samedi , 21 septembre 2019
Accueil / Actualités / Mesures attendues : ces manquements lourds de conséquences
Fareed Jaunbocus et Dr Bhavish Jugurnath

Mesures attendues : ces manquements lourds de conséquences

Le dernier Budget de Pravind Jugnauth au cours de ce présent mandat a fait la part belle aux mesures populaires afin d’amadouer l’électorat. Mais des secteurs clés de notre économie ont été négligés, à l’instar du sucre, du tourisme, de la technologie et du « Blue Economy ». Selon les observateurs, ces « oublis » pourraient être lourds de conséquences.

Ceux qui s’attendaient à des mesures concrètes pour relancer les secteurs qui éprouvent des difficultés en ce moment ont été déçus. En effet, l’industrie cannière, le secteur touristique et même celui des services financiers traversent une période délicate. On s’attendait à ce que le Grand argentier fasse des annonces en ce sens en vue de remettre ces secteurs sur les rails mais Pravind Jugnauth a privilégié un Budget axé sur le social agrémenté de « sweeteners ». Il a certes annoncé des mesures pour aider les planteurs à court terme mais « ce sont des mesures one-off », comme le soulignent certains observateurs. Aussi, l’on s’interroge sur le fait que ce n’est que maintenant que le gouvernement a réclamé une assistance de la Banque mondiale pour dégager une stratégie politique en vue d’assurer la rentabilité de l’industrie de la canne dans les moyen et long termes.

Fareed Jaunbocus, CEO de Strategos Ltd : «Pas de mesures annoncées pour relancer les fondamentaux de l’économie»

Fareed JaunbocusFareed Jaunbocus, consultant, expert-comptable et spécialiste en stratégie, estime qu’il fallait s’attendre à un budget populaire surtout en cette fin de mandat où les priorités du gouvernement ne sont pas les mêmes qu’elles ne l’auraient été en début. Pour lui, il est important d’analyser les mesures budgétaires en trois volets: politique, économique et social. Les mesures pour « fer la bous dou » sont compréhensibles en cette année électorale. Néanmoins, il déplore le fait que des mesures n’ont pas été annoncées pour relancer les fondamentaux de l’économie.

« Depuis 1975, notre économie a évolué en passant de la canne au tourisme et au textile, puis au port franc et aux services financiers, et depuis les années 2000, l’accent est davantage mis sur les BPO, l’économie océanique, l’immobilier, l’énergie et la santé. Mais notre économie repose seulement sur quatre piliers: le sucre, le textile, le tourisme et le secteur financier. Dans les autres secteurs, les résultats n’ont jamais été à la hauteur de nos attentes », fait-il ressortir. Fareed Jaunbocus trouve que sur le plan politique, le Grand argentier a fait des efforts pour redorer le blason du gouvernement en venant avec des mesures populaires. « Cela dit, sur le plan économique, l’on est en droit de se poser des questions surtout que la dette publique a atteint les Rs 16,9 milliards. Et utiliser les réserves de la BoM pour payer la dette du gouvernement est contraire au principe même de bonne gouvernance», souligne le consultant.

Mesures proactives

Parallèlement, Fareed Jaunbocus se dit surpris que des mesures n’aient pas été annoncées pour relancer l’industrie de la canne à Maurice. « La superficie de nos champs de cannes diminue, le prix de la canne a baissé, le rendement est nettement inférieur à présent, nos coûts de production sont en hausse et nos marchés préférentiels ont disparu. Donner Rs 25 000 aux planteurs n’est qu’une mesure ‘one-off’, nécessaire pour les planteurs mais qui ne va pas pérenniser l’industrie de la canne. Or, il nous fallait des mesures en profondeur pour redynamiser ce secteur surtout qu’à présent on connaît que ce n’est pas le grand amour entre les planteurs et les usiniers », poursuit-il.  Eu égard au textile, le CEO de Strategos Ltd soutient que le gouvernement aurait dû mettre l’emphase sur les nouvelles technologies en vue de « booster » ce secteur qui a de gros défis à relever. « Donner Rs 50 000 à ceux qui perdent leur emploi me paraît comme une mesure réactive alors qu’il est essentiel d’être proactif dans un secteur où la concurrence à l’échelle internationale fait rage et surtout que nous sommes constamment sous la menace de la délocalisation», dit-il encore.

Se penchant sur les secteurs touristique et financier, Fareed Jaunbocus estime qu’il s’attendait à des « bold measures » pour adresser les problèmes y relatifs. Selon lui, le tourisme va mal car il y a un manque de cohésion dans l’architecture et la biochimie du système. « Nous n’arrivons toujours pas à conquérir les marchés chinois et asiatique, et peu d’effort est fait pour conquérir celui du Moyen-Orient», avance-t-il et d’ajouter que la situation reste « flottante » dans le secteur des services financiers. « Se tourner vers l’Afrique est une solution envisageable mais c’est une autre paire de manche par rapport à l’Inde. La biochimie n’est pas la même que pour les autres marchés », souligne-t-il. Idem pour le secteur de la technologie où Fareed Jaunbocus déplore que peu d’« incentives » sont données pour que les entrepreneurs se tournent vers l’intelligence artificielle, la robotique, le cloud, le 5G et la cyber-sécurité, sans oublier que ces technologies vont changer les
« Business Drivers » des entreprises. Il s’attendait aussi a des mesures pour contrer la dégradation sociale et la perte des valeurs au sein de notre société.


Dr Bhavish Jugurnath, économiste : «Le Blue Economy aurait dû être le catalyseur de notre croissance»

Dr Bhavish JugurnathUn budget ciblé mais qui laisse des interrogations par rapport aux secteurs sucre et financier ainsi que la dette publique et le vieillissement de la population. Tel est l’avis de l’économiste Bhavish Jugurnath qui avance que la nature du problème dans ces secteurs étant complexe, une approche séparée est nécessaire pour les « redynamiser ». « Par rapport à l’industrie cannière, on essaie de se diriger vers l’autosuffisance et la culture des terres à nouveau. Le gouvernement dit attendre des options stratégiques de la Banque mondiale mais on espère que celles-ci seront connues dans les plus brefs délais. Depuis 2006, nous sommes conscients que le secteur sucre est en difficulté. Il nous faut des études poussées pour essayer de voir comment la canne pourrait booster la production d’énergie renouvelable», avance-t-il.

En ce qui concerne l’industrie du tourisme, Dr Jugurnath soutient qu’une série de mesures a été annoncée mais que certaines d’entre elles prendront du temps à se matérialiser. « Ouvrir notre espace aérien à plus d’opérateurs sera un plus pour le tourisme », souligne-t-il. Se penchant sur le secteur de « Blue Economy », l’économiste avance que celui-ci aurait dû être « le catalyseur de notre croissance » et la base de notre développement socio-économique. « L’industrie maritime est estimée à plus d’un trillion de dollars et il existe d’autres secteurs connexes et émergents tels que le tourisme, les énergies renouvelables en mer, l’aquaculture, les industries extractives des fonds marins et la biotechnologie marine, entre autres. Il convient de noter qu’un certain nombre de pays d’Afrique australe ont adopté des plans stratégiques et des plans de développement pour transformer leur secteur de l’économie bleue », fait-il ressortir.

Commentaires

A propos de Nuur-Uddin Jandanee

Ceci peut vous intéresser

karaté

Nooreena Hossenbaccus professeure d’arts martiaux : «Le karaté n’est plus un sujet tabou auprès des femmes»

Ceinture noire de karaté, Nooreena Hossenbaccus a créé son propre style de combat en combinant …