Wednesday , 13 May 2026
Raffick Kurmally n’est ni employé de l’ICC, ni consultant rémunéré. Il intervient depuis des années sur une base volontaire.

Hadj Mission 2026 – Raffick Kurmally : comment l’évincé est devenu indispensable

Dimanche dernier, le dossier Hadj a connu un retournement inattendu. Alors qu’il y a à peine une semaine, le ministre Shakeel Mohamed justifiait la mise à l’écart de Raffick Kurmally de la Hadj Mission, ce dernier a finalement été publiquement salué avant d’être réintégré au sein de l’équipe. Revirement politique ? Correction administrative ? Ou simple retour à la réalité du terrain ? Entre les explications d’hier et les éloges d’aujourd’hui, une question s’impose : que s’est-il réellement passé en coulisses ? STAR a mené sa petite enquête.

Revirement de situation. C’est le moins que l’on puisse dire. Dans notre édition du 26 avril 2026, le ministre Shakeel Mohamed justifiait encore la mise à l’écart de Raffick Kurmally de la Hadj Mission. Il déclarait alors  : « Nous avons fait le choix réaliste de ne pas inclure Raffick Kurmally dans la mission cette année. Il s’agit tout simplement de jeter le jeune Irfan Monsoor dans le bain. »

Une précision s’impose toutefois. Raffick Kurmally chapeaute, sur une base volontaire, le département IT de l’Islamic Cultural Centre (ICC). Il assure également l’encadrement d’Irfan Monsoor, employé au sein de ce même département.

Selon les recoupements de STAR, malgré sa mise à l’écart de la Hadj Mission, Raffick Kurmally, déjà détenteur d’un visa, parvient à convaincre la direction de l’ICC de le laisser se rendre en Arabie saoudite à ses propres frais. Le 29 avril 2026, il prend ainsi le départ en compagnie du premier membre de la Hadj Mission dépêché sur place, en l’occurrence Ahmad Fawzie Khodabaccus.

Une fois en Arabie saoudite, Raffick Kurmally ne serait pas resté en retrait, bien qu’il ne figurait pas officiellement parmi les membres de la Hajj Mission. Selon plusieurs témoignages concordants, il aurait été très actif sur le terrain. De source sûre, il a notamment accompagné Ahmad Fawzie Khodabaccus lors de rencontres avec des prestataires de services et des autorités saoudiennes.

L’évincé s’avère incontournable

Un événement imprévu va changer la donne et replacer Raffick Kurmally au centre du dispositif. Il s’agit de la décision des autorités saoudiennes d’interdire le Hadj aux moins de 15 ans. Cinq jeunes Mauriciens sont alors concernés par cette mesure.

Après les démarches engagées par le ministre Shakeel Mohamed pour tenter de débloquer la situation, une issue favorable est finalement trouvée. Mais encore fallait-il franchir une étape essentielle : soumettre, dans l’urgence, de nouvelles demandes de visa en ligne pour les cinq jeunes concernés.

Qui allait s’atteler à cette tâche délicate, technique et soumise à un délai très serré imposé par les autorités saoudiennes ? Très vite, un constat s’impose au sein de l’ICC : personne, ou presque, ne maîtrise réellement cet exercice comme Raffick Kurmally. Aucun employé ne semble suffisamment familier avec cette procédure pour la mener rapidement et efficacement dans un contexte aussi sensible.

C’est là que la situation devient particulièrement embarrassante pour l’ICC, mais aussi pour le ministre Shakeel Mohamed. Celui qui avait été mis à l’écart de la Hadj Mission devenait soudainement l’homme qu’il fallait solliciter. Il fallait donc ravaler les susceptibilités, mettre les considérations personnelles de côté et demander l’aide de celui dont l’expertise venait d’apparaître comme indispensable.

Un membre du Board de l’ICC confie à STAR que Raffick Kurmally aurait parfaitement pu refuser de prêter main-forte, précisément parce qu’il venait d’être évincé de la Hadj Mission. « Personne ne pouvait réellement faire pression sur lui », souligne notre interlocuteur. Et pour cause : Raffick Kurmally n’est ni employé de l’ICC, ni consultant rémunéré. Il intervient depuis des années sur une base volontaire.

Sollicité par le ministre Shakeel Mohamed

La situation était donc cornélienne pour l’ICC et pour le ministre Shakeel Mohamed. Selon nos recoupements, un véritable soulagement a été ressenti lorsqu’ils ont eu confirmation que Raffick Kurmally a, de son propre chef, procédé à l’enregistrement de deux jeunes dont le vol était prévu pour le lendemain. Pour les trois autres cas, il a fait le nécessaire après avoir été sollicité par le ministre Shakeel Mohamed.

Le dénouement a été heureux pour tout le monde : les cinq jeunes ont pu obtenir leurs visas, les familles ont été soulagées, le ministère a évité une crise humaine et politique, et Raffick Kurmally a retrouvé une place officielle dans un dispositif dont il avait été écarté quelques jours plus tôt.

Au final, l’affaire Raffick Kurmally dépasse largement le cas d’un homme écarté, puis rappelé. Elle met en lumière une réalité plus embarrassante pour l’ICC : dans un dossier aussi sensible que le Hadj, l’institution semble dépendre d’un bénévole pour faire tourner une partie essentielle de la machine. Sa réintégration peut donc être présentée comme un geste de reconnaissance. Mais elle sonne aussi comme un aveu de faiblesse. Car lorsqu’un homme que l’on jugeait remplaçable devient, en pleine crise, celui sans lequel rien ne peut avancer, la vraie question n’est plus seulement de savoir pourquoi Raffick Kurmally a été rappelé. Elle est de comprendre comment l’ICC en est arrivé là.

Mais cette affaire soulève une autre question, plus profonde : comment Raffick Kurmally est-il parvenu à devenir un homme aussi influent, voire incontournable, au sein de l’ICC dans l’organisation du Hadj ? Comment un bénévole a-t-il pu occuper une place aussi centrale dans un dispositif aussi sensible ? Voir la page 11 pour la réponse.

Deuxième mise à l’écart pour Raffick Kurmally

Selon un ancien membre de l’ICC, ce n’est pas la première fois que Raffick Kurmally est écarté de la Hadj Mission. En 2023 déjà, son nom avait été retiré de la liste officielle à la toute dernière minute. Il avait toutefois pu effectuer le déplacement après des pressions exercées par la « core team  » de la Hadj Mission qui a soutenu que la présence de Raffick Kurmally en tant que IT Specialist était essentielle pour le bon déroulement du Hadj. Un accord est conclu avec le management de l’ICC, il obtint un visa mais devra effectuer le voyage à ses propres frais.

Par la suite, Raffick Kurmally a intégré officiellement la Hadj Mission à deux reprises, en 2024 puis en 2025. Sa mise à l’écart cette année apparaît donc comme un nouvel épisode dans un parcours déjà marqué par des allers-retours entre reconnaissance de son rôle opérationnel et contestations autour de sa présence au sein de la délégation.

Comment Raffick Kurmally est-il devenu incontournable à l’ICC ?

La réponse à cette question se trouve du côté d’anciens employés et d’anciens membres du Board de l’Islamic Cultural Centre. Tous les témoignages recueillis par STAR convergent vers un même constat : Raffick Kurmally, bénévole de longue date, notamment dans le domaine informatique, a véritablement pris de l’ampleur après le décès de Twaher Badullah, alors Hajj Officer, en juin 2022.

« Twaher Badullah est décédé avant les rites du Hadj et il fallait poursuivre les procédures. Depuis sa résidence, Raffick Kurmally a effectué les entrées en ligne et assuré la communication avec les autorités saoudiennes. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à jouer un rôle clé dans l’organisation du Hadj », relate un ancien membre du Board de l’ICC.

À partir de là, son rôle ne cesse de s’étendre. En 2024, selon un ancien employé de l’ICC, la contribution de Raffick Kurmally est officialisée par le chairman d’alors, Yousuf Salehmohamed, qui l’intègre à la « core team » de la Hadj Mission. En 2025, apprend-on, c’est le directeur d’alors, Abdool Azize Owasil, qui aurait insisté pour qu’il fasse partie de la délégation officielle.

Le vide d’octobre 2025

Mais c’est en octobre 2025 qu’intervient le véritable tournant dans le parcours de Raffick Kurmally au sein de l’ICC. Après la suspension du directeur Abdool Azize Owasil, du Hajj Programme Officer Moortooza Boodhoo, ainsi que de Riad Toofany, chauffeur, dans le cadre d’une enquête sur des fraudes alléguées liées à l’octroi de visas, un vide opérationnel se crée.

Selon plusieurs sources proches du dossier, Raffick Kurmally va alors progressivement combler ce vide.

« Il commence à agir quasiment comme le Hajj Officer, sans se limiter à l’IT. Il se montre très dévoué, toujours disposé à aider. Mais, au fil du temps, il finit par quadriller l’espace de l’organisation du Hadj, en s’occupant pratiquement de tout », explique un membre de l’ICC.

Notre interlocuteur insiste sur le caractère atypique de cette situation. « Où avez-vous vu un bénévole détenir entre ses mains autant de leviers opérationnels ? Quand celui qui devait prendre la relève aurait abdiqué, Raffick Kurmally a pris le contrôle du mécanisme. À tel point qu’aujourd’hui, il est devenu indispensable », confie-t-il.

Un bénévole au cœur du dispositif

Selon les recoupements de STAR, pour l’organisation du Hadj 2026, Raffick Kurmally aurait progressivement pris en main plusieurs tâches centrales du dispositif. Il ne s’agirait plus seulement d’un appui technique ou informatique, mais d’un rôle opérationnel beaucoup plus large.

Il aurait notamment participé pleinement dans l’enregistrement des pèlerins sélectionnés sur le système saoudien Masaar, la finalisation des contrats des organisateurs avec les hôtels, ainsi que leur enregistrement. Il aurait aussi assuré le suivi des paiements aux hôtels à partir des fonds de l’ICC, après les dépôts effectués par les opérateurs.
Son rôle se serait également étendu à l’organisation du transport des pèlerins entre Djeddah, Makkah et Madinah, à la coordination des déplacements entre Madinah et Makkah, dans les deux sens, ainsi qu’à l’organisation des transferts vers l’aéroport de Djeddah au moment du retour.

Cette accumulation de responsabilités pose aujourd’hui une question de gouvernance. Comment un bénévole, aussi compétent et dévoué soit-il, a-t-il pu se retrouver au centre d’un dispositif aussi sensible que l’organisation du Hadj ? Et surtout, comment l’ICC en est-il arrivée à dépendre à ce point d’un homme qui n’est ni employé de l’institution, ni consultant officiellement rémunéré ?

C’est là que le cas Raffick Kurmally dépasse la simple question personnelle. Il révèle, en creux, les fragilités internes de l’ICC : absence de relève structurée, dépendance à des compétences individuelles, déficit de procédures institutionnelles et confusion entre engagement bénévole et responsabilité opérationnelle.

Shakeel Mohamed salue le rôle décisif de Raffick Kurmally

Dimanche, à l’aéroport, où il s’était rendu pour rencontrer les premiers pèlerins mauriciens en partance pour La Mecque, le ministre Shakeel Mohamed, responsable du dossier Hadj au sein du gouvernement, est revenu sur les difficultés provoquées par l’annulation des visas des pèlerins âgés de moins de 15 ans. Une mesure qui, selon lui, ne concernait pas uniquement Maurice, mais l’ensemble des pays.

Le ministre a expliqué qu’après les démarches et les négociations entreprises pour débloquer la situation, il a fallu soumettre de nouvelles demandes de visa pour les cinq jeunes Mauriciens concernés. C’est à ce moment précis, a-t-il souligné, que Raffick Kurmally est intervenu de manière décisive.

Shakeel Mohamed a ainsi tenu à remercier publiquement toutes les personnes ayant contribué à cette démarche, en insistant tout particulièrement sur le rôle joué par Raffick Kurmally.

« Malgré le fait qu’il soit parti en Arabie à ses propres frais, Raffick Kurmally a aidé dans cette tâche avant même qu’on fasse appel à lui. Derrière son ordinateur, il a effectué les entrées nécessaires pour les demandes de visa. Il est resté éveillé jusqu’à 3 heures du matin, jusqu’à la confirmation de l’octroi des visas. C’est quelque chose que je ne peux pas oublier. C’est pour cela que je le remercie publiquement », a déclaré le ministre.

Shakeel Mohamed a également annoncé avoir personnellement recommandé au directeur de l’Islamic Cultural Centre, Hisham Rojoa, d’inclure Raffick Kurmally dans la délégation.

Le ministre est allé plus loin en reconnaissant que Raffick Kurmally ne fait pas l’unanimité. « Ena boukou dimounn pa kontan li, kritik li, insilte li. C’est bann dimounn ki pa pou sanze. Mé Raffick Kurmally finn donn ankor enn fwa la preuve de so engagement  », a-t-il lancé.

Shakeel Mohamed a enfin rappelé que Raffick Kurmally aide, depuis plusieurs années, à l’organisation du Hadj sur une base volontaire.

La Hadj Mission passe de 12 à 15 membres

La composition de la Hadj Mission 2026 a finalement été revue à la hausse. Initialement composée de 12 membres, la délégation compte désormais 15 personnes, selon la dernière liste en circulation. Voici la liste complète :

  • Mohummad Shamad Ayoob Saab
  • Abdus Saboor Mohamed Saleh
  • Ally Hosseny
  • A.Gaffoor Kassim
  • Dr Iazir Hosany
  • Ahmad Fawzee Khodabaccus
  • Muhammad Yaaseene Dulloo
  • Aboo Bakar Manjoo
  • Maulana Mohammad Reeyad Dhoorundhur
  • Irfan Monsoor
  • Maulana Mohammad Shamim Khodadin
  • Shahzaad Ghoorun
  • Anas Mohamad Mathurah
  • Mohammad Zulfad Houssein Chady
  • Raffick Kurmally

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