux policiers sans oublier les éboueurs, le personnel soignant ou les employés agricoles et des chaînes d’alimentation. Investissons dans ces secteurs, durablement, mais surtout donnons-leur toute la dignité qu’ils méritent.

Finalement, la Science nous apprend qu’un système isolé ne peut qu’engendrer du désordre. Sans en être toujours conscients, nous étions déjà en isolement, avant la pandémie, à l’intérieur de systèmes culturels, économiques, sociaux et politiques qui produisaient surtout du chaos. Pour nous, le déconfinement physique peut être proche. Mais réussirons-nous à nous libérer de l’esclavage de ces forces dominantes qui ont bénéficié à certains seulement, au détriment de beaucoup d’autres, y compris la nature?

Quand tu te libères, donc, lève-toi.

Et, à Ton Seigneur, tourne ton attention. (Le Coran 94 : 7-8)

par DR KHALIL ELAHEE

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