mardi , 29 novembre 2022

Combat contre la Covid-19 : une année laborieuse pour nos frontliners

Depuis la crise sanitaire à Maurice en 2020, ils sont en première ligne pour nous protéger. L’année 2021 a été plus que laborieuse pour nos frontliners ; beaucoup sont tombés au combat et dans leur perpétuelle lutte contre la Covid-19. Pour cette dernière édition de l’année, STAR leur donne la parole. Ecoutons-les.

Shakeel Anarath : «Nous sommes constamment exposés et à risque»

Une année très difficile, ayant requis beaucoup de sacrifices et où tout a été chamboulé. C’est ainsi que Shakeel Anarath, d’Al-Ihsaan Islamic & Funeral Centre, qualifie l’année 2021.

Pour pouvoir y faire face efficacement, le quadragénaire indique qu’un bon planning a été nécessaire. Il confie qu’avant même le premier décès lié à la Covid-19 enregistré en 2020, Al-Ihsaan s’était préparé à ce scénario. « Nous avions alors élaboré un protocole et acquis les équipements nécessaires afin de pouvoir prendre en charge un défunt positif », déclare-t-il. Il fait ressortir que c’est le centre Al-Ihsaan qui a demandé au ministère de la Santé de permettre aux sociétés de pompes funèbres de prendre en charge les funérailles des personnes décédées de la Covid-19. « Cela aurait certainement été compliqué pour la Santé d’organiser les funérailles de ces personnes, surtout à un moment où jusqu’à 112 décès avaient été enregistrés en une semaine », considère-t-il.

Shakeel Anarath soutient que ces derniers mois surtout ont été très éprouvants. D’abord par le nombre de décès enregistré. Ensuite, par le fait de s’exposer régulièrement à des personnes contaminées. « Du début de la prise en charge de la personne décédée dans une Covid Ward de l’hôpital jusqu’à son enterrement, en passant par le bain rituel, l’exercice de désinfection…nous sommes constamment à risque », fait-il ressortir. Et d’ajouter : « Nou ena fami lacaz, nu bizin pren maximum precaution ». D’ailleurs, au pic de la pandémie, Shakeel Anarath ne manque pas de souligner qu’à la maison, il s’était installé dans une chambre séparée afin de protéger les siens.

À cet effet, Shakeel Anarath se réjouit d’avoir pu compter sur le soutien et la compréhension de son épouse. « Elle fait preuve d’un sens énorme de sacrifice. Elle me demande de me concentrer sur les activités au centre, qu’elle estime a le plus besoin de moi, alors qu’elle va s’occuper de la maison et des enfants. Li dir moi : ‘fer to devoir toi’ », raconte le quadragénaire qui juge ces paroles très encourageantes.

Une autre difficulté majeure, selon Shakeel Anarath, est de devoir témoigner la souffrance des proches des personnes décédées. « Kan sa mama la so leker pe dechiré, pe get so tifi à traver vitre alors ki gramatin li ti pe coz ek li lor telephone, dans lopital. Et nous vivons cela plusieurs fois dans une journée. Il nous est arrivé d’organiser jusqu’à 6, 7, voire 7 funérailles en 24 heures. Dès qu’une famille s’en va, une autre arrive. Ce n’est pas facile. Nou aussi nou humain, mai nou bizin gard nu moral for », conclut-il.

Ajmal IdooBhojul : «Pa ti pe viv ene lavi normal»

Ajmal IdooBhojul (25 ans), officier de la Special Mobile Force et sportif de haut niveau dans les arts martiaux, qualifie l’année 2021 de compliquée tant sur les plans professionnel et familial qu’au niveau sportif.

En effet, cette année n’a pas été de tout repos pour Ajmal IdooBhojul. Avec la crise sanitaire, il explique que les officiers de la SMF ont été appelés sur tous les fronts. « Nous étions partout ; au niveau des barrages routiers, des zones rouges, des supermarchés, des hôtels convertis en centres de quarantaine, etc. », dit-il. Notre interlocuteur soutient que ces collègues et lui travaillaient beaucoup, avec peu de congé. Il quittait sa maison tous les jours à 5h30, après avoir accompli la salât du Fajr pour ne rentrer que le lendemain vers 9h-10h, avant de reprendre le travail le surlendemain.

En outre, le jeune homme soutient que ces collègues et lui étaient constamment à risque de contracter le virus. Le fait qu’ils étaient plus d’une trentaine dans la « barrack », cela ne les rassurait guère. « Latet pas enplas », dit-il. D’ailleurs, notre interlocuteur ne cache pas qu’il a été testé positif par la suite. « Fort heureusement, je n’ai pas une forme sévère de la maladie. J’ai donc pu m’auto-isoler à la maison », dit-il.

Une pratique que notre soldat avait d’ailleurs déjà mise en place depuis l’instauration du confinement en mars dernier. En effet, en rentrant du travail, il s’isolait dans une chambre, coupé des membres de sa famille et de son épouse. «  Mes proches venaient déposer la nourriture et ce dont j’avais besoin sur une table à l’extérieur. Pa ti pe viv ene lavi normal », avance notre interlocuteur qui se dit un pilier dans la maison. « Mo mem ti pe fer tou dan lacaz ; commission, etc. Mai kan ti pe isoler mo pa ti pe capav », se désole-t-il.

En sus de ses responsabilités en tant qu’officier de la SMF, Ajmal IdooBhojul est aussi un sportif de haut niveau. Depuis 7 ans, il pratique les arts martiaux, spécialisé dans le jiu-jitsu brésilien et le MMA. Cette année, avec le travail, il soutient qu’il n’a pu s’entraîner convenablement. D’ailleurs, il dit avoir manqué plusieurs compétitions internationales. « J’opère aussi un club d’entraînement à Brisée-Verdière mais que j’ai dû fermer temporairement car je n’avais plus le temps », dit-il.

Pour 2022, Ajmal IdooBhojul espère pouvoir retrouver un semblant de normalité, que ce soit au travail ou sur le plan sportif, notamment en vue du championnat du monde qui doit se tenir au Portugal et pour lequel il se prépare.

Ehsan Jawaheer : «Les pompiers ont été soumis à des risques additionnels»

Le travail des sapeurs-pompiers est considéré comme un métier exigeant tant au niveau physique que psychologique. Ehsan Jawaheer, président de la Government Services Employees Association (GSEA), nous rappelle que c’est un métier où l’on se met au service de l’autre et en ce temps de pandémie, les sapeurs-pompiers font définitivement partis des frontliners.

Cette année 2021, il la qualifie de « mouvementée et frénétique ». « Avec la covid-19, les pompiers ont travaillé avec les services d’urgence pour leur prêter main-forte et nous avons même dû aider à retirer des gens positifs au virus de leur domicile », souligne-t-il. Ils ont d’ailleurs été appelés à porter secours à des nombreuses personnes sévèrement malades et ce n’est que bien plus tard qu’ils ont appris que le malade en question était positif. Ehsan Jawaheer se remémore aussi, du cas d’un patient obèse qu’il a fallu déplacer et transporter à l’hôpital pour des soins avancés et sans l’aide des pompiers, cela aurait difficile.

Selon notre interlocuteur, « les pompiers ont été soumis à des risques additionnels en cette période de Covid-19 ». « Nous avons eu nombre de nos collègues qui ont été eux-mêmes testés positifs au coronavirus mais je remercie Dieu que nous n’ayons pas de décès à déplorer », fait-il remarquer. Conséquence directe de ces infections, ses collègues et lui-même ont dû, à maintes reprises, travailler en sous-effectif alors que les interventions augmentaient et que la population les sollicitait encore plus pendant cette crise sanitaire.

Ce travail exige d’avoir un mental de fer et cette année, Ehsan Jawaheer et son équipe ont été parmi ceux mandés sur les lieux de deux incendies qui ont défrayé la chronique : celui du Caudan et celui du bâtiment Emmanuel Anquetil. « Nous sommes heureux d’avoir pu contenir les flammes et surtout qu’il n’y ait pas eu de victimes », se réjouit-il. Il tient à faire ressortir que le travail des pompiers n’est pas facile. « Chaque action dans le cas d’un incendie ou d’un autre incident est calculée et planifiée, car nous tenons vraiment à ne pas avoir de morts et surtout à ne pas mettre en danger de mort un sapeur-pompier », explique-t-il.

Ainsi, Ehsan Jawaheer lance un appel à la compréhension, la coopération et la bonne conduite des citoyens pour leur faciliter la tâche. « Ne barrez pas la route aux sapeurs-pompiers et cédez-nous le passage prioritaire si vous nous entendez et en plus, ne vous garez pas n’importe où », dit-il. Autre petit rappel de ce sapeur-pompier cumulant des dizaines d’années d’expérience : « les soldats du feu sont aussi mandés en cas d’accidents de la route et nous voyons des accidents tragiques et qui ont des conséquences atroces. Je demande au public d’être extrêmement vigilant en cette période de fêtes. »

Iqbal Sheik Abbass : «Les travailleurs du transport sont grandement exposés»

Iqbal Sheik Abbass, receveur d’autobus au sein de la compagnie United Bus Service (UBS) et président de l’United Bus Employees Union, se désole que les travailleurs de transport ne soient pas reconnus comme des frontliners par les autorités bien qu’ils sont grandement exposés au quotidien. « Depuis le premier confinement, nous étions au service de la population. Malgré la crainte du virus, nous avons quand même assuré un service. Le premier confinement était catastrophique. Mais lors du deuxième confinement cette année, nous étions mieux préparés », dit-il.

La vie d’un receveur d’autobus n’est pas aussi facile qu’on le pense surtout avec les risques vu le nombre de voyageurs par jour. « Je partais travailler la peur au ventre. J’étais stressé. Tous les jours, nous rencontrons des passagers et nous avons peur d’être contaminés. Aussitôt que je retourne à la maison, je prends un bain et je me désinfecte. Je crains pour la sécurité de ma famille. Mais je dois travailler aussi pour subvenir à leurs besoins », laisse-t-il entendre.

Nasser Essa : «2021, la pire année pour les frontliners»

Nasser Essa, président de la Nurses Union, affirme que « 2021 a été la pire année vécue par les frontliners surtout dans le milieu hospitalier. « On peut dire que c’est une année noire avec tous ces décès. Nous avons perdu quatre de nos soldats. C’est très pénible. Nous sommes épuisés complètement », dit-il. Nasser Essa indique que la Covid-19 a chamboulé la vie familiale des frontliners. « Il y avait un stress perpétuel au sein des foyers. Durant le pic, le regard que portaient les gens sur nous était différent. Les gens avaient peur de nous. Il fallait prendre plus de précautions. Certains d’entre nous étions loin de nos familles pendant des semaines », se désole le président de la Nurses Union.

Selon notre interlocuteur, le mois de novembre a été laborieux et il concède qu’il ne veut pas vivre une telle situation encore. « Je demande à la population de respecter les gestes barrières et de prendre toutes les précautions en cette période de fêtes », lance-t-il. Nasser Essa souhaite que nous apprenions de nos erreurs et entamons 2022 avec plus de confiance et en adoptant les bonnes habitudes sanitaires.

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