dimanche , 25 août 2019
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Qurbani à l’étranger : le partage sans frontières

Accomplir le qurbani à l’étranger est devenu une pratique courante à Maurice. De nombreuses institutions religieuses, des mosquées et même des individus offrent ce service aux musulmans. STAR est allé à la rencontre de quelques responsables d’institutions qui s’occupent du Qurbani à l’étranger. Les prix d’une part de Qurbani s’affichent dans une fourchette de Rs 800 à Rs 6900.

Bakar Ariff Bahemia (Zamzam) : «La viande est distribuée aux Hafiz et aux habitants dans le besoin»

La Madrassah ‘Zamzam’ est considérée à Maurice comme le pionnier en matière des services du qurbani à l’étranger et elle compte une vingtaine d’années d’expérience dans le domaine. À l’époque, une part de Qurbani coûtait seulement Rs 300. Mais avec le coût élevé de la vie, le prix est passé à Rs 800 la part en Inde. La religieux fait remarquer que les bœufs et les vaches sont interdits pour le Qurbani en Inde. En revanche, c’est le buffle qui est proposé pour le qurbani.

Bakar Ariff Behemia explique que la pauvreté est extrême dans des régions où très peu de gens ont accès à l’eau et à l’électricité. Beaucoup d’Indiens, selon lui, attendent impatiemment cette fête pour pouvoir profiter un peu de la viande. Zamzam reste en contact permanent avec le Dar-ul-Uloom Banjari à Indore où 1050 élèves font le hifz. Une partie de ces viandes est allouée au Dar-ul-Uloom pour les élèves nécessiteux et ils en conservent une partie pendant plusieurs mois pour leurs repas. Une grosse part est distribuée dans les régions avoisinantes dans des camions.

Durant des années, Zamzam s’adonne aussi au Qurbani des bœufs à Madagascar. Le prix est à Rs 2200 la part. Bakar Ariff Bahemia est en contact permanent avec les trois Qari qui viennent à Maurice chaque année durant le mois du Ramadan. « À Madagascar, nous offrons ce service sur une petite échelle en ce moment. En Inde, nous sacrifions environ 400 buffles chaque année », explique le responsable de Zamzam. La viande de Qurbani est distribuée également aux non-musulmans pauvres dans le but de les inviter à l’Islam.

Eshan Nujeebhun (Islamic Relief Maurice) : «Les préparatifs démarrent 6 mois avant»

L’Islamic Relief est une institution internationale qui existe depuis 1984 et vient en aide aux musulmans à travers le monde. L’année dernière, Islamic Relief a distribué dans 35 pays un total 537,797 colis de viande aux 3 millions de bénéficiaires. Parmi d’autres activités sociales, Islamic Relief Maurice propose le Qurbani dans 13 pays. Le prix d’une part varie entre Rs 2400 et Rs 6900 selon le pays. Parmi ces pays, on retrouve le Niger, le Mali, la Somalie, le Kenya, le Sri Lanka, l’Ethiopie, le Soudan, le Bangladesh, le Myanmar, l’Afghanistan, le Pakistan, la Tchétchénie et le Yemen. Selon le responsable de l’Islamic Relief Maurice, Eshan Nujeebhun, le nombre de Qurbani qui passe par Islamic Relief Maurice chaque année demeure plutôt stable, soit environ 1000 à 1500 parts. « Beaucoup de personnes font leur qurbani à Maurice d’une part, mais achètent en même temps, des parts pour les partager aux musulmans pauvres d’autres pays », affirme-t-il.

D’après Eshan Nujeebhun, les gens pauvres dans certains pays ne peuvent pas se payer un réfrigérateur, ils salent la viande et la mettent à sécher au soleil pour la consommer plus tard. Tous les préparatifs pour le Qurbani sont terminés 6 mois avant l’arrivée de la fête. Les membres de l’Islamic Relief choisissent leurs animaux et remettent des vouchers aux bénéficiaires bien avant le jour J. « C’est une organisation très méticuleuse qui s’assure que tout se fait selon les normes internationales », conclut-il.

Imam Bilaal Dookhy (Masjid Abu Bakr Siddique) : «Je représenterai toutes les personnes durant les Qurbani»

C’est sous la supervision de leurs représentants, Imam Bilaal Dookhy et Maulana Sayyed Ali Rizvi de Jamia Sharf-ul-Uloom, que la Masjid Sayyedena Abu Bakr Siddique offre son service de Qurbani à Rs 900 la part. Cette année, Imam Bilaal prend l’avion pour l’Inde deux jours avant la fête de l’Eid-ul-Adha pour assurer que tous les rites du qurbani soient bien respectés. Cette pratique est connue comme l’Ijtemaai Qurbani où les musulmans donnent à une institution leur argent pour accomplir le sacrifice dans un autre pays et leur accordent le droit de les représenter lorsque le qurbani est pratiqué.

« Donc, je serai le représentant de toutes les personnes qui ne seront pas présentes lors des rites en Inde. L’important est que tous les rites se font en respectant la sharia », affirme-t-il. Il souligne qu’il est toutefois meilleur de prendre part dans notre pays si on a les moyens. « Qurbani dans les pays étrangers ne devrait pas agir comme un moyen d’économiser de l’argent. On n’a pas le droit d’agir comme avares dans le chemin d’Allah. Des personnes optent pour cette option plutôt s’ils voudront également prendre une part pour leurs familles ou accomplir ‘isaale sawaab’ pour les personnes qui sont déjà décédées mais n’ont pas assez d’argent », dit-il. Qui plus est, poursuit Imam Bilaal, le Qurbani se fait en Inde en respectant les horaires mauriciennes. On ne commence les sacrifices en Inde seulement lorsque le namaz Eid-ul-Adha est terminé à Maurice.

Le secrétaire de la Masjid Abu Bakr Siddique, Farouk Barahim, souligne qu’un pourcentage de l’argent restant du Qurbani est alloué aux dépenses de la Masjid Sayyiduna Abu Bakr Siddique et de la Madrassah. « D’ailleurs, c’est mentionné clairement dans le contrat pour que les gens connaissent toutes les conditions », dit-il. Et d’ajouter : « Cette année, les gens viennent de loin pour bénéficier de ce forfait. Ils croient en notre institution et nous nous assurons que tout se fait dans la transparence », dit-il.

« Afin d’assurer la confiance aux clients qui sont abonnés à nos services, nous publierons des photos et des vidéos en temps réel le même jour sur notre page Facebook », rassure Abdoolah Janmamode, le coordinateur du projet Qurbani de la Masjid Sayyedena Abu Bakr Siddique.

Qurbani aux Comores : Aide à 200 familles

De nombreuses familles pauvres n’ont jamais bénéficié de la viande du Qurbani au village de Dzahadjou aux Comores.

La Société Islamique de Maurice (SIM) a visité ces familles et se propose de leur faire profiter du Qurbani. La SIM propose d’abattre deux boeufs en vue de satisfaire les 200 familles de ce village. Mohamed Hamidou se chargera de faire les sacrifices.

Veuillez remettre votre contribution à Mosadeq Sahebdin (57571438) ou Zaheer Hissoob (57500881 ou 59408863). No de compte : MCB 000011648937.

Date limite : 05.08.19

Ahmed Issack Surally: « Socovia ne vend pas de bœufs de moins de deux ans»

Ahmed Issack Surally un des directeurs de la firme Socovia à St Martin balaie d’un revers de la main l’accusation selon laquelle la firme Socovia ne respecte pas les normes prescrites par la charia en mettant en vente des bœufs de moins de deux ans.

« C’est complètement faux car cette année nous vendons des animaux en provenance du Kenya qui sont plus âgés. Ces animaux de la race boran sont solides et pèsent plusieurs kilos. En sus de ça les gens qui viennent réserver leurs animaux ont toute la liberté de vérifier l’âge et le poids de l’animal. Il y a des faussetés qu’on circule pour nuire à notre réputation », lance-t-il.
Cette année, 4 200 têtes de bétail ont déjà été réservées en attendant l’arrivée d’un autre bateau le 9 août.

« Les consommateurs n’ont rien à craindre car il y aura un surplus de bœufs sur le marché. Cette semaine la livraison débute et continuera jusqu’au lendemain de la fête Eid Ul Adha », assure Ahmed Surally. Il nous indique que l’exercice de pesage, qui a débuté en début de semaine, a pris fin vendredi. « Si une personne veut prendre livraison de son animal une semaine auparavant, il a ce choix », souligne-t-il.

« Si ène client envie ène gros bœuf ou ène bœuf moyen li gagne droit choisir so l’âge et qui poids li peser lors balance », ajoute-t-il. Selon lui, personne n’est venue jusqu’ici se plaindre de l’âge de l’animal ni de son poids. « Mo invite public pou vine assister le pesage et lerla zotte pou comprend si nous malhonnête », dit-il encore .

Soulignons qu’un navire en provenance de l’Afrique du sud est en route pour Maurice et atteindra le port mauricien dans la matinée du 9 septembre 2019 avec une cargaison de plus de 1000 bœufs.

Faisons ressortir aussi que le ministre Ashit Gungah a présidé un comité pour mettre sur pied un exercice de contrôle de poids, d’âge et du pays d’origine. La semaine dernière il avait fixé le prix du bœuf sur pattes à Rs 132.50 le kilo.

Nizam Nunnoo, vacher: «Les gens ont la garantie que les bœufs locaux ont plus de deux ans»

La vente de bœufs locaux a pris de l’essor cette année suite à la polémique entourant la vente des bœufs de moins 2 ans. Plusieurs Mauriciens parlent de la véracité de l’âge des bœufs sur le marché actuellement. Selon Nizam Nunnoo, les Mauriciens se tournent pour cette raison en grand nombre vers les bœufs locaux car ils ont la garantie que ceux-ci ont plus de deux ans.

Nizam Nunnoo s’est lancé depuis une quinzaine d’années dans le commerce des bœufs locaux. Pour la fête Eid-ul-Adha, son chiffre d’affaires est boosté par la vente de bœufs produits localement. Il vend également des bœufs importés de l’Afrique du Sud et du Kenya.

Le prix d’un bœuf local varie entre Rs 60 000 et Rs 100 000 selon son poids. «En dépit du rendement avec les animaux qui proviennent de l’Afrique du sud, beaucoup de Mauriciens préfèrent les bœufs locaux pour leur Qurbani », déclare le propriétaire de Nunnoo Farm à Saint-Paul. Selon lui, la viande des bœufs locaux est de bien meilleure qualité. S’il concède que le prix de ces animaux est supérieur à celui des bœufs importés, le vacher avance toutefois que les bœufs locaux sont nourris d’herbes fraîches et de foin. « Nous ne donnons pas de la bagasse ou de la mélasse à manger à nos bœufs. Aussi, ils ne sont pas dopés pour qu’ils prennent plus de poids », nous dit-il. Il est donc préférable selon lui de faire le qurbani à Maurice afin de pouvoir être plus près de l’animal avant le sacrifice.

Outre les taureaux, Nizam vend des boucs et des moutons. « Il y a des musulmans qui n’ont pas les moyens pour acheter un bœuf et donc ils prennent un bouc ou un mouton pour accomplir leur Qurbani », dit-il. Le prix d’un bouc chez Nunnoo Farm s’affiche entre Rs 6000 et Rs 12000 et celui du mouton varie entre Rs 10000 à Rs 20000.

Cependant, Nizam fait ressortir que soigner des animaux n’est pas une mince affaire. « Il y a un gros défi à relever pour préparer une bête pour le qurbani. Cela prend des années pour les élever. Les bœufs âgés d’un an coûte pas moins de Rs 40 000. Pour les nourrir, il faut de l’argent et du temps », fait-il ressortir. Le vacher dit qu’il doit constamment veiller à ce que ses animaux soient en bonne santé et pour cela, il doit sacrifier le temps passé avec ses proches et ses sorties.

Ibrahim Goolamallee, vacher: « Le profit est maigre »

Ibrahim Goolamallee est également producteur de bœufs locaux. Il affirme qu’il a élevé seulement quelques bœufs cette année et a préféré louer son parc à son voisin  pour garder une cinquantaine de bœufs. Selon lui, ce métier est devenu difficile et on n’arrive pas à faire des profits en vendant les taureaux.  La raison ? Les Mauriciens achètent de plus en plus les bœufs importés qui coûtent moins cher. « Quoique le prix des bœufs produits localement n’a pas une grande différence avec ceux qui sont importés,  les Mauriciens préfèrent faire des économies en optant pour les animaux importés », estime notre interlocuteur. Fort de ses 30 années d’expérience dans ce métier, Ibrahim est catégorique: la qualité de la viande produite localement avec celle qui est importée est incomparable.

Les camionneurs spécialisés au transport des animaux

Chaque année à l’approche del’Eid-ul-Adha, une cinquantaine de véhicules normalement affectés au transport de marchandises, se transforment en véhicules pour le transport d’animaux vivants. Les véhicules qui ne sont pas équipés pour ce genre d’exercice subissent un petit lifting avec l’aménagement d’une cage en alliage léger pour le transport d’un maximum d’animaux. Les propriétaires des camions/camionnettes recrutent des jeunes qui ont une certaine expérience pour prendre possession des animaux sur le parc et les délivrer ensuite chez les particuliers. Le coût de l’opération varie selon la distance. Si c’est dans la capitale le prix est moindre tandis que si c’est dans le nord où le sud le prix peut grimper. Normalement les livreurs sont généralement les bouchers qui vont inclure les frais du transport dans ceux de l’abattage.

Si l’animal est plus gros le prix réclamé est plus élevé. En sus de cela, le camionneur qui est aussi boucher emploie des jeunes pour l’abattage des animaux dans différents endroits à des heures précises. Dès que l’animal est abattu il laisse 3 à 4 personnes sur place et se rend chez un autre particulier pour le même exercice. Cette année le prix du qurbani varie en fonction du poids de l’animal. Une personne qui a pris un part du qurbani débourse Rs11, 000 par part. L’animal coûte effectivement Rs 70 000 et les 7 parts s’élèveront alors à Rs 77000. Les Rs 7 000 restantes est utilisées pour payer le boucher qui est aussi le camionneur.

Selon notre enquête il existe des bouchers qui réclament Rs 10 000 pour l’abattage de l’animal sans compter sa part de viande.

Trois jours de congé pour participer au Qurbani

Muhammad Rehaan travaille sur un chantier comme gardien. Chaque année pour la période de Qurbani, il prend 3 à 4 jours de congé pour travailler dans un parc dans l’ouest du pays. Il est posté devant la grille d’entrée pour veiller aux mouvements suspects des gens qui viennent pour l’achat d’un animal. Pour ce travail il est payé Rs 1000 une journée. S’il décide de travailler le soir, il a droit à une somme additionnelle de Rs 1000 en plus de la nourriture.

Javed Bhogah, habitant de la capitale, travaille comme chauffeur dans la privé. Chaque année, il fait partie d’une bande d’amis qui ont de l’expérience dans l’abattage des animaux. Javed avoue qu’il gagne bien sa vie durant ces trois jours même si le travail est éreintant. « Li dangereux si ou pas conne jette ene zanimo et si ou pas conne attache li bien », dit-il. Il ajoute qu’il a déjà reçu un coup de patte d’un taureau. Il avait été plâtré durant 15 jours. Il se rappelle d’un autre incident quand un de ses amis s’est fait coincer entre un mur lors du débarquement d’un taureau qui pèse une tonne. « Taureau-là fine coince li avec muraille et ti pe flanque coute tête », raconte-t-il. Il avait été transporté à l’hôpital Jawaharlal Nehru où après des examens à rayons x, les médecins avaient constaté qu’il avait eu plusieurs côtes fracturées.

Idriss, le camionneur, raconte pour sa part que parfois des hommes religieux qui n’ont aucune expérience se transforment en bouchers. Il se souvient qu’n imam de la capitale voulait égorger un animal sans que les précautions nécessaires n’avaient été prises. « Li ti trop préssé. Couma li versé pou couper, taureau la voltige li lors ène distance et so li pied coincé dans ène canal  », relate-t-il. Plus de peur que de mal pour l’homme religieux qui a appris une belle leçon : chacun son métier.

Ahmad Fakuddeen Jilani & Rahim Murtuza

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