dimanche , 18 avril 2021

2020 : l’année 0, AC

2020 est un tournant historique. Il restera comme l’année du Confinement. Partout au monde, il y avait un avant-COVID-19. Ensuite, à partir de 2020, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, l’année zéro Après le Confinement, 0 AC.

Des termes qui n’existaient pas avant 0 AC font partie désormais de notre vocabulaire, de la ‘distanciation sociale’ au ‘contact-tracing’ en passant par les fameux ‘gestes-barrière’. Même l’incontournable mot ‘COVID’ est maintenant si banal que nous avons presque oublié qu’il s’agit d’un acronyme en anglais pour ‘Coronavirus Virus Disease’. Et pourtant, nombreux refusent d’accepter que le monde ne sera plus comme avant, pour le meilleur comme pour le pire.

Imaginons un instant ce que signifie le fait que nous devrons vivre avec le coronavirus. Même avec les vaccins, il n’y aura jamais de retour à la normale d’avant 0 AC. D’abord, il faudra du temps pour vacciner toute une population, ici comme ailleurs. Ensuite, la plupart des vaccins ont une efficacité d’environ 70% et ne couvrent pas toutes les couches de la population au même niveau. La mutation du virus ou d’autres types de virus ne sont pas à écarter. Et dans tous les cas, il semble qu’il n’y a aucun médicament, jusqu’ici, qui agit avec satisfaction.

Ceux qui ont contracté le virus peuvent plus tard être contaminés encore, donc ne sont pas immunisés pour tout le temps. Les divers groupes à risque demeurent très vulnérables, y compris dans des pays comme le nôtre où des maladies telles que le diabète, l’hypertension et les troubles cardiovasculaires sont communes. Nos systèmes de santé ne sont pas conçus pour faire face à la pandémie. Et lorsqu’ils sont poussés à le faire, c’est au détriment d’autres services et des risques de dysfonctionnement allant jusqu’à la fraude. Des milliers de personnes meurent déjà dans les pays développés, faute de prise en charge adéquat ou suffisamment tôt face au cancer, une conséquence collatérale de l’accaparement des services de santé par la crise de COVID-19. Les quarantaines, isolements, masques, gels hydro alcooliques et autres PPE font partie de notre quotidien.

Notre pays ne connaît presque aucun cas local de COVID-19 depuis des mois. Le fait que nous sommes sur une île, comme à Rodrigues ou Agaléga aussi, nous permet de rester ‘COVID-safe’. Le prix à payer est lourd économiquement, à l’instar du secteur touristique et tout ce qui est lié avec, à commencer par le transport aérien. Certains croient à un retour à la ‘normale’, soit à la situation où nous recevions un million de touristes annuellement. C’est autant croire que le virus disparaîtra et sera contrôlé soit par un vaccin ou par un traitement à découvrir.

Les tentatives ne manquent pas afin de trouver des solutions sur le court terme. La publicité de MauritiusNow.com par le biais des matchs à Anfield Road s’inscrit dans ce sens. Mais le fait est que nous n’avons aucune visibilité sur un avenir plus long. Combien de touristes et autres voyageurs attirerons-nous avec de telles stratégies ? Car, nous sommes là toujours dans le cadre d’ajustements et d’adaptations conjoncturelles ou ‘piecemeal’ face à une crise inédite, locale et globale.

Post-COVID-19

Et si au lieu de nous satisfaire de demi-mesures plutôt désespérées, nous nous décidions à prendre notre destin en main et tourner la page ? Sommes-nous suffisamment audacieux pour penser notre monde avec la COVID-19 comme une réalité inévitable ? Pouvons-nous redéfinir notre système de santé publique fondée sur la prévention de la pandémie, mais aussi dans le même souffle prévenir d’autres maladies, problèmes et fléaux, y compris la toxicomanie et les accidents de route ? Le port du masque, obligatoire aujourd’hui en public, ne doit-il pas être pris plus au sérieux afin de nous préparer à l’ère post-COVID ? Où est le respect de lois, une faille systémique à l’origine de tant de maux? Certes, cela prendra du temps pour tout transformer, nos politiques comme nos habitudes, mais décider de changer de cap n’est pas une affaire de temps. C’est une question de volonté et de détermination.

Un exemple, ne peut-on pas rompre radicalement avec le modèle du tourisme pré-COVID-19 et miser désormais sur autre chose que la masse ? Y-a-t-il des gens, à commencer par des décideurs, qui veulent arrêter le ‘business-as-usual’ pour oser innover ? N’est-il pas temps de réinventer notre tourisme, pour ne pas aller jusqu’à dire aret kokin nu laplaz ? Avant la construction d’hôtels et autres bâtiments sur le littoral, il y a avait un capital naturel sous la forme de wetlands, de plages, de lagons et de barrières de corail que nous avons détruits au nom d’un certain concept de développement économique. Le Confinement a montré que les écosystèmes peuvent se régénérer. L’épisode du Wakashio l’a confirmé. Pourquoi ne pas rebâtir proprement, équitablement et durablement, autrement ?

Cette transformation post-COVID-19 ne doit-elle pas s’appliquer aussi, par exemple, à la gestion de l’eau qui est hyper-centralisée et soumise à des pertes? En ces temps de sécheresse, ne voyons-nous pas que la fourniture 24/7 est un mythe, sinon un rêve coûteux, alors que nous pouvons collecter individuellement l’eau de pluie, éviter que l’eau des centrales hydroélectriques finissent dans l’océan, investir dans les énergies renouvelables qui n’ont pas besoin d’eau de refroidissement comme les stations thermiques, promouvoir le dessalement avec ces énergies propres et surtout utiliser l’eau plus efficacement ? Certes les restrictions sur les lavages de voiture ou encore l’arrosage de plantes sont des mesures temporaires actuellement, mais ne devons-nous pas voir plus grand ? Qu’en est-il de l’eau courante fournie aux hôtels, aux usines et à ceux qui ont les moyens, à un coût dérisoire et qui est trop souvent gaspillée ? Le déversement des eaux-usées par le tout-à-l’égout est aussi un épineux problème, très onéreux, alors que des solutions de proximité écologiques sont écartées.

Le management de l’énergie est un autre créneau que nous devons poursuivre au lieu de dépendre du charbon et des produits pétroliers importés, sachant tout le mal que représentent les émissions de gaz provoquant le changement climatique. La gestion intégrée des déchets, l’autosuffisance alimentaire, le transport électrique et propre, la préservation de notre patrimoine naturel, culturel ou historique, l’aménagement du territoire, y compris des zones côtières et marines…autant de chantiers où une révolution ‘Build Back Better’ est demandée dans l’ère post-COVID-19 ! Un des obstacles à cette transformation est la mauvaise gouvernance avec la corruption, le favoritisme, le népotisme, l’incompétence et le déni de méritocratie qui l’accompagnent. Dire ceci ne revient pas à faire la critique du gouvernement du jour, mais de comprendre la complexité d’une détérioration systémique qui persiste depuis très longtemps.

Mais il est dit que rien ne change de l’état d’un peuple aussi longtemps que ce dernier ne change ce qui est lui-même. À l’intérieur de nous-mêmes, et entre nous, y-a-t-il un désir de changer pour le mieux  en saisissant de l’ère post-COVID comme une opportunité immanquable? Combien parmi nous partagent une autre vision du monde et sont prêts à avancer, ensemble ? Comment le faire quand les forces dominantes, intimement comme à l’extérieur, résistent au changement et ont intérêt à garder le statuquo ? La suite dans « 2021 : l’an 1 ». In sha Allah.

Par DR KHALIL ELAHEE

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

Divided States…et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez et perdrez votre force…(Le Coran 8 :46)

Les Etats-Unis sont destinés d’être, selon Abraham Lincoln, le pays du gouvernement du peuple, par …