jeudi , 1 octobre 2020
Aisha Mohabuth Dewkunkhan

Aisha Mohabuth Dewkunkhan : elle veut changer une tradition archaïque

Ceux qui pensent que l’islam n’accorde aucun droit aux femmes vivent dans l’ignorance complète. Islam est la religion qui accorde énormément d’importance à la femme. Aisha Mohabuth Dewkunkhan, enseignante de religion islamique, tente de changer les perceptions sur ce sujet à travers sa thèse, qui parle des expériences des éducatrices en études islamiques à Maurice. Rencontre.

âgée de 28 ans, Aisha Mohabuth Dewkunkhan s’est distinguée des autres enseignants et des femmes de son âge. Comme enseignante, elle a voulu apporter sa contribution dans le domaine islamique d’une façon différente : l’émancipation des femmes musulmanes. Pour sa maîtrise, elle a fait une analyse narrative sur les expériences des éducatrices en études islamiques. La jeune femme a été même invitée à une « Post-Graduate Conference » organisée par le Mauritius Institute of Education et l’Université de Brighton pour présenter sa thèse.

Cette étude a été inspirée de sa propre vie. Elle explique qu’étant une enseignante en religion islamique, elle a dû faire face à de nombreux préjugés. Tout au long de ses recherches, elle s’est rendue compte que même si nous vivons dans un monde moderne, certaines femmes ont encore peur de s’exprimer en pensant que c’est une transgression pour elles de le faire. « En donnant à mes participantes une voix pour s’exprimer, elles ont montré que celles-ci sont engagées dans une lutte constante – une lutte pour répondre aux attentes de la société. Cette lutte constante a eu un impact direct sur la construction de leur identité. Mes recherches ont démontré que la femme est toujours la cible de critiques, qui compromettent leur identité ou a à faire face à des situations difficiles et inattendues. D’ailleurs, les résultats obtenus pendant cette recherche indiquent que les femmes sont impliquées dans un processus continu d’ajustement, d’adaptation et de résistance », laisse-t-elle entendre.

L’émancipation des femmes musulmanes

Aisha consacre énormément de temps à l’émancipation des femmes. Elle est membre du comité exécutif de l’association Beau-Bassin Tronc Commun Womens depuis 2009. Elle travaille également avec des femmes et des jeunes filles sur une base volontaire et partage ses connaissances avec elles. « Avec ma mère, j’essaie d’aider les filles et je les encourage à poursuivre leurs études. L’association offre beaucoup d’activités aux jeunes et aux femmes et leur donne aussi une plateforme pour s’exprimer », dit-elle.

Aisha croit que les femmes doivent être autonomisées et instruites. Selon elle, l’islam n’a jamais encouragé les hommes à dominer les femmes. Elle cite et prend comme exemple la vie du prophète Mohammad (PSSL) lui-même. Elle encourage les femmes à suivre le pas de l’épouse du Saint Prophète Mohammad, Bibi Aisha (R.A), qui était très instruite et enseignait les compagnons du Prophète à cette époque.

« Je veux encourager toutes les femmes à être inspirées par elle et à chercher des connaissances. Dans le dernier sermon de Muhammad (pssl), il a clairement élaboré sur les droits des femmes. Le Prophète (pssl) lui-même encourageait ses femmes à s’exprimer, alors pourquoi devrions-nous étoffer les voix des femmes? », précise-t-elle.

De plus, Aisha encourage ses étudiantes de ne pas cesser leurs études. Elle donne souvent l’exemple de Malala Yousafzai, qui n’a pas abandonné ses études, même si elle a été victime des Talibans. « J’encourage toutes mes filles à être une femme avec une voix. L’éducation est la voie de l’autonomisation d’une femme. Beaucoup pensent qu’après le mariage, une femme devrait cesser de chercher des connaissances, de rester cloîtrée dans la maison et de s’occuper que de sa famille. Je ne dis pas que c’est erroné, mais nous ne devrions pas oublier que l’éducation est un acte de culte. Je crois que les femmes mariées peuvent continuer leur études », souligne-t-elle.

Aisha estime que dans ce monde moderne, les petites filles doivent avoir un modèle féminin qui va les inspirer. Elle explique que quand elle était jeune, sa mère l’inspirait toujours et c’est grâce à elle qu’elle, à son tour, a su faire entendre sa voix.

La vie d’Aisha en quelques lignes

Aisha est une habitante de Coromandel et elle mariée à Yaasir Dewkunkhan. Elle exerce comme enseignante au Queen Elizabeth College. Elle a fait ses études supérieures en langue anglaise et en religion islamique à l’Université de l’Afrique du Sud, puis à l’Institut de pédagogie de Maurice, suivies d’une maîtrise en éducation (leadership et gestion), à l’Université de Brighton. Elle vient d’une famille modeste. Elle est l’aînée des enfants avec un frère cadet et une sœur. Son père, qui était planton à la banque HSBC, l’a toujours encouragée à étudier. Sa mère, Rosida, qui est sa source d’inspiration, enseigne le Coran et le Tajweed dans une Madrassa et elle est aussi une travailleuse sociale. Elle dédie son succès à sa famille et à son époux pour leur soutien.

Rêves et ambitions

Après avoir obtenu sa maîtrise, elle a réalisé que le chemin est long et qu’elle devait continuer le travail entrepris. « Je suis impatiente d’entreprendre mon doctorat en éducation à l’Université de Brighton dans quelques années. Je veux me concentrer sur l’éducation islamique dans ce 21e siècle et aussi sur l’autonomisation des femmes, afin que je puisse partager mes connaissances et être plus disponible pour les jeunes », dit-elle.

Aisha va continuer à travailler pour l’association Beau-Bassin Tronc Commun Womens et à essayer d’apporter plus d’innovations et de soutien aux femmes et aux jeunes filles. « Nous vivons à une époque où les jeunes sont confrontés à de nombreux problèmes. Il est donc important de leur donner une plateforme pour s’exprimer. Comme le dit le dicton, éduquer une fille, c’est éduquer une génération. Alors si nous voulons avoir un avenir radieux et une meilleure génération, nous devons éduquer nos filles », réclame-t-elle.

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