Thursday , 21 May 2026

Noorzabeen Oozeerally : la foi au bout des doigts

À Calebasses, Noorzabeen Oozeerally a une mission particulière : elle embellit les hijabs des pèlerins de l’Umrah et du Hadj en y crochetant des bordures finement travaillées. Un travail qu’elle n’exerce pas comme un commerce, mais par passion et par responsabilité.

Noorzabeen Oozeerally vit loin de l’agitation et des projecteurs. Elle n’a jamais cherché à se faire connaître. Son nom circule pourtant, discrètement, de bouche à oreille, dans un réseau silencieux de croyants qui savent. Ceux qui ont porté ses hijabs lors du Hadj ou de l’Umrah parlent d’un travail soigné, respectueux, réalisé avec sérieux. Pour elle, il ne s’agit pas d’un commerce, mais d’un engagement personnel, presque intime, envers Allah et envers ceux qui s’apprêtent à accomplir un des actes les plus importants de leur vie spirituelle.

Dans la simplicité de son foyer, Noorzabeen embellit chaque hijab ou horni en y ajoutant des bordures crochetées à la main. Elle ne produit pas en quantité. Elle ne répond pas à la logique du rendement. Elle avance à son rythme, un rythme qu’elle s’impose par respect pour le caractère sacré de ce qu’elle confectionne. Trois pièces par semaine, pas plus. Ce choix n’est ni dicté par la fatigue ni par la facilité, mais par une exigence : celle du travail bien fait.

Un travail qui n’est pas commercial

Noorzabeen tient à le préciser d’emblée : ce qu’elle fait n’est pas un commerce au sens classique du terme. Elle ne court pas après les commandes, ne fait pas de publicité, ne cherche pas à produire davantage pour gagner plus. Son rapport à l’embellissement de ces voiles qui seront portés par les sœurs en état d’Ihram à Makkah, est profondément différent. « Ce n’est pas un simple tissu. C’est quelque chose que l’on porte devant Allah », explique-t-elle.

Chaque pièce qu’elle réalise est destinée à accompagner une personne dans un moment de dépouillement total, où le croyant abandonne les signes extérieurs de son statut social pour se présenter humblement devant son Créateur. Cette réalité impose une rigueur morale et spirituelle qu’elle ne transige jamais.

Elle accepte un nombre limité de commandes, consciente que la pression du temps peut nuire à la qualité. Elle refuse de travailler dans la précipitation. Pour elle, mieux vaut produire moins, mais produire juste.

Trois pièces par semaine

Le chiffre revient souvent lorsqu’on parle de son travail : trois pièces seulement par semaine. Pas quatre. Pas cinq. Trois. Ce rythme, Noorzabeen l’a choisi avec lucidité. Chaque voile demande du temps, de l’attention, de la concentration. Elle vérifie les mesures, la régularité du tissu, la solidité de l’ensemble. Elle recommence si nécessaire. Elle corrige ce qui ne lui semble pas parfaitement conforme. « Si une dame porte cela pour le Hadj ou l’Umrah, elle doit être satisfaite. Moi aussi, je dois être satisfaite du travail avant la livraison », dit-elle.

Cette satisfaction n’est pas une fierté personnelle. C’est une tranquillité intérieure. Le sentiment d’avoir accompli son devoir avec sérieux. Le sentiment de ne pas avoir trahi la confiance placée en elle.

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, travailler lentement ne signifie pas travailler sans pression. Bien au contraire. Noorzabeen ressent une pression constante, mais une pression qu’elle s’impose à elle-même. La pression de bien faire. La pression de ne pas décevoir. La pression de savoir que ce tissu sera porté dans un état d’ihram, un état où chaque geste compte.

Faire vivre sa famille

Pendant des années, le travail de Noorzabeen a contribué à faire vivre sa famille. Les revenus générés par les crochets réalisés ont permis de répondre aux besoins essentiels, de soutenir le foyer, d’accompagner les enfants sur le chemin de l’autonomie. « Nou kas bizin halal, bizin prop. Kan nou pe resi fer viv nou fami avek enn metier ki konekter avek nou Deen, li donn ou enn lot satisfaksyon », dit-elle.

En effet, derrière l’artisane se trouve une mère. Une femme qui a consacré sa vie à ses enfants, souvent en silence, toujours avec constance. Noorzabeen a élevé ses enfants dans un environnement où le travail, la responsabilité et la foi occupaient une place centrale.

Les jumeaux Noorifah et Noorudeen, aujourd’hui âgés de 30 ans, ont grandi en observant leur mère travailler tard, persévérer malgré la fatigue, refuser la facilité. Noorifah est aujourd’hui secrétaire.

Noorudeen, lui, travaille dans le nettoyage des cimetières mais exerce également comme marchand avec son père Fezal, cultivant légumes et fleurs vendus chaque dimanche au marché. Le troisième enfant, Kaleel, 34 ans, est messenger dans une société de comptabilité.

Un héritage discret mais solide

Noorzabeen n’a jamais fréquenté d’école d’artisanat. Elle a appris avec le temps, par l’observation, par la répétition, par la patience.

Son savoir-faire s’est construit lentement, à force d’essais, de corrections, d’exigence personnelle. Elle ne se considère pas comme une experte. Elle se considère comme une femme qui fait de son mieux, chaque jour, avec les moyens dont elle dispose. Cette humilité est au cœur de sa personnalité.

Noorzabeen n’a pas laissé derrière elle de grands discours. Elle a laissé un exemple. Un héritage fait de constance, de rigueur et de foi vécue au quotidien. Ses enfants ont appris que l’on peut servir Allah sans être visible. Que l’on peut contribuer à la communauté sans occuper le devant de la scène. Que l’on peut faire vivre sa famille par un travail humble, mais porteur de sens.

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