mercredi , 3 juin 2020

Vente de vêtements pour la fête Eid : la ruée vers les plateformes en ligne

Le confinement lié à la pandémie du coronavirus a complètement changé nos habitudes durant le mois du Ramadan. C’est le cas également à l’approche de la fête Eid-ul-Fitr où bon nombre de Mauriciens se sont tournés vers les plateformes en ligne pour la vente et l’achat de vêtements et autres accessoires.

Pas de magasins bondés, ni de bousculade dans les foires ou à la rue Pagoda et point de «late night shopping» en marge de la fête Eid qui sera célébrée dans une semaine. Confinement oblige, la tendance veut que les achats se déroulent en ligne cette année. Il existe, en effet, depuis quelques jours un réel engouement pour ce type de commerce. Alors que les magasins de vêtements sont fermés par mesure de précaution, les commerçants ont dû innover pour faire marcher les affaires et séduire les acheteurs toujours en quête de vêtements neufs, comme le veut la tradition pour la célébration de l’Eid-ul-Fitr. La vente en ligne est donc privilégié et les murs des différentes pages et groupes sur les réseaux sociaux sont tapissés d’annonces ayant trait à la vente de vêtements.

Saffinaz Chaudhry, propriétaire de trois magasins de vêtements dans la capitale, nous explique qu’elle a dû revoir entièrement sa stratégie de vente en raison du couvre-feu sanitaire. « Je suis dans le business depuis 2008. D’habitude, pendant le Ramadan les clients affluent dans nos magasins et nous avons cinq employés qui travaillent à plein-temps en plus des membres de la famille. Mais avec le confinement, tout a changé. Désormais, les ventes se font en ligne, notamment à travers les réseaux sociaux. Nous avions notre page sur Facebook mais elle n’était pas mise à jour. Mes enfants ont donc décidé de la mettre à jour en prenant des photos des vêtements et les publiant sur la page. Les autres membres de la famille me prêtent main forte notamment pour l’emballage, la livraison, entre autres », avance-t-elle.

Atteindre un maximum d’internautes

Parallèlement, Nashwiir Soobratty qui opère également dans la vente de vêtements à Port-Louis, confie lui aussi qu’il a dû s’adapter au commerce en ligne. « J’ai dû me mettre à 100% à la vente en ligne, car le business est très affecté avec le confinement. J’ai commencé à poster les photos de vêtements en ligne pour attirer les clients. J’opère plus dans la vente de vêtements pour les occasions telles que les fiançailles, entre autres. Mais les affaires marchent mieux pendant le Ramadan car j’importe des vêtements spécialement pour la fête Eid. Cependant, ma cargaison de vêtements est restée bloquée en Chine. Je travaille donc avec le stock qu’il me reste », dit-il.

Cela fait quatre ans depuis que Noushreen Mohamud et son époux ont ouvert leur magasin de prêt-à-porter à Curepipe. Cette année, elle est littéralement scotchée à son téléphone portable car les commandes sont gérées à distance. « Nous avons débuté ce business avec l’argent de nos économies et les affaires allaient bien. Cependant le confinement est venu jouer les trouble-fête.

Heureusement, nous avions déjà une page pour notre boutique sur les réseaux sociaux, à travers laquelle j’ai commencé à faire la publicité de notre collection de vêtements pour Eid. La publicité sur les réseaux sociaux est payante mais nous préférons y avoir recours afin d’atteindre le maximum d’utilisateurs qui sont de potentiels clients », soutient-elle.

Vêtements pour hommes

Un couple de commerçants que nous avons rencontré sur Facebook indique qu’il avait planifié l’ouverture de leur magasin avant le Ramadan. Mais le confinement a gâché ses plans. Ainsi, les deux ont décidé de poursuivre avec la vente en ligne. «Nous travaillions exclusivement en ligne actuellement car nous n’avions pu ouvrir notre boutique. Notre cargaison de vêtements pour la fête Eid a été bloquée en Inde à cause du Covid-19. Donc, nous avons dû revoir tout notre planning. Cela dit, la vente en ligne marche très bien et nous avons pu trouver une nouvelle clientèle », dit l’un d’eux.

Par ailleurs, si la majorité des plateformes en ligne proposent des tenues pour les dames, d’autres font la part belle aux vêtements pour homme tels que kurta, thobe, pantalons, entre autres. Shuaib Timol tient un magasin de vêtements islamiques pour homme. Selon lui, la vente en ligne n’est pas aussi facile. « Comme tous ceux qui opèrent dans la vente de vêtements, j’ai dû moi aussi avoir recours à la vente en ligne. Surtout que c’est essentiellement durant le Ramadan et aussi pour la fête Eid que les hommes achètent des vêtements neufs pour la prière. J’ai eu la chance que ma cargaison de vêtements pour Eid est arrivée juste avant le confinement. J’ai déjà tout le stock à la maison et cela m’évite de faire le va-et-vient au magasin », dit-il.

Concurrence féroce !

Les réseaux sociaux ont, depuis peu, démocratisé la vente en ligne. Nombreux sont les Mauriciens qui utilisent ces plateformes pour faire du business. Et la concurrence est rude, surtout à l’approche de la période de fêtes. Une vendeuse, sous le couvert de l’anonymat, est d’avis que la concurrence est féroce en ce moment.

« Cela fait deux ans depuis que j’ai lancé un ‘side-business’ dans la vente de vêtements en ligne et cela marchait très bien. Mais depuis le confinement et la fête Eid qui approche, les ventes ont chuté de 50%. Cela est dû au fait que les magasins se sont tournés vers la vente en ligne eux aussi à cause du confinement », avance-t-elle.

Elle ajoute que les clients se montrent aussi hésitants. «  J’ai eu plusieurs clients qui ont annulé leur commande. Ils veulent connaître le prix, me demande de faire une réservation pour ensuite annuler. Les prix sont très compétitifs en ligne. De plus, cette année avec le confinement les gens recherche plutôt des vêtements simples et moins chers », dit-elle.

Zakil Tarsoo, de la coopérative YES : «La transition vers le commerce en ligne est primordiale»

Président de la coopérative Youth Entrepreneur Society (YES) et consultant en affaires, Zakil Tarsoo explique qu’une analyse a été faite sur les divers problèmes auxquels les business ont dû faire face à cause du confinement. « La coopérative analyse aussi les indicateurs sociaux. Il existe beaucoup de problèmes auxquels les entreprises sont confrontées en raison de la pandémie. Certaines entreprises sont obligées de stopper la production même si elles ont la capacité de le faire, car elles sont privées de matières premières importées de Chine ou d’autres pays. De plus, d’autres entreprises ne peuvent pas fonctionner en raison de la nature de leur business comme les restaurants et les magasins de vêtements. Ces entreprises sont confrontées à des difficultés, car nombre d’entre elles doivent payer un loyer, des salaires et rembourser des prêts », avance-t-il.

Ainsi, Zakil Tarsoon indique que beaucoup d’entreprises ont dû s’adapter à la situation et privilégier le travail ou la vente en ligne. « La transition vers le commerce en ligne est primordiale pour les vendeurs de vêtements. Cela peut être plus rentable pour eux et, dans certains cas, s’ils parviennent à s’approprier un marché, ils peuvent fermer leur magasin et continuer avec le commerce électronique pour éviter le loyer. C’est possible à cette époque et une telle situation a déjà été une réalité dans le passé », explique-t-il.

Les difficultés rencontrées en ligne

Bien que pratique et accessible à tous, le commerce en ligne comporte aussi son lot de défis surtout pour les nouveaux utilisateurs. Saffinaz Chaudhry estime qu’il est quasiment impossible de «upload» tous les modèles de vêtements en ligne. « Nous n’arrivons pas à publier les photos de tous les modèles de vêtements que nous avons. Par exemple, un client peut aimer un modèle mais pas la couleur. À ce moment, on lui envoie par message privé la photo de la tenue recherchée. Si le client est satisfait, il nous envoie sa taille et procède au paiement par virement bancaire », dit-elle. La businesswoman confie aussi que les tendances d’achat des clients ont changé. « Vu que la fête Eid sera célébrée pendant le confinement, les clients n’achètent qu’une seule tenues. En temps normal, ils achètent deux voire plus. Cette année, ils optent aussi pour des vêtements simples », ajoute-t-elle.

De son côté, Noushreen Mohamud explique que les clients en ligne sont différents de ceux qu’elle a l’habitude de côtoyer dans son magasin. « Les deux types de clients sont très différents. Nous avons remarqué que beaucoup de clients en ligne ne se soucient pas trop de la qualité. Nous avons du mal à faire comprendre aux gens que la qualité de tissu n’est pas la même pour tous les vêtements », avance-t-elle. Pour Shuaib Timol, la situation devient difficile car le commerce en ligne se fait 24/7. « Parfois, c’est impossible à gérer. Je passe mon temps à répondre aux messages des clients. Je les envoie des photos et ils font des réservations. D’autres ont envie de voir les modèles disponibles. C’est difficile de gérer surtout en période de jeûne. Les clients envoient des messages à n’importe quelle heure », avance-t-il.

Autre gros soucis rencontré par la plupart des vendeurs est le déplacement pour la livraison des commandes. Ils sont unanimes à dire qu’en cette période de confinement, une telle entreprise s’avère très compliquée. Les vendeurs avancent qu’ils doivent procéder à la livraison seulement dans le périmètre de leur zone de résidence, tout en respectant les gestes barrières. Aussi, la plupart d’entre eux n’ont pas un Work Access Permit. Ils ne peuvent donc se permettre de prendre des risques et cela, au grand regret de leurs clients.

Manque à gagner de plus de 70%

Saffinaz Chaudhry est catégorique. Les ventes réalisées l’année dernière sont incomparables à celles de cette année. « La fête Eid est le moment de l’année où nous avons le plus de clients. Mais avec le confinement, les ventes ont baissé drastiquement. Cela est dû au fait que nous ne pouvons satisfaire tous nos clients qui se trouvent aux quatre coins de l’île. J’estime un manque à gagner de 70% cette année », lâche-t-elle.

Même son de cloche du côté des autres vendeurs. Nashwiir Soobratty avance, lui, qu’il se retrouvera avec une cargaison pleine de vêtements pour Eid à écouler après la fête. « Quand ma cargaison destinée pour la vente durant le Ramadan va arriver, je ne suis pas sûr que je vais pouvoir l’écouler. La grosse majorité du stock ne se vendra pas. Cela va constituer une grosse perte », se désole-t-il.

Noushreen Mohamud confie, elle aussi, que son chiffre d’affaires pour l’année 2020 sera très affecté. « La vente des tenues pour Eid contribue beaucoup à notre chiffre d’affaires annuel, qui ne sera malheureusement pas le même cette année. En temps normal durant le Ramadan, nous opérons jusqu’à 16h30 mais nous travaillons également après l’iftaar afin de satisfaire les clients qui n’ont pas le temps de faire leurs achats pendant la journée. Nous sommes rentrés de l’Inde en février et nous avons investi tout notre argent dans l’achat de vêtements pour la fête Eid. Nous allons encourir d’énormes pertes cette année », soupire notre interlocutrice.

Les commerçants soutiennent aussi que la perte est également provoquée par le fait qu’ils ne puissent répondre aux attentes des clients qui habitent en dehors de leur zone de résidence. Sans permis, ils ne peuvent se déplacer. Cela s’applique aussi bien pour les clients qui ne peuvent se déplacer en dehors de leur zone de résidence pour récupérer leur colis.

Jameela Jaddoo

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