lundi , 19 avril 2021

Retour sur l’affaire St-Louis : Gouvernement et Gouvernance

Que faut-il changer dans notre PAYS ? Faut-il changer les mesures POLITIQUES qui sont décidées en haut-lieu, pour être ensuite appliquées ou non? Les POLITICIENS, eux-mêmes, doivent-ils changer, ou sinon devons-nous les changer  ? Les PARTIS politiques sont-ils dépassés ? Ont-ils des PROGRAMMES si différents les uns des autres ? Ou est-ce les PROCESSUS d’un système qui ne marche pas qu’il faut changer? Si oui, comment ? Sinon, est-ce la POPULATION, donc des PERSONNES qui la constituent, qui doivent changer ce qui est en eux-mêmes ?

Afin de mieux comprendre, revenons à l’affaire St-Louis qui fait l’objet d’une enquête actuellement. Il ne s’agit nullement de se substituer à un tribunal. Laissons de côté, un instant, les scandales et autres procès, qui se succèdent et s’entremêlent, soulevant autant d’indignation que de confusion. À l’heure des réseaux sociaux et autres médias, il est impossible de réfléchir en temps réel et de se défaire de toute émotivité. Un scandale chasse un autre, sans que nous arrivions à tirer une conclusion. Arrêtons-nous sur l’affaire St-Louis et focalisons-nous sur la question de l’énergie pour mieux saisir ce qui doit changer en matière de gouvernance.

Bonne gouvernance

La bonne gouvernance est un thème à la mode. Dans le secteur énergétique, sa nécessité a été reconnue très tôt tant au niveau public que privé, tant national que global, davantage maintenant avec l’urgence climatique. De Siemens AG à Enron, au plan mondial, en passant par des cas locaux en Inde, au Nigéria et même à Maurice, le domaine de l’énergie est souvent ouvert à des pratiques de mauvaise gouvernance. Sous couvert d’une prétendue quête d’armes à destruction massive, une guerre s’est même faite afin de s’accaparer du pétrole irakien avec à ce jour plus de 400 000 victimes, sans aucune fin au conflit. Malgré leurs engagements pour une transition énergétique, des multinationales du pétrole et de l’automobile, entre autres, continuent à être liées à de multiples maldonnes à l’instar de la pollution du delta du Niger et l’affaire ‘Dieselgate’.

La bonne gouvernance se veut être un processus de coordination efficace de décisions et d’initiatives, où les acteurs publics et privés, y compris les institutions, interagissent de manière constructive afin d’améliorer leurs services, par exemple dans la mise en œuvre cohérente des politiques énergétiques. De nos jours, elle est présentée comme un enjeu de pluralisme politique, de diversification économique, d’équité sociale et de contribution écologique aussi. Elle est «une reformulation heureuse du rapport entre la société civile et la pratique de la démocratie participative posant nouvellement les principes du gouvernement représentatif». Toutefois, ce qui se passe effectivement au cœur de l’État et des corps paraétatiques, comme au sein du monde des affaires et des institutions, ressemble trop à une forme déguisée d’accaparement de la gouvernance par un groupe restreint.

En juin 2020, quand éclata le scandale de St-Louis, on observait : « Cette affaire est la conséquence d’une gouvernance énergétique qui va mal politiquement, institutionnellement, mais aussi éthiquement. Et cela dure depuis des décennies avec d’autres scandales que le secteur a connus. Il y a un manque de transparence, de confiance et de coopération entre les différents acteurs. En favorisant une compétition sauvage et des retours maximaux d’investissement sur le court terme à travers de mécanismes douteux, ce modèle ne promeut pas une juste transition énergétique. Le système de développement économique dominant est dévastateur tant pour les hommes, et tout ce qu’ils érigent, que pour l’environnement. L’énergie propre et la sobriété de la demande ont peu de chance dans un tel enfer consumériste et ultra-matérialiste où domine l’argent du plus offrant, qui n’est d’ailleurs pas toujours propre ».

Des mains invisibles…

Aujourd’hui, demandons-nous qui «veulent prolonger ce statu quo qui profite à certains au détriment du bien commun» ? Sans anticiper les conclusions de l’enquête en cours, ne voyons-nous pas que des mains invisibles «agissent contre la gestion de l’énergie, gonflant la demande artificiellement avec leurs projections exagérées et aussi réellement avec des gaspillages comme le refus de toute efficacité… (et) ont intérêt à justifier ainsi l’achat et la vente, souvent en urgence, de technologies qui pérennisent notre dépendance énergétique» ? Il y a eu si peu de transfert de savoir-faire, de création d’emplois directs, de juste utilisation des ressources locales, de maîtrise de la demande et de valeur ajoutée à l’économie de proximité avec ces contrats mirobolants accordés à certains grâce à leurs intermédiaires, souvent les mêmes, dans le secteur énergétique.

À quelles mesures POLITIQUES différentes pouvons-nous nous attendre de nos POLITICIENS ? Y-a-t-il parmi ces derniers ceux qui ne sont pas comme les autres, ou ont-ils changé vraiment ? Et lorsque les PARTIS parlent de PROGRAMMES, veulent-ils remettre en question les PROCESSUS du système dominant et rompre avec le business-as-usual ? Et nous, les membres de la POPULATION, sommes-nous, PERSONELLEMENT, prêts à nous changer nous-mêmes pour une meilleure gouvernance, dans le domaine énergétique et aussi ailleurs ? Car, l’énergie n’est pas que des électrons, des litres d’essence ou appuyer sur un bouton. C’est ce que nous respirons, notre mobilité, notre demeure, notre pain, notre connectivité, notre climat, notre quotidien, nos loisirs, notre monde. Nous habitons des systèmes énergétiques et nous sommes définis par ceux-ci. Nos choix énergétiques reflètent notre culture, notre esprit et notre philosophie. Ils forgent nos comportements, influencent nos émotions et dessinent même notre civilisation. Lorsque ces choix ne sont ni démocratiques ni durables, ils affectent notre économie, notre société et notre environnement. En vérité, le changement vers la bonne gouvernance implique une toute autre volonté que notre allégeance politique à un leader ou un autre.

Conscience partagée des défis

Il ne nous incombe pas de dire que les politiciens sont tous les mêmes, blanc bonnet et bonnet blanc. Ne soyons pas cyniques non plus en affirmant que rien ne marche et que c’est toujours la faute aux autres. Nous avons les politiciens, les politiques, les partis, les programmes et les processus d’un système que nous méritons comme population. Derrière ce dernier terme, ‘population’, existe des individus, toute une diversité qui peut facilement faire de leurs divergences des divisions. Comment unir pour construire quand il est si facile d’oublier l’essentiel qui nous rassemble pour se déchirer sur ce qui nous sépare?

Aussi longtemps que nous n’ayons pas une conscience partagée des défis qui nous attendent et que nous devons relever, ensemble, au-delà des divisions bassement politiciennes, partisanes ou communales, la bonne gouvernance risque de demeurer un vain mot. Il faut penser à notre bien commun, à nos enfants, aux générations futures et à la nature dont nous dépendons, tous, pour notre survie. Soyons conscients que nous aurons des comptes à rendre. Certes, tous les acteurs politiques du jour jureront que c’est bien cela leur promesse.

Une politique inclusive

Mais combien sont disposés à s’engager radicalement à atteindre l’objectif zéro carbone ou 100% d’énergies propres dans vingt ans, ou même quarante ans, à la lumière d’une réelle bonne gouvernance énergétique? Jusqu’ici personne ne l’a fait à Maurice. De l’Union Européenne jusqu’en Chine en passant par la Californie, Hawaii et d’innombrables Petits Etats Insulaires, villes, organisations et autres compagnies, le progrès est en marche vers ce but. Une telle vision au sein de la République de Maurice, avec Rodrigues sans doute en pionnier, imposera une orientation cohérente à une politique inclusive que nous serons appelés à définir, tous ensemble. Même s’il n’y aura pas d’unanimité sur tous les points, nous pouvons miser sur les aspirations communes et éclairées des jeunes générations.

Cette vision augurera notre nécessaire transition vers un nouveau monde post-COVID-19, mieux armés à faire face à l’urgence climatique et à la nécessité d’une résilience solide face aux enjeux du futur. Plus que l’élection d’un leader, il nous faudra assurer et assumer un leadership de la bonne gouvernance, qui doit chercher toujours à rassembler et à s’ouvrir aux autres. En attendant, rappelons-nous ces paroles : Dieu ne change pas l’état d’un peuple aussi longtemps que des individus qui le composent ne changent pas ce qui est en eux-mêmes.

Par DR KHALIL ELAHEE

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