dimanche , 5 avril 2020
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Violence domestique

2020 a débuté sur de très mauvaises notes. Encore et toujours, des femmes font l’objet de violence au sein du couple. Pis : dans un cas, un enfant de deux ans a été touché avec un sabre. À quoi peut-on attribuer cette situation ? Et comment l’endiguer ?

Ambal Jeanne : «Il faut éduquer pour contrer la violence domestique»

Ambal JeanneTrop, c’est trop. Un enfant de deux ans est encore traumatisé d’avoir été victime de la folie de son père, le jeudi 2 janvier, à Henrietta. Selon sa mère, Sheena, le petit Vashish a perdu le sommeil et ne mange presque pas. Lundi sur Radio Plus, elle confiait : « Pandan la zourne, li rappel sa bann kitsoz la. Li dir moi ‘mama, mama boubou, baba boubou mama plore, papa bate’ ».

Bhavish Rosun, 22 ans, a agressé sa femme, âgée de 24 ans, dans la soirée du jeudi 2 janvier à coups de « belna » et de tuyau ainsi que leur fils d’un an à coups de sabre. Il avait également menacé de s’en prendre au petit Vashish. La police a dû avoir recours à une arme à feu alors qu’il s’apprêtait à assener un deuxième coup de sabre à son fils cadet âgé d’un an seulement. Il est tombé sous les balles de la police.

Selon Ambal Jeanne, directrice de SOS Femmes, les cas de violence domestique sont de plus en plus graves. Elle constate que la gravité de ces cas inquiète car les victimes finissent souvent à l’hôpital ou au cimetières. « La violence domestique peut toucher n’importe qui. Elle est principalement un comportement destructeur ou agressif dans une relation, visant à exercer un pouvoir et un contrôle sur son/sa partenaire ou même en finir avec l’autre. Cette violence se manifeste par des violences physiques et émotionnelles, entre autres », souligne-t-elle.

Prendre les menaces au sérieux

Elle est d’avis que les femmes et les victimes doivent prendre les menaces de leurs partenaires au sérieux. « Dans beaucoup de cas, les agresseurs mettent leurs menaces à exécution. Ces agresseurs ne veulent pas que leurs conjoints reçoivent de l’aide de l’extérieur ou les quittent. Ils veulent exercer un contrôle absolu sur la personne. Quand l’agresseur n’arrive pas à exercer son pouvoir, il/elle devient alors plus agressif et violent. Plusieurs autres facteurs contribuent à cette violence, dont l’adultère, les conflits avec la famille et les beaux-parents, l’argent et l’alcool. Le nouveau facteur est la drogue synthétique qui fait des ravages dans les familles », poursuit notre interlocutrice.

Ambal Jeanne soutient que l’éducation demeure l’une des solutions principales pour lutter contre la violence domestique. « L’éducation aide à façonner le comportement. Les individus apprennent à résoudre leurs problèmes dans une façon non-violente, ils maîtrisent le savoir-vivre et le vivre-ensemble dans le respect des droits de l’autre. L’autre solution, c’est d’offrir des thérapies aux agresseurs. Cela doit devenir obligatoire pour chacun d’entre eux car sur le long terme, cela les aidera à s’éduquer et se rééduquer », avance-t-elle.


La ministre Kalpana Koonjoo-Shah : «Dénoncez vos agresseurs !»

Kalpana Koonjoo-ShahDans une interview à Le Défi-Plus, la nouvelle ministre de l’Égalité des Genres et du Bien-être de la Famille, Kalpana Koonjoo-Shah, fait un appel aux femmes, victimes de violence, de dénoncer leurs agresseurs. « Dénoncez ! Se taire revient à continuer de souffrir en silence et les choses risquent fort d’empirer. C’est malheureux mais des femmes sont tombées sous les coups de leurs maris ou compagnons. Nous en avons vu au moins sept rien que l’année dernière. Vos enfants souffrent et vont davantage souffrir si vous continuez à vous taire. Nous sommes là pour vous aider. La loi est là mais si les victimes se taisent, que pouvons-nous faire ? Votre silence ne nous aide pas. C’est trop facile de dire que les lois ne sont pas suffisamment sévères. Croyez-moi : durcir dix mille fois une loi ne pourra pas garantir la protection de la victime si celle-ci choisit de se taire. Je répèterai encore et toujours : dénoncez votre agresseur ! »


Allia Syed Hossen-Gooljar, travailleuse sociale : «Les parents passent beaucoup de temps au travail et négligent la maison»

Allia Syed Hossen-GooljarTravailleuse sociale et directrice du Centre des Dames Mourides (CDM), Allia Syed Hossen-Gooljar soutient qu’il y a un gros manquement au niveau de notre éducation. « Notre système éducatif, focalisé sur la réussite académique, ne fait que stresser nos enfants. Ils n’ont pas le temps de jouir de leur enfance. Le revers, c’est que nous produisons de futurs adultes angoissés qui auront du mal à gérer le moindre petit problème. Je pense que nous devons porter plus d’attention à la racine du problème qu’est la violence domestique », dit-elle.

Elle estime aussi que la pression professionnelle et ainsi que familiale que subissent les parents mènent à la violence domestique. « Les parents passent beaucoup de temps au travail, négligent la maison et ne communiquent pas assez avec leurs enfants. Ils sont fatigués et doivent souvent gérer des problèmes tant professionnels que familiaux. Certains refusent d’aider et de contribuer dans la gestion de la maison, pensant toujours que c’est la responsabilité d’une seule personne, celle de la femme la plupart du temps. Tout cela crée des tensions et les enfants grandissent dans un environnement stressant », fait-elle ressortir.

Allia Syed Hossen-Gooljar pense que les couples doivent avoir plus de ‘flexi time’ au bureau pour pouvoir consacrer du temps à leurs familles. « Souvent, des parents ne savent pas ce que font leurs enfants après l’école. Ceux-ci sont souvent scotchés à leurs portables ou devant la télé. Il y a de nombreux contenus – vidéos et images de violence, entre autres – qui ne sont pas appropriées pour les jeunes et qui peuvent les influencer négativement. Consacrer du temps aux enfants est donc primordial », indique-t-elle.

Aussi, elle estime que la religion a son rôle dans ce problème. « Comment nos hommes religieux gèrent et aident les familles, les victimes et les auteurs de violence domestique ? Comment se servent-ils des textes sacrés pour enseigner qu’il faut faire le bien et pas le mal ? Je pense que l’accent doit être mis, non seulement sur les rituels, mais sur la manière de vivre. Il faut trouver des moyens d’emmener les gens vers l’amour et la non-violence. Bon nombre ont besoin d’être rééduqués et de se remettre en question au lieu d’être mis en prison », conclut-elle.


Rajen Suntoo, sociologue : «L’alcool, la drogue et les jeux d’argent sont parmi les causes majeures»

Rajen SuntooParmi les causes liées à la violence domestique, le sociologue Rajen Suntoo soutient que la jalousie en fait partie. « Les gens se sentent vulnérables quand ils voient que leurs partenaires avancent dans la vie et les devancent sur le plan professionnel et financier. Ces personnes se sentent alors inferieures. Une deuxième cause est la pauvreté et le manque d’argent qui créent beaucoup de tensions dans une maison et mènent souvent vers la violence. Une autre cause, c’est le manque de temps et de dialogue entre les conjoints et la famille en général. Les parents n’ont pas le temps pour des moments intimes et il y a un manque de communication. De plus, il y a parfois les belles-mères, beaux-pères et autres membres de la famille qui se mêlent des problèmes et créent des discussions dans les couples. »

Rajen Suntoo ajoute que l’alcool, la drogue et les jeux d’argent sont aussi des causes majeures liées à la violence domestique. « Les violences liées à ces fléaux mènent souvent jusqu’aux crimes. Les personnes qui sont sous l’influence de ces fléaux ne peuvent se contenir, deviennent agressifs et finissent par commettre l’irréparable. Puis, il y a technologie. La violence est devenue plus présente dans nos vies à travers la technologie dont l’internet, les réseaux sociaux, etc. Les gens, surtout les jeunes, sont plus exposés à la violence. Ils ont donc tendance à reproduire ce qu’ils voient sans réfléchir à deux fois. D’autre part, certaines personnes qui veulent vivre le parfait amour, se laissent emporter dans des relations conflictuelles et à problèmes à travers les réseaux sociaux. D’autres se laissent tenter par l’adultère. Tout cela mène à la violence domestique car certaines personnes n’acceptent pas d’être délaissées par leur conjoint et doivent dominer dans la relation, qu’importe le prix à payer. »

Le psychologue estime que toutes les institutions ont un rôle majeur à jouer. « L’école, la famille, la religion, etc. sont les acteurs clés pour lutter contre la violence domestique. L’éducation civique, le soutien familial et l’apprentissage des valeurs morales à travers la religion et la spiritualité sont plus qu’importantes et peuvent définitivement aider face à la recrudescence de la violence domestique. »


Sameeha Monaff, psychologue : «Un traitement psychologique approprié pour les agresseurs»

Sameeha MonaffPour la psychologue Sameeha Monaff, les facteurs de risque proviennent de l’interaction entre les facteurs environnementaux et individuels. Elle explique : « Cela signifie que les agresseurs héritent un comportement violent de leur famille, des gens de leur communauté et d’autres influences culturelles à mesure qu’ils grandissent. Ils peuvent avoir été souvent témoins de violence ou eux-mêmes victimes. Les enfants, témoins ou victimes de violence, peuvent croire que c’est un moyen normal de résoudre les conflits entre les personnes. Cela détruit leur capacité à faire confiance aux autres et à contrôler leurs émotions et produit des adultes hostiles et émotionnellement insécurisés avec une capacité profondément altérée de développer et de maintenir des relations saines. »

Elle souligne que des études concluent que les nombreuses causes de violence domestique ont un point commun : le besoin d’exercer un contrôle total sur le partenaire. « Pour certains, la violence est un outil pour empêcher leur partenaire intime de quitter la relation ou les empêcher d’être infidèles, même si cela signifie les forcer physiquement à rester. La faible estime de soi, la jalousie extrême, la colère, les problèmes financiers, le désaccord avec le partenaire, la toxicomanie et les difficultés à réguler les émotions fortes sont quelques-uns des éléments qui peuvent déclencher un comportement criminel chez l’agresseur », ajoute-t-elle.

D’après la psychologue, les femmes hésitent principalement à s’exprimer par crainte de la sécurité, de la garde ou des perspectives d’avenir des enfants. « Elles sont très souvent impliquées dans le cycle de la violence où l’agresseur leur fait croire qu’elles méritent la violence et sapent ainsi leur confiance et les mettent, ainsi que leur famille, davantage en danger. Il est donc important de soutenir et d’encourager les femmes à s’exprimer et prendre position pour elles-mêmes avec l’aide de leur famille et autres proches. »

Pour les agresseurs, Sameeha Monaff recommande l’accès à un traitement psychologique approprié car le seul fait de les mettre en prison ne mettra fin que temporairement à la violence et ne résoudra pas complètement le problème. « Les unités de soutien aux familles et les interventions des ONG doivent être davantage médiatisées pour atteindre ceux qui vivent dans des poches de pauvreté avec un statut socioéconomique inférieur. »

Jameela Jaddoo

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