Monday , 30 March 2026

Aadil Ameer Meea : «Mes mandants n’ont pas attendu 15 ans pour que je parte au bout de 15 mois»

Comment réagissez-vous à la décision de Paul Bérenger de démissionner comme DPM ?
Je ne peux qu’exprimer mon profond regret. Je considère que c’est une perte importante, tant pour le pays que pour le parti. Paul Bérenger a toujours été un véritable guide pour nous, un mentor politique avec qui j’ai travaillé de près. En tant que ministre, il m’a transmis des valeurs et des principes de travail qui continuent de m’inspirer. Nous avons collaboré sur plusieurs dossiers importants et je regrette que, malgré les appels des militants, du Bureau politique et du Comité central, il ait maintenu sa décision de démissionner.

Vous êtes parmi les premiers à vous êtes opposés à une démission du MMM du gouvernement. Qu’est-ce qui motive une telle prise de position ?
Cela n’a pas été une décision prise à la légère. Pour nos militants, et plus particulièrement ceux de la circonscription No 3, Plaine-Verte et Roche-Bois, les années passées dans l’opposition ont été éprouvantes. Ils sont restés loyaux, constants, engagés, malgré les difficultés, parfois même au prix de certaines formes de représailles ou de marginalisation.

Aujourd’hui au pouvoir, nous avons enfin une possibilité concrète de corriger un certain nombre d’injustices accumulées au fil des années : en matière d’emploi, de promotion, de développement local, mais aussi de considération politique pour des régions qui ont souvent eu le sentiment d’être reléguées à l’arrière-plan. À partir du moment où une fenêtre d’action s’ouvre enfin, comment aller leur dire que nous allons retourner dans l’opposition, sans aucune certitude de retrouver demain les leviers nécessaires pour agir ?

Ma position s’appuie aussi sur des consultations. J’ai échangé avec les membres de mon comité régional, avec mes mandants, avec les personnes qui nous ont fait confiance. Leur message est clair : pour eux, quitter aujourd’hui le gouvernement ne constitue pas la meilleure option. Ils considèrent qu’il existe encore des marges de dialogue, des ajustements possibles, et surtout un devoir de responsabilité. Leur attente, ce n’est pas que nous créions une instabilité supplémentaire ; leur attente, c’est que nous livrions des résultats.

Paul Bérenger a pourtant plaidé pour un départ du MMM du GM. Considérez-vous que les raisons avancées ne soient pas suffisantes ?
Je comprends les préoccupations exprimées par Paul Bérenger. Lorsqu’on est dans l’action gouvernementale, il peut y avoir des frustrations, des lenteurs, des attentes qui ne se concrétisent pas au rythme souhaité. C’est une réalité dans toute coalition. Gouverner, surtout dans le cadre d’une alliance entre plusieurs formations politiques ayant chacune leur culture, leur sensibilité et leur méthode, n’est jamais un exercice simple.

Mais précisément, c’est dans ce type de configuration qu’il faut savoir faire preuve de sang-froid et de discernement. Il faut peser le pour et le contre avec lucidité. Et à mes yeux, la réponse à des difficultés internes ou à des désaccords politiques ne peut pas être, à chaque fois, une sortie pure et simple du gouvernement.

Il faut aussi tenir compte d’une donnée structurelle : notre système électoral pousse le MMM vers la logique d’alliance. Cela veut dire qu’il y aura toujours des différences, parfois des désaccords, parfois même des tensions. Mais si, à chaque divergence ou à chaque déception, on conclut qu’il faut partir, alors on installe le parti dans une forme d’instabilité permanente. Ce ne serait ni tenable politiquement, ni compréhensible pour la population.

Certains observateurs affirment que les ministres du MMM sont trop attachés au pouvoir. Que leur répondez-vous ?
Je rejette totalement cette lecture. Elle est réductrice et elle ne tient pas compte du parcours de ceux qui, comme moi, ont traversé des années de combat politique, souvent dans des conditions difficiles. Durant mes quinze années dans l’opposition, j’ai reçu à plusieurs reprises des propositions pour devenir ministre. Je ne les ai jamais acceptées, précisément parce que je n’ai jamais voulu « vendre » mon parti, ni trahir mes convictions pour un poste.

Mes mandants me disent qu’ils n’ont pas attendu quinze ans pour être au gouvernement et de me voir partir au bout de quinze mois. Ils attendent des résultats, des avancées, des réponses. Et c’est cela qui guide ma position. C’est donc moins une question de pouvoir qu’une question de responsabilité politique.

Maintenant, les choses sont simples : si demain mes mandants me disent clairement qu’il faut retourner dans l’opposition, je le ferai sans hésitation. Mais à ce stade, ce n’est absolument pas le message qu’ils m’envoient.

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

Riad Hullemuth, ambassadeur de Maurice en Arabie saoudite : «Nous avons dû agir vite pour retrouver et aider les Mauriciens»

Face à la crise provoquée par les perturbations aériennes au Moyen-Orient, l’ambassadeur de Maurice en …