jeudi , 30 juin 2022

Le Ramadan de nos aînés : la foi n’a pas d’âge

À Maurice, de nombreuses personnes âgées observent le jeûne du Ramadan qui pourtant ne leur est plus obligatoire. Pour beaucoup, la foi en Dieu L’Unique leur donne le courage pour surmonter les obstacles.

Farhad Husain Janmohamad : «Je n’ai jamais manqué un roza de ma vie»

L’âge ne devrait normalement pas être un obstacle pour observer le jeûne du Ramadan. Ce n’est pas Farhad Husain Janmohamad qui dira le contraire. Du haut de ses 72 ans, il jeûne toujours chaque année.

« Depi ki mo coner, zamé mone manque enn roza ». C’est ce qu’indique Farhad Husain Janmohamad. Cet habitant de route des Pamplemousses, à Port-Louis, que STAR a rencontré à la mosquée Eid Gah à Vallée-Pitot où il est un habitué, indique qu’autant qu’il se souvient, il avait commencé à jeûner depuis qu’il avait 7 ou 8 ans. « Kuma tou zenfan, mone commence par gard tigit, apré doucema doucema gard plis ziska ressi gard tou », se remémore-t-il.

Toute sa vie, Farhad Husain Janmohamad, appelé affectueusement « Bhai Tibye », soutient qu’il observé le jeûne et ce, bien qu’il pratiquait un métier considéré comme difficile. En effet, pendant 50 ans, notre interlocuteur a travaillé comme soudeur. Mais cela ne l’a jamais découragé d’observer le jeûne. « Roza pa ti difficile. Nou fini abitier garder », dit-il. Même malade, Farhad Husain Janmohamad affirme qu’il n’a jamais manqué le jeûne. « Inn gagner enn ti lafiev, enn ti parsi enn ti parla, mais roza la nou garder », dit-il. Et en sus du jeûne du Ramadan, le septuagénaire avance qu’il met aussi un point d’honneur à observer les jeûnes ‘nafil’.

« Dipain-diber »

On aurait tendance à penser que pour pouvoir faire face au jeûne, « Bhai Tibye » a recours à des repas plutôt copieux, mais pas forcément. En effet, il indique que pour le sehri, il se contente d’un « dipain-diber », de « banane frir » et une tasse de thé. Et pour l’iftar, comme la majorité des Mauriciens, notre interlocuteur ne se passe pas des ‘gato delwil’, d’un ‘alouda’ ou d’une tasse de thé. Farhad Husain Janmohamad laisse entendre que ce n’est qu’après le Taraweeh qu’il dîne. « Manzé normal, diri-cari », précise-t-il. Le soir, il dort relativement peu. « Je me couche vers minuit et je me réveille normalement à 4h. C’est le cas d’ailleurs même en dehors du Ramadan », dit-il. Mais de temps à autre, durant la journée, il s’accorde une sieste. « Mo allonge enn tigit », dit-il.

Depuis 2 ou 3 ans, Farhad Husain Janmohamad indique qu’il souffre de diabète. Le septuagénaire ne manque toutefois pas de relativiser. « Li pa fatig moi ca quantité la. Mo pren precaution. Mo vey mo manzé. Banla [NDLR : les membres de sa famille] dir moi pren mo ban medecine. Parfoi mo pren, parfoi mo blier », lance « Bhai Tibye » avec un brin d’humour.

« Faveurs d’Allah »

Pour notre interlocuteur, il n’y a pas à chercher loin pour comprendre cette capacité à observer le jeûne, malgré l’âge ou la maladie. « C’est faver Allah ça. Nou par nou meme nou pas capav fer narien. Mem enn fey napa bouze sans So l’ordre  », affirme-t-il. Aussi, Farhad Husain Janmohamad considère que le climat à Maurice est loin d’être un obstacle. « Pas fer ni tro so, ni tro frai. Letan la corek », ajoute-t-il, soulignant qu’il n’y a pas d’excuse pour ne pas jeûner, sauf dans des cas exceptionnels. Avant de nous quitter, « Bhai Tibye » dit qu’il prie afin que le Créateur lui accorde une longue vie et qu’il reste en bonne santé afin de pouvoir continuer à observer le jeûne jusqu’à sa mort. « Mo papa ti kumsa. Line gard roza ziska 89 ans, l’age ki line mor », soutient-il.

Natif de la région de Midlands, Farhad Husain Janmohamad est venu habiter à Port-Louis à l’âge de 20 ans. « Le Sunni Razvi, construit par Maulana Khustar, proposait des formations islamiques. Mo ti pe apran Qur’an, cour imam », dit-il. Par la suite, il a été rejoint par toute sa famille. « Mes parents ainsi que mes frères et sœurs sont venus s’installer dans une maison inoccupée à la Sunni Razvi », confie-t-il. Marié, Farhad Husain Janmohamad est père de deux enfants et l’heureux grand-père de trois petits-enfants.

Adam Hosanoo : « À l’époque, tout ne tournait pas autour de la nourriture durant le Ramadan »

À 76 ans, Adam Hosanoo a connu le mois sacré sous plusieurs cieux. Aujourd’hui encore, il ne manque pas à cette obligation et nous fait comprendre qu’« avoir la possibilité de jeûner pendant ce grand mois est avant tout une faveur du Créateur et il en est plus que reconnaissant ».

Faisant un petit tour dans le passé, notre interlocuteur nous confie qu’il a commencé le jeûne très tôt « vers l’âge de huit ou neuf ans » et qu’à cette époque, les choses étaient différentes. « Nous sommes une fratrie de sept sœurs et sept frères, et le sehri était préparé à la maison, car tout n’était pas aussi facilement accessible comme aujourd’hui. Il n’y avait pas de ‘take-away meal’ et les céréales n’étaient pas choses communes », se remémore-t-il.

Ainsi, si le sehri de cette époque était constitué principalement de « roti, de curry, de gruau et de lait  », Adam Hosanoo nous explique que depuis toujours, il a privilégié des repas sains. Justement que prend-t-il pour son sehri ou son iftar aujourd’hui ? « C’est principalement du oatmeal avec du lait et mon épouse qui est d’origine écossaise prend du porridge. Après, c’est un peu de thé pour tout le monde », répond-il. Adam Hosanoo qui complète toujours son sehri et son iftar avec des dattes et de l’eau, veille à participer à la préparation des repas chez lui. Soucieux de sa santé, cela ne l’empêche pas cependant de goûter aux petits gâteaux et délices que préparent ses enfants mais « en quantité limitée ».

Le septuagénaire se dit reconnaissant de jouir d’une bonne santé et explique que cela peut être une des raisons qui lui permet de toujours jeûner à cet âge. « Depuis notre jeune âge, mon épouse et moi avons toujours misé sur le fait de prendre un repas équilibré. Nous varions nos repas. Nous prenons beaucoup de légumes – calebasses, patoles, pipangailles –, beaucoup de salades, de soupes et des aliments qui sont sains comme l’olive et le fromage blanc », nous fait-il part. Ayant été toujours très « health conscious », le couple consomme sel, sucre et huile de manière modérée.

Pas d’excès

Adam Hosanoo précise que cette habitude de se modérer, il la tient de sa jeunesse. « Vous savez à l’époque la nourriture était importante mais pendant le Ramadan tout ne tournait pas autour d’elle. Nous ne mangions pas en excès », laisse-t-il entendre. Selon lui, c’est ce qui explique que les maladies comme l’hypertension, le diabète ou les maladies cardiovasculaires étaient bien plus rares avant.

Par ailleurs, notre interlocuteur avance qu’il se fait toujours un devoir d’accomplir les cinq prières en congrégation à la mosquée de sa région. Donc, les deux dernières années de pandémie ont été péniblement vécues par Adam Hosanoo. « Cette période fut d’une grande tristesse. Confiné et impossibilité de se rendre à la mosquée ! Maintenant, après ces deux années, nous retournons dans nos mosquées pour y accomplir nos prières », ajoute-t-il.

Soulignons qu’Adam Hosanoo a passé près d’une trentaine d’années en Ecosse et selon lui, le Ramadan n’était pas toujours évident en terre étrangère. « Nous n’avions pas de mosquée ou de madrassah à proximité. Nous faisions les prières à domicile. Nous avons veillé à inculquer à nos enfants les bonnes valeurs et une bonne éducation islamique », affirme-t-il.

Cet amour de la religion et du jeûne, il le transmet aujourd’hui à ses petits-enfants. « Mes deux petits-fils ont commencé à jeûner à l’âge de neuf ans et dix ans respectivement », dit-il avec un brin de fierté. Son souhait pour l’avenir est simple et claire : « qu’Allah continue à nous donner l’opportunité d’observer le jeûne et d’accomplir nos autres devoirs de l’Islam aussi longtemps que possible ! »*

Les conseils de la nutritionniste Nuzhah Dookhun

Pour le sehri

  • Prenez votre sehri/suhoor le plus tard possible et mangez suffisamment.
  • Prenez un suhoor équilibré avec tous les différents micronutriments tels que des céréales complètes, une source de protéines comme des œufs, du poulet ou des légumes secs, des produits laitiers ainsi qu’une variété de fruits et de légumes.
  • Assurez-vous de boire suffisamment d’eau pour le suhoor. Si vous vous réveillez pour le Tahajjud, vous pouvez boire un verre d’eau, puis ajouter deux autres verres, un pendant le sehri et un après.
  • Évitez les boissons caféinées comme le thé et le café afin d’éviter la déshydratation.
  • Evitez les aliments trop salés, car ils peuvent vous donner très soif et augmenter votre tension artérielle.
  • Évitez les aliments acides tels que les agrumes et les boissons (thé, café, boissons gazeuses) pendant le suhoor, ainsi que les aliments épicés et gras, afin d’éviter les problèmes gastriques tels que les brûlures d’estomac et les douleurs abdominales.
  • Veillez à prendre les médicaments selon les prescriptions de votre médecin.

Pendant le jeûne

  • Évitez les activités lourdes et la marche sur de longues distances au soleil.

Pour l’iftar

  • Débutez par une datte et hydratez-vous avec un verre d’eau.
  • Il est possible de prendre du thé si vous le souhaitez mais en quantité limitée. Si vous avez des difficultés à dormir la nuit, évitez d’en prendre.
  • Limitez la quantité de snacks, surtout ceux qui sont frits, privilégiez les cuissons au four ou les grillades.
  • Ajoutez un ou deux fruits à votre régime.
  • Évitez de manger en excès et trop vite à l’heure de l’iftar. Laissez de la place pour un dîner équilibré après le Maghrib.

Autres conseils

  • En présence d’une maladie, consultez votre médecin traitant afin d’évaluer les risques associés au jeûne et, si le jeûne peut être observé, d’ajuster le dosage et le moment de la prise des médicaments.
  • Toujours vérifier sa tension artérielle et son taux de glycémie. Si votre taux de glycémie est inférieur à 3,9 mm/dl, cela signifie que vous faites une hypoglycémie. Vous devrez rompre votre jeûne avec quelque chose de sucré comme un bonbon, un morceau de chocolat ou une boisson sucrée, suivi d’un morceau de pain et de beurre de cacahuète par exemple.
  • Le Taraweeh est une longue prière, alors emportez une petite bouteille d’eau et un petit aliment sucré avec vous surtout si vous êtes diabétique.
  • Marchez jusqu’à la mosquée – si c’est possible – car cela devient une forme d’exercice.
  • Ne pas grignoter après les prières. Il est préférable de manger quelques noix, boire une tasse de lait ou consommer un yaourt non sucré et de privilégier beaucoup d’eau pour avoir le sentiment d’être rassasié.

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