vendredi , 19 juillet 2019
Accueil / Interview / Faizal Jeerooburkhan : «Il y aura des alliances bancales, contre-nature»
Faizal Jeerooburkhan

Faizal Jeerooburkhan : «Il y aura des alliances bancales, contre-nature»

Pour le membre fondateur de Think Mauritius 2.0,  il y a un vent de campagne électorale qui souffle sur le pays. Le coup d’envoi a été donné le 1er mai. Faizal Jeerooburkhan donne son avis sur ces rassemblements politiques.

Pensez-vous que nous avons assisté à un 1er  mai sur fond de campagne électorale?
Oui bien sûr, car c’était plus politique que travail. D’ailleurs, la fête des travailleurs était accaparée par des politiciens et le but de ces rassemblements était la bataille des foules pour impressionner et montrer sa force. Mais à qui profite ces rassemblements ? Certainement pas à la population ! C’est un gaspillage d’argent qui aurait pu être utilisé pour des projets plus importants. Je crois, qu’en 2019, il faut qu’on utilise notre intelligence et mettre un terme à la bataille des foules, des oriflammes, du bus gratuit et du briani. Cela n’a aucun sens aujourd’hui puisqu’on a des moyens de communication, soit à travers les réseaux sociaux qui sont beaucoup plus efficaces.

Est-ce que l’alliance gouvernementale a de ce fait déjà lancé sa campagne électorale?
Je crois que oui si on écoute le discours du Premier ministre et des autres qui étaient sur l’estrade. Ils ont certainement une stratégie de campagne qu’ils ne veulent pas révéler. Le Premier ministre n’a d’ailleurs pas parlé de la date de la partielle ou des élections générales. C’est gardé secret mais certainement ils sont entrés de plain-pied dans la campagne électorale. Que le Premier ministre entretient le flou reflète sa manière de gérer la chose politique. Il y a beaucoup d’opacité. Donc, il veut nous faire surprise.

Le leader des mauves demande à ce que les élections se tiennent avant le 22 décembre de cette année. Est-ce que son souhait va se réaliser ?
C’est difficile à dire. C’est dans le secret des dieux. Mais je crois qu’une élection générale avant la fin de l’année est souhaitable. Dans un contexte où il y a beaucoup de problèmes – économique, social, environnemental et institutionnel-, je pense qu’il faut absolument qu’on aille aux urnes au plus vite. Plus ça dure, plus le développement du pays va pâtir. Se concentrer sur la chose politique veut dire que l’économie et le développement vont souffrir. En ce moment, les partis de l’opposition ne pensent qu’à obtenir le pouvoir alors que les partis au pouvoir, veulent le conserver. Les affaires du pays sont reléguées au second plan.

Il y a un fossé énorme entre l’aspiration de la population et ce que les politiciens ont en tête»

Dans un contexte où nous nous dirigeons vers des élections générales, est-ce que les dirigeants des partis politiques ont répondu aux attentes de la population en termes de discours et de programme?
Ils y ont répondu en partie. Mais je ne crois pas qu’ils pourront répondre aussi longtemps qu’ils ne fassent pas des recherches approfondies pour essayer de comprendre les problématiques et les aspirations de la population. Il y a un fossé énorme entre l’aspiration de la population et ce que les politiciens ont en tête. Bien sûr, ils vont faire beaucoup de promesses qu’ils n’arriveront pas comme toujours à tenir. C’est devenu quelque chose de plus ou moins normal.

Quelle est votre analyse de la foule présente à ce rassemblement ?
Je ne pense pas que la foule est une indication de la tendance politique chez les citoyens. Une bonne partie est indécise et rejette les partis traditionnels. Ils ont tellement embêté la population. Il y a un petit groupe de personnes seulement qui sont des ‘die hard’ qui font partie de la foule. Aussi, il y a certains qui sont venus parce qu’ils ont le transport gratuit, peut-être à cause du briani, et j’ai entendu mais je ne peux pas confirmer que certains ont reçu des billets de Rs 1000. Un grand nombre était là pour s’amuser et ensuite aller passer un bon après-midi au bord de la mer. Ce ne sont pas vraiment des personnes qui pensent au développement du pays. Elles n’ont d’ailleurs pas les connaissances basiques pour le faire.

Est-ce que ce sera une joute électorale entre le MSM et le PTr?
Il me semble que cela va être comme ça. Mais on sera fixé uniquement quand on saura quels seront les jeux d’alliances. Aux prochaines élections on peut s’attendre à des alliances bancales, contre-nature qui feront beaucoup de tort au pays. Ce seront des alliances uniquement pour conserver ou prendre le pouvoir mais pas pour des projets de société, de modèle économique ou de propositions pour régler les problèmes que nous avons en ce moment.

Les affaires du pays sont reléguées au second plan»

Que pensez-vous de la présence de Laina Rawat au meeting de Roshi Bhadain ?
J’ai été très étonné de voir cette relation entre Laina Rawat et Roshi Bhadain. J’avais pensé que Laina Rawat est dans cette situation en partie à cause de Roshi Bhadain quand il était ministre de la Bonne gouvernance. Bhadain a su la convaincre du contraire. Je ne comprends pas comment elle est entrée dans ce jeu. Le grand gagnant c’est Bhadain. Quant à Laina Rawat je ne crois pas qu’elle a quelque chose à gagner dans cette affaire.

Et votre avis sur les révélations de Laina Rawat sur le financement des partis notamment le MSM et le MMM?
Ce ne sont pas vraiment des révélations. On savait déjà que le MSM avait reçu quelques 19 millions de roupies de la BAI et le MMM quelque Rs 10 millions. Elle n’a pas fait de révélations fracassantes. Elle a tout simplement montré que certains partis ont utilisé l’argent de la BAI mais se sont retournés contre elle. Ce qui démontre que des partis politiques peuvent donner des coups dans le dos sans aucun regret, sans aucune amertume. Mais je dois dire aussi que la BAI ne donne pas de l’argent pour rien. La BAI s’attendait peut-être à un retour d’ascenseur éventuel. Alors on ne peut pas dire que la BAI est victime. Elle l’a cherché.

Justement le Premier ministre a annoncé une loi en ce sens…
Il a annoncé tellement de choses surtout dans son programme qui n’ont pas été réalisées. Il y a toute une liste. Donc, on se demande si on doit le croire. Je crois qu’ils vont continuer à faire des fausses promesses uniquement dans le but d’avoir des votes. Il y a eu des promesses non tenues. Il a aussi fait des choses qu’il a dit qu’il n’allait pas faire pendant son mandat. Par exemple le Metro Express. Peut-on avoir confiance en des telles personnes ?

Xavier-Luc Duval a lui affirmé qu’il ira en alliance lors des prochaines élections. Avec qui le voyez-vous ?
Le PMSD a toujours surfé sur la vague des autres partis politiques. Il a été un peu un parasite politique pour ne pas dire une ‘carapate’ qui change de chien quand le chien est malade. Connaissant la façon de procéder du PMSD, je pense qu’il va attendre pour voir où la balance penche pour ensuite sauter dans celle-ci avec espoir de pouvoir continuer à surfer. Mais je vois mal le PMSD s’associer de nouveau au MSM. Sa seule alternative c’est le Parti Travailliste et je ne crois pas que le PTr sera très chaud pour lui attribuer le nombre de tickets qu’il va négocier.

Il y a aussi eu l’appel d’Ivan Collendavelloo aux partisans du MSM et du ML de rester unis. Est-ce que cela cache un quelconque mal-être ?
Si on fait un appel pour rester unis, cela signifie qu’il y a un risque de cassure quelque part. C’est peut-être pour se donner bonne conscience mais on sait qu’il y avait des dissensions et des désaccords au sein de l’alliance MSM-ML sur plusieurs dossiers surtout ceux des turbines à gaz et la privatisation de la CWA.

Sinon Cehl Meeah signe son retour sur la scène politique et annonce le renouveau du FSM…
Moi je croyais que le FSM avait disparu de la scène politique. Il est un peu comme le tenrec (tangue) qui sort quand il pleut. La grande question que je me pose est si on se manifeste qu’à la veille des élections générales, est-ce qu’on est vraiment intéressé à contribuer au développement du pays ? Ou bien est-ce uniquement pour des gains politiques ?

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

Rashid Imrith

Rashid Imrith, syndicaliste : «Ne sous-estimez pas le vote de 83 000 fonctionnaires»

Fidèle à lui-même, le président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), Rashid …