lundi , 23 mai 2022
Un document du ministère de la Santé de Dubaï est nécessaire, selon notre compatriote, pour contracter un mariage civil dans ce pays.

Mariée à un Pakistanais à Dubaï : les tribulations de Shabnam pour déclarer sa fille née à Maurice

  • «Je me sens comme un paria dans mon propre pays»

La joie d’être mère pour la première fois n’aura été que de courte durée pour Shabnam Keramuth. Cette maman de 28 ans, qui a accouché d’une fille le 14 décembre dernier, éprouve toutes les peines du monde à ce que cette dernière puisse porter le nom de son père, un Pakistanais.

Shabnam Keramuth, Check-in Agent pour le compte d’une compagnie d’aviation à Dubaï où elle réside depuis 5 ans, est rentrée au pays le 5 novembre dernier. La jeune femme, mariée à un Pakistanais résidant également à Dubaï depuis 2020, était sur le point d’accoucher. Le 14 décembre, Shabnam donne, en effet, naissance à une fille dans une clinique à Port-Louis.

Ce qui devait être un heureux événement pour la famille Keramuth qui habite la rue Magon, à Plaine-Verte, tournera cependant au vinaigre quelques jours plus tard, soit au moment où Shabnam se lance dans les démarches pour déclarer sa fille à l’État civil. Elle explique que le 27 décembre, elle s’y est rendue avec tous les originaux des documents nécessaires. Là-bas, elle indique qu’une dame a demandé d’obtenir l’acte de naissance original de son époux.

Mais déjà, elle indique que la dame lui a fait remarquer, se basant sur les documents déposés, que le mariage qu’elle a contracté ne serait pas un mariage civil, mais religieux. « Elle m’a demandé pourquoi je n’ai pas pris de dot, car rien n’est indiqué à ce sujet sur le document. Je lui ai alors expliqué qu’il s’agit d’un document émanant d’une cour de justice, portant la signature d’un juge et attestant que je me suis mariée civilement. Et qu’en cour, on ne vous demande pas de dot », soutient la jeune mère. Et d’ajouter : « Mo pa ti coner nikah fer dan lacour moi ! »

Carte d’identité confisquée

Shabnam s’étonne qu’au sein de l’État civil, un département reconnaît son mariage contrairement à un autre.

Ensuite, Shabnam explique s’être rendue au département des cartes d’identité afin d’en obtenir une nouvelle, à présent qu’elle s’est mariée. « Là-bas, j’ai produit les mêmes documents. Tout s’est déroulé normalement et on m’a demandé de venir récupérer ma nouvelle carte en début d’année  », explique-t-elle. Ce qu’elle a fait dès le 4 janvier.

Une fois sa nouvelle carte d’identité en main, elle s’est de nouveau rendue au département de déclaration de naissance où elle a produit l’acte de naissance original de son époux – que ce dernier lui a entre-temps fait parvenir par courrier – tel qu’il lui avait été réclamé le 27 décembre. « La dame me demande cette fois de me rendre au 7e étage où mon dossier a été référé », dit-elle. Une fois au 7e étage, Shabnam tombe des nues lorsqu’une autre préposée l’interroge sur sa nouvelle carte d’identité. « Kifer oune fer ca ? Kisanla in dire ou fer ca ? » lui aurait lancé la préposée avant de lui confisquer la nouvelle carte.

Aussi, Shabnam indique qu’on lui a fait savoir que l’État civil à Maurice ne reconnaîtrait pas les mariages contractés dans certains pays tels que l’Italie, la France, Dubaï, entre autres. Tentant une nouvelle fois de convaincre la dame, Shabnam lui tend aussi un Premarital Screening and Counselling Report. « Pour se marier civilement à Dubaï, il faut obligatoirement obtenir ce document du ministère de la santé dubaïote, obtenir le feu vert de la cour, avant de pouvoir fixer la date de mariage », ajoute notre interlocutrice. D’ailleurs, précise Shabnam, son père n’avait pu se déplacer pour le mariage, car les frontières à Maurice étaient fermées. « Mon père avait dû faire parvenir un ‘power of attorney’ afin que je puisse me marier. J’avais dû retenir les services d’un avocat. Pensez-vous que tout cela aurait était nécessaire si c’était seulement un mariage religieux comme le prétend l’État civil ? » se demande Shabnam.

Statu quo

Le document attestant, selon Shabnam, qu’elle a contracté un mariage civil dans une « Personal Status Court », signé par un juge.

Notre interlocutrice indique que l’État civil est resté campé sur sa décision, lui offrant comme seule alternative de déclarer sa fille à son propre nom. Une éventualité dont ne peut envisager Shabnam et ce, pour plusieurs raisons. « Cela aurait été un véritable casse-tête pour ma fille durant toute sa vie. Pour ses démarches de visa, par exemple, c’est son père qui doit être son ‘sponsor’. Ce qui ne sera pas possible si je la déclare à mon nom. Aussi, mon époux étant dans la police, les enfants des policiers bénéficient de certains privilèges. Ce serait aussi une complication pour elle si elle voyage avec son père. Elle aura du mal à prouver qu’il s’agit de son père. Les lois à Dubaï sont strictes à ce sujet. Tout comme lorsqu’elle devra se marier, car Dubaï reconnaît seulement le père comme tuteur. Sans compter que ce sera un problème additionnel pour qu’elle soit reconnue héritière de son père », explique-t-elle.

Devant ce statu quo, Shabnam indique que toutes ses démarches sont restées en suspens. « Je devais retourner à Dubaï le 14 janvier mais là je vais devoir étendre mon séjour le temps qu’une issue à ce problème soit trouvée, alors que je dois aussi reprendre le travail. Un père ne peut venir voir sa fille, n’ayant pas pu obtenir des congés de paternité. Car pour cela, il doit produire à son employeur l’acte de naissance de sa fille avec son nom dessus pour justifier son déplacement », se désole-t-elle.

Face à toutes ces tribulations, Shabnam indique qu’elle « se sent comme un paria dans son propre pays ». « Jamais je n’aurai pensé obtenir un tel traitement dans mon propre pays. Alors que je devais m’occuper de mon bébé de quelques jours à peine, je me retrouve à courir à gauche et à droite pour que je puisse déclarer ma fille. Je pensais bien faire en accouchant à Maurice, d’autant plus que c’est ma première fois. Heureusement que j’ai le soutien de mes parents dans cette nouvelle étape de ma vie. Cela dit, je penserai à deux fois avant de revenir », conclut-elle.

État civil : un avis légal recherché

Le cas de Shabnam Keramuth avait été abordé dans l’émission Explik ou Ka sur Radio Plus durant la semaine. Wiliam Mario Ayelou, le Registrar du Civil Status avait reconnu être en présence d’un cas « inédit ». Il a toutefois fait savoir qu’un avis légal a été recherché sur le cas de Shabnam et espère qu’un dénouement soit vite trouvé. Wiliam Mario Ayelou n’a pas non plus manqué de présenter des excuses à notre compatriote entourant le traitement que cette dernière avait reçu, soulignant que tous les fonctionnaires de son département sont formés pour offrir un bon service-client.

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