Ils sont rares à travers le monde à maîtriser les dix lectures du Coran (qirā’āt). Sheik Dr Sou-oudo Souleyman Mouhamed (communément appelé Sheikh Souroud à Maurice), originaire du Bénin, fait partie de cette élite. Officiant les prières de Taraweeh à Maurice, plus précisément à la mosquée Al Meezaan de Vallée-Pitot, il détient un doctorat en la matière et nous explique son parcours.
«C’est mon amour pour la belle récitation du Quran depuis mon jeune âge qui m’a conduit dans cette voie », confie-t-il d’emblée à Star. « À l’école, au secondaire, j’avais développé un goût insatiable pour les différentes façons de lire le Quran. Je m’y consacrais pleinement. Et le résultat fut tel que, lorsque j’ai été admis à l’université de Médine, en Arabie saoudite, j’avais une avance considérable sur les autres étudiants de ma promotion », poursuit-il.
Son niveau surprenait même certains enseignants, qui cherchaient à savoir où et avec qui il avait appris les règles des qirā’āt. Fort de cette avance et passionné par l’étude, il a su exploiter les ressources disponibles pour approfondir ses connaissances, jusqu’à décrocher un doctorat – une première au Bénin.
La science des qirA’āt, une nécessité
L’étude des qirā’āt, explique-t-il, permet de réciter le Quran avec précision, tel qu’il a été révélé au Prophète Muhammad (saw). « Il n’est pas un secret que la mauvaise prononciation de certains mots en arabe peut en altérer totalement le sens. C’est pourquoi il est du devoir de chaque musulman de faire l’effort d’apprendre à lire le Quran correctement », insiste-t-il.
À ce sujet, Sheik Dr Souroud observe que les Mauriciens font preuve d’une plus grande volonté que certains Arabes pour améliorer leur lecture. « Bien que l’arabe soit leur langue maternelle, un grand nombre d’Arabes ne lisent pas le Quran correctement, car ils ne font pas l’effort nécessaire pour s’améliorer. À l’inverse, à Maurice, je constate une réelle détermination de la part des mosquées, des madrassahs et des fidèles eux-mêmes à apprendre à lire le Quran comme il se doit », note-t-il.
Interrogé sur le niveau général des Mauriciens en matière de récitation, il admet qu’il existe quelques lacunes, mais souligne un point essentiel : « Ce qui compte, c’est cette volonté de progresser, de corriger ses erreurs et de tendre vers l’excellence. »
Un appel à ne jamais délaisser le Quran
Sheik Dr Souroud lance un appel pressant aux musulmans : ne jamais passer une journée sans contact avec le Quran. « Le Quran est pour l’âme ce que la nourriture est au corps. De la même manière que tu manges et bois quotidiennement, tu dois aussi consacrer un moment au Quran. Le Quran nourrit l’âme. Ce n’est pas trop demander. Même lors d’une journée chargée, si tu ne peux pas lire, écoute une belle récitation tout en vaquant à tes occupations. Mais rappelle-toi : tu dois impérativement réciter quelques versets chaque jour. Allah aime la constance, même dans les petites actions. »
Il ajouter : « Tu gagnes en mérite auprès du Créateur si tu lis et médites quotidiennement. À quoi sert-il de réciter sans comprendre ? Certes, il y aura des hasanât (récompenses), mais cela ne suffit pas. Il est essentiel de saisir le message qu’Allah veut nous transmettre », conclut-il.
Les différents qirā’āt
La lecture du Quran suit des règles précises de récitation, appelées « qirā’āt » (lectures ou récitations). Il existe dix lectures coraniques reconnues par les érudits musulmans, bien que sept soient les plus répandues et considérées comme les plus authentiques par Ibn Mujahid au Xe siècle. Ces variantes résultent des différentes traditions de récitation transmises par les compagnons du Prophète Muhammad (saw) et leurs successeurs.
Les Sept Lectures Canoniques (Al-Qirā’āt as-Sab’)
Ces sept lectures ont été codifiées par Ibn Mujahid et sont les plus couramment utilisées :
- Nâfi’ al-Madani (Médine)
- Ibn Kathîr al-Makki (La Mecque)
- Abû ‘Amr al-Basrî (Bassora)
- Ibn ‘Amir ad-Dimashqî (Damas, Syrie)
- ‘Âsim al-Kûfî (Kufa, Irak)
- Hamzah al-Kûfî (Kufa, Irak)
- Al-Kisâ’î (Kufa, Irak)
Les Trois Lectures Supplémentaires (Al-Qirā’āt al-’Ashr)
Ajoutées plus tard, ces trois lectures complètent les dix lectures coraniques :
- AbûJa’far al-Madanî (Médine)
- Ya’qûb al-Hadramî (Bassora)
- Khalaf ibn Hishâm (Kufa, Irak)
Il refuse des offres au Koweït et en Allemagne : L’attachement de Sheik Souroud avec les Mauriciens
L’amitié, la fraternité et l’attachement n’ont pas de prix. Ce Ramadan, Sheik Dr Sou-oudo Souleyman Mouhamed aurait pu être au Koweït ou en Allemagne. Pourtant, notre frère du Bénin a décliné ces invitations pour renouer avec l’île Maurice.
« L’île Maurice me manquait », confie-t-il à Star. Depuis la pandémie, il n’avait plus foulé le sol mauricien, ayant consacré ces dernières années à l’Arabie saoudite pour préparer sa thèse de doctorat dans un domaine très particulier : les dix différentes qirā’āt (lectures) du Saint Quran.
« Depuis que frère Yasseen Koossa m’a introduit à Maurice en 2009, d’autres étudiants m’ont proposé de passer Ramadan dans leurs pays d’origine. Les deux dernières invitations en date venaient du Koweït et de l’Allemagne. Franchement, je n’ai pas eu besoin de réfléchir. Mon choix s’est immédiatement porté sur l’île Maurice », explique-t-il.
Et ce, malgré les offres attractives qu’il a reçues ailleurs. On lui a même fait comprendre qu’il retournerait au Bénin après l’Eid-ul-Fitr avec une somme d’argent conséquente. Mais pour lui, l’amitié et la fraternité passent avant tout. « L’argent est important, mais il ne peut pas être un critère d’évaluation de l’amitié », souligne-t-il. D’ailleurs, il fait le vœu de revenir encore et encore pour officier les prières de Taraweeh à Maurice.
Un projet ambitieux pour l’île Maurice
Au-delà de son attachement à Maurice, Sheik Dr Souroud nourrit des projets concrets pour les Mauriciens. Il souhaite contribuer à l’amélioration de la récitation du Saint Quran et aider les imams à perfectionner leur lecture. Il a déjà commencé à travailler avec les imams de la mosquée Al Meezaan et prévoit d’étendre cette initiative à cinq autres mosquées lors de sa prochaine visite.
« La récitation du Saint Quran, en particulier par un imam, doit être conforme à la révélation transmise au Prophète Muhammad (saw). Il ne peut pas lire comme bon lui semble. Il doit être conscient de l’énorme responsabilité qui pèse sur ses épaules : d’abord pour la satisfaction d’Allah, ensuite pour transmettre la bonne récitation aux mussallis (fidèles) », explique-t-il.
Sheik Dr Souroud constate avec admiration que les Mauriciens ont une forte affinité avec la belle récitation du Quran. « Je remarque un attachement profond au Coran chez les Mauriciens. À Al Meezaan, je vois des fidèles venir de tous les coins et recoins de l’île pour assister aux Taraweeh. Ils sont attirés par la récitation. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je préfère venir ici », confie-t-il.
Un homme accessible et proche des jeunes
Bien qu’il comprenne les conversations en français, Sheik Dr Souroud maîtrise encore peu la langue locale. Il échange néanmoins quelques phrases avec enthousiasme : « Coumanier Janab ? », « Coumaniere la santé ? », « La famille bien ? ».
Homme humble et accessible, il entretient un lien particulier avec les jeunes et les enfants. Son sourire et sa bienveillance témoignent de son attachement sincère aux Mauriciens, renforçant ainsi l’amour et le respect que lui portent ceux qui ont l’occasion de le côtoyer.
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