Friday , 22 May 2026

Ziad Medoukh, Gazaoui, poète et professeur de français : «Gaza est un champ de ruines, mais Gaza vivra»

Ziad Medoukh, Palestinien, poète et professeur de français à l’Université Al-Aqsa, à Gaza, dit au site 20 Minutes être décidé à rester « par esprit de résistance », malgré que les conditions pour vivre sont de plus en plus éprouvantes pour la population.

Avez-vous déjà pensé à fuir ?
750 000 personnes ont fui parce que leurs maisons ou leurs quartiers ont été détruits. Mais nous sommes des centaines de milliers à rester en risquant notre vie. On est laissé à notre sort par la communauté internationale. Je reste par esprit de résistance, grâce à l’éducation et les valeurs qui m’ont été transmises et par attachement à ma terre. Si demain, je pars de ma maison, après-demain, je partirai de la ville de Gaza. Et après-après demain, je partirai de Palestine. C’est ça le plan ? Je serais humilié de l’intérieur de faire ça, je ne veux pas participer à l’abandon de Gaza ou de mon pays. C’est difficile d’être séparé de sa famille, de vivre dans la peur de la mort ou de voir ses proches partir, mais c’est un choix. Nous sommes un modèle pour les jeunes, on doit montrer l’exemple et tenir.

Vous pensez pouvoir tenir jusqu’à quand dans ces conditions ?
Demandez à la communauté internationale jusqu’à quand ils vont nous laisser sans rien faire. Pour le moment, en tout cas, je tiens. Il y a une forte adaptation et un sentiment de solidarité incroyable. On mange un repas par jour plutôt que trois, on se lave à l’eau minérale que l’on achète, on stocke quelques réserves et conserves restantes dans les commerces. Gaza est devenu un champ de ruines, condamné à la mort. Mais Gaza vit et vivra.

Israël dit cibler le Hamas. Qu’en pensez-vous ?
Israël n’est pas en train d’écraser le Hamas, mais d’écraser la population. À chaque fois, Israël a justifié ses conflits avec Gaza en évoquant la destruction du Hamas, et à chaque fois, on a trouvé le Hamas plus puissant derrière. C’est bien que la méthode israélienne ne fonctionne pas, ou que ce n’est pas le Hamas qu’elle vise réellement. Le but est de mettre la population à terre.

Comment gardez-vous la foi dans ces moments-là ?
Il y a un sentiment d’impuissance, de colère, de crainte, mais également d’espoir. Ce qui se passe actuellement est tellement grave que ça va forcément finir par réveiller les consciences dans le monde. Je vois déjà certaines choses bouger. De plus en plus de médias s’intéressent à notre sort, le monde associatif se réveille. Je suis optimiste, c’est pour ça que je reste. Personne n’a intérêt à la guerre et au désordre. Or, quand Israël bombarde Gaza, ils n’assassinent pas seulement les femmes et les enfants, ils assassinent aussi la paix.

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