mercredi , 17 août 2022

Comment consommer moins de carburant ?

La voiture n’est plus un luxe, mais une nécessité pour la plupart parmi nous. Mais avons-nous le choix concernant des modes alternatifs de mobilité, voire même des carburants que nous utilisons ?

Le système socio-économique dominant fait de la voiture un symbole, et une vache à traire pour les autorités en termes de taxes sur les carburants. Nous dépendons presque à 100% sur l’essence et le diesel pour nos véhicules. Ce sont des produits importés polluants qui contribuent aussi au dérèglement climatique. La facture pour le transport terrestre est de plus de Rs 10 milliards à l’importation, soit plus de 5 % du total en 2021. Il faut s’attendre à une hausse record en 2022, car le prix du baril est nettement supérieur. Cette situation n’est plus soutenable, mais chacun parmi nous peut aider à réduire concrètement cette dépendance sur ces énergies fossiles.

1. Rouler hybride

En moyenne, une voiture hydride peut consommer 40% moins de carburant. Auparavant, il y avait les mêmes droits de douane que sur les véhicules conventionnels, mais désormais les modèles hybrides sont ‘duty-free’. Si les importateurs et autres intermédiaires n’abusent pas de la situation, leurs prix seront bien plus abordables. Cela inclut aussi les véhicules ‘plug-in’ qui sont rechargeables à partir d’une simple prise électrique domestique. Mais puisque le réseau du CEB demeure à plus de 80% alimenté par le charbon et l’huile lourde, l’idéal serait de s’approvisionner en énergie solaire. L’offre du CEB pour les véhicules ne comprend pas les voitures hybrides pour l’instant. Sinon, ce serait une option de plus à la portée des consommateurs qui arriveront à pratiquement rouler sans presque rien payer en carburant ! Appel donc au CEB à verdir sa fourniture comme le gouvernement s’y est engager et à s’ouvrir aux utilisateurs de modèles hybrides.

2. Rouler intelligemment

En principe, il est facile d’avoir une économie d’au moins 10% en roulant entre 50 et 80 km/heure dans la plupart des cas. Au-delà, la consommation peut monter drastiquement, comme aussi lorsque la voiture est en dessus de 20 km/heure. D’où l’importance aussi de bien planifier son trajet afin de ne pas perdre du temps dans des embouteillages. Si nous y passons des heures avec la climatisation à fond, la consommation peut atteindre des records. Ces temps-ci, la congestion routière aux abords des villes, comme l’état des routes dans les faubourgs, provoquent inévitablement un gaspillage de carburant. La conduite écologique est primordiale, par exemple en évitant d’accélérer abruptement pour ensuite freiner brutalement lorsqu’il n’y aucun danger. Il est évident que le bon entretien régulier aide à rendre la voiture plus efficace, particulièrement en ayant la pression des pneus ajustée correctement. Le co-voiturage n’est pas très répandu à Maurice, mais les taxis-marrons permettent de transporter plus de personnes de manière moins énergivore, même s’ils ne sont pas dans le cadre de la loi.

3. Transport en commun

Le transport en commun est une solution. Avec l’avènement du Metro Express, il faudra faire revivre, sinon pour certains jeunes, s’initier à une plaisante culture de voyager ensemble. Avec le stress des temps modernes et un transport public quelquefois épouvantable, nous avons développé une mauvaise image du service d’autobus. Or, le transport en commun peut être un moment de repos, de détente, de convivialité, de découverte même. Le professionnalisme aidant, surtout avec l’apport des réseaux sociaux qui peuvent permettre de suivre les trajets en temps réel, le transport en commun peut être complémentaire avec d’autres formes de mobilité. La gratuité pour les seniors et les étudiants est une mesure-phare que nous devons sauvegarder, tout en la rendant plus efficace et sujette à moins d’abus. La décision d’introduire des bus hybrides neufs sera coûteuse, mais les bénéfices sont significatives allant de l’élimination des fumées noires à un confort amélioré. De toute façon, c’est dans ce sens que l’avenir se dirige. Toutefois, il faut veiller à ce que ces bus soient alimentés par de l’énergie renouvelable comme d’ailleurs le Metro Express espère aussi le faire. Toutes ces facilités doivent permettre aux Mauriciens d’éviter de prendre leurs voitures personnelles.

4. Marcher, pédaler, trottiner…

Avec une disposition de voies pour piétons et de pistes cyclables, sécurisées afin de prévenir des accidents, il doit être possible de se déplacer autrement qu’en voiture beaucoup plus facilement. Il ne s’agit pas seulement de marcher pour aller à la boutique du coin ou pour acheter son pain à la boulangerie du quartier, mais aussi d’accéder par exemple aux gares du Metro Express afin de continuer son trajet. Des aires de stationnement pour des voitures mais aussi pour des vélos y sont nécessaires. Il n’est aussi qu’une question de temps avant que les trottinettes apparaissent sur ces voies piétonnes et/ou cyclables. Encore une fois, il faudra s’assurer que ces nouveaux moyens de transport soient chargés avec de l’électricité verte de manière décentralisée. Le CEB vient aussi de lancer un appel à projets pour l’installation de points de recharge dans le pays, une mesure qui va dans le bon sens et qui peut s’étendre aux vélos et trottinettes.

5. Innovations locales

Dieu merci, le pire de la pandémie de la COVID-19 est peut-être derrière nous. Nous pouvons retenir quelques bonnes pratiques de cette expérience. Ce n’est pas toujours le cas, mais le télétravail comme l’éducation en ligne peuvent être envisageables dans certaines situations. En tout cas, les pratiques comme le paiement de factures en ligne ou le traitement des dossiers par voie électronique sont à promouvoir dans presque toutes les circonstances. En évitant aux gens de se déplacer, la consommation de carburants fossiles diminuera aussi. Dans le même sens, une innovation locale possible, qui malheureusement tombe aux oubliettes, est le recours aux biocarburants. Le biodiesel est disponible à partir de la récupération des huiles, et davantage peut être produit, par exemple, à partie des algues ou même de l’huile de coco. Quant au bioéthanol cannier, un mélange jusqu’à 10% avec l’essence est possible sans aucune modification à la majorité de nos véhicules. D’ailleurs, nous avons exporté du bioéthanol vers l’Europe où ce mélange est obligatoire.

Mais est-ce parce que les autorités ne pourront pas en faire une source de revenus, contrairement à l’essence, que ces éventualités susmentionnées sont actuellement plutôt écartées ? À un moment, il faudra trancher : nous ne pouvons chercher à consommer moins de carburants importés tout en essayant de faire une recette maximale sur la vente de ces mêmes carburants !

Par PROF. KHALIL ELAHEE

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