Saturday , 23 May 2026

Bibi Noushreen Gowsee, chauffeur d’autobus chez UBS : «Mem si la fatig la plis, mo redoubler vigilans lor laroute»

Dans un secteur historiquement dominé par la gent masculine, Bibi Noushreen Gowsee, 29 ans, s’impose avec détermination et humilité.

L’une des premières femmes à occuper le poste de chauffeur d’autobus au sein de la compagnie UBS, Bibi Noushreen Gowsee a su, par sa ténacité, briser les carcans des stéréotypes. Lors d’une précédente rencontre, elle nous avait confié son parcours pour exercer un métier qui la passionne, malgré les préjugés. Aujourd’hui, elle nous ouvre une fenêtre sur son quotidien de travailleuse du transport, en plein mois de Ramadan, période synonyme de privation mais aussi de discipline spirituelle.

C’est aux premières lueurs du jour que commence la journée de la jeune femme. Dès 3h30 du matin, elle se lève, partageant son temps entre la préparation pour le travail et celle du Sehri. Tandis que le monde alentour sommeille encore, elle prend soin de renforcer son énergie pour affronter la longue journée qui l’attend. Après avoir accompli la Salât-ul-Fajr, elle est déjà en route vers son dépôt dès 5h10. Elle nous décrit son rituel matinal avec simplicité : « Pour enn zourne travay, bizin manz enn bon manze… consistant mé pa lourd non plus. Ena fwa ce dipain diber fromaz ek ena fwa mo met enn tikka ou de trwa gato-pima. »

Vigilance décuplée au travail

Ses journées débutent officiellement aux alentours de 6h30 et peuvent se prolonger tard le soir, parfois jusqu’à 20 heures. Affectée principalement à la ligne reliant Rose-Hill à Curepipe, il lui arrive également d’opérer dans la capitale. Le rythme est exigeant, surtout sous la chaleur accablante de cette période. « Le travail est fatiguant mais c’est ainsi… surtout pendant le mois de Ramadan. »

Originaire de Pamplemousses, Noushreen Gowsee insiste sur la charge de responsabilité qui pèse sur les épaules d’un conducteur de transport public, responsabilité décuplée lorsqu’il s’agit de manœuvrer un véhicule imposant comme un autobus. « Roul transpor piblik, enn gran responsabilite. Mem si la fatig la plis dan sa mois-la, mo redoubler de vigilans lor laroute », explique-t-elle avec sérieux.

Iftar sur les routes

Les jours les plus chargés, il n’est pas rare qu’elle rompe le jeûne sur la route, loin du confort de son domicile. « Ena fois, mo fer li lor chemin avek enn gorze delo ou si mo ena enn tam ek moi. Si mo rante dan ler iftar dan garaz, nou gagn enn boisson ek gato », raconte-t-elle. Lorsqu’elle termine plus tôt, elle préfère rester chez un parent, évitant ainsi les longs trajets et lui permettant de consacrer plus sereinement du temps à ses prières et à la lecture du Quran.

Elle admet sans détour que la chaleur rend son quotidien d’autant plus éprouvant et les journées sont en effet éprouvantes, mais qu’elle s’en accommode. La prière du Fajr est souvent la seule qu’elle peut accomplir chez elle, tandis que la lecture du Quran se fait autant que les circonstances le permettent. « Kan mo fini boner, mo gagn tou mo namaz dan ler mé kan dan travay, li pli difisil alor mo bizin ramplas mo bann namaz kan mo rante lakaz », dit-elle consciente de ses responsabilités religieuses.

Malgré la fatigue accumulée et les longues heures passées sur les routes, loin de la quiétude familiale propre au mois sacré, Noushreen Gowsee incarne le dévouement de ces nombreux travailleurs du transport qui, chaque jour, assurent discrètement un service indispensable à la société.

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