À Maurice, l’Eid-ul-Fitr 2026 est attendu autour du 20 au 21 mars, selon l’observation du croissant lunaire, avec une date provisoire déjà mentionnée dans les communications officielles. Cette fête arrive en plus dans une période encore bien estivale chez nous : mars reste chaud et humide, avec des températures côtières souvent autour de 30 à 33°C et un risque d’inconfort important pour les personnes vulnérables. Pour les patients diabétiques, cela signifie qu’il faut célébrer avec joie, certes, mais aussi avec méthode.
L’Eid, dans le contexte mauricien, est un moment de retrouvailles, de partage, de visites familiales et de tables généreuses. Justement, c’est là que se situe le piège : après un mois où les horaires alimentaires ont été modifiés, certains patients ont tendance à « se rattraper » le jour de l’Eid, en cumulant briani, fritures, boissons sucrées, sodas, pâtisseries, vermicelles et portions répétées chez plusieurs proches.
Pour une personne vivant avec le diabète, cette accumulation peut provoquer une montée importante de la glycémie, une sensation de malaise, une fatigue marquée, voire une décompensation chez les plus fragiles. Les recommandations du guide IDF-DAR insistent d’ailleurs sur l’importance d’une alimentation équilibrée, du fractionnement raisonnable des apports et de l’évitement des boissons et desserts trop sucrés en excès.
Conseils pour une fête sans stress
- Manger calmement
Le premier conseil est donc simple : ne pas célébrer l’Eid le ventre vide pendant des heures puis se jeter sur le premier grand repas. Il vaut mieux manger calmement, commencer par de l’eau, une salade ou une petite portion légère, puis prendre une portion modérée du plat principal. En pratique, pour un briani ou un repas festif, il est préférable de contrôler la quantité de riz, de privilégier la viande maigre quand c’est possible, et d’éviter de multiplier les « deuxièmes services ». Le dessert ne doit pas devenir un concours de dégustation : une petite portion choisie consciemment vaut mieux qu’un enchaînement de douceurs « par politesse » dans chaque maison visitée.
- Bien s’hydrater
Le deuxième point capital, dans notre contexte insulaire tropical, c’est l’hydratation. En mars, la chaleur et l’humidité mauriciennes augmentent le risque de déshydratation, surtout chez les patients plus âgés, ceux qui ont déjà eu des glycémies élevées, ou ceux qui prennent certains traitements. Le jour de l’Eid, il faut donc boire régulièrement de l’eau entre les visites, éviter de remplacer l’eau par des sodas, sirops ou boissons caféinées en excès, et rester attentif aux signes comme bouche sèche, fatigue inhabituelle, étourdissements ou mictions anormales. Le guide IDF-DAR recommande clairement de boire suffisamment pendant les périodes non jeûnées et de limiter les boissons sucrées et caféinées.
- Reprendre le traitement
Troisième précaution : ne pas improviser avec les médicaments. Beaucoup de patients changent eux-mêmes leurs comprimés ou leur insuline pendant Ramadan, puis oublient de revenir à leur schéma habituel au moment de l’Eid. C’est une erreur fréquente. Le traitement doit être repris ou poursuivi selon le plan validé avec le médecin. Les personnes sous insuline, sous sulfamides, celles qui ont déjà fait des hypoglycémies, qui ont une atteinte rénale, cardiaque ou d’autres complications, doivent être particulièrement prudentes. Les recommandations internationales rappellent qu’une évaluation médicale préalable est essentielle et que certains profils sont à haut ou très haut risque pendant le jeûne. En cas de doute, Medicolyfe (Rose-Hill) est à votre écoute pour des conseils, une évaluation personnalisée et un suivi adapté à votre état de santé. (Contact : 5800 8808)
- Surveiller sa glycémie
Il ne faut pas non plus négliger l’autosurveillance glycémique. Autour de l’Eid, surtout après un repas plus riche que d’habitude, il est raisonnable de vérifier sa glycémie selon le schéma conseillé par son soignant, notamment si l’on est sous insuline ou sous traitement exposant à l’hypoglycémie. Les signes d’alerte à ne jamais banaliser sont connus : sueurs, tremblements, vision floue, vertiges, fatigue extrême ou palpitations pour l’hypoglycémie ; soif excessive, bouche sèche, besoin fréquent d’uriner, fatigue ou haleine fruitée pour l’hyperglycémie. Le guide IDF-DAR rappelle que si la glycémie descend en dessous de 3,9 mmol/L (70 mg/dL) ou monte au-dessus de 16,6 mmol/L (300 mg/dL), il faut interrompre le jeûne ; même à l’approche de l’Eid, ces signes imposent une conduite prudente et un avis médical rapide.
- Soin des pieds
À Maurice, l’Eid rime aussi avec déplacements, prière, longues stations debout, visites de proches et parfois chaussures nouvelles. Pour les patients diabétiques, surtout ceux qui ont une neuropathie, une mauvaise circulation ou un antécédent de lésion du pied, il est essentiel de ne jamais marcher pieds nus, même à la maison, de porter des chaussures confortables, et d’examiner ses pieds en fin de journée. Les autorités de santé rappellent que le diabète peut diminuer la circulation et endommager les nerfs, augmentant le risque de plaies, d’infection et de complications.
Le message de santé publique est donc clair : oui, un patient diabétique peut pleinement profiter de l’Eid, mais pas au prix d’un excès alimentaire, d’une déshydratation ou d’un relâchement thérapeutique. Dans notre réalité mauricienne, festive, chaleureuse, familiale, mais aussi chaude et humide en cette fin d’été. La meilleure célébration reste celle qui protège la santé. L’Eid doit être un jour de gratitude, de partage et d’équilibre, pas un jour de décompensation glycémique.
En cette heureuse occasion de l’Eid, nous adressons nos vœux les plus chaleureux à tous les abonnés, lecteurs, patients, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui soutiennent Medicolyfe Co Ltd au fil des années. Que cette fête vous apporte paix, santé, joie et bénédictions. Nous souhaitons aussi exprimer notre profonde reconnaissance et adresser nos meilleurs vœux à Dr Nooruddin Jahn, Dr Zoubair Fokeebux, M. Nabeel Issac, M. Umayr Beeharry, M. Farhaan Beeharry, ainsi qu’aux membres de Woosh Co Ltd, pour leur appui constant envers notre société et envers les services que nous avons à cœur de mettre au service de la communauté.
Eid Mubarak à tous et à vos proches.
PAR Dr Sheik Luqman NISA
Médecin Chercheur en santé publique
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