Nous y voilà, la fin du mois de Ramadan. Alhamdulillah. Tristesse, si nous réalisons vraiment sa valeur. Joie, car nous l’avons traversé, par la Grâce de Dieu. Certains pourront se dire, à eux-mêmes silencieusement et humblement, qu’ils ont simplement réussi.
Voyage
Ce mois a été pour eux un voyage à la recherche de ce qu’il y a de plus pieux au creux de leurs cœurs : cette « taqwa » qu’ils ont ressenti souvent pendant ce mois. C’est cette conscience de Dieu, cet amour dans la crainte révérencielle du Créateur, ce désir ardent de Lui plaire en toute chose et cette frayeur de tomber dans Sa désobéissance tant qu’on L’adore…ils l’ont éprouvé, vraiment. Comme au réveil le matin quand le corps s’abstient de manger et de boire après un repas dit « sehri » qui sort de l’ordinaire, béni, marquant le début du jeûne. La faim n’est pas famine, mais elle leur visite quelquefois, assez souvent pour certains, pour les interroger : « Pour Qui tu jeûnes ? ». Avec la chaleur et l’humidité en été, sans oublier les efforts physiques qu’exigent leurs occupations pour d’autres, la soif devient preuve de leur soumission dans la paix de Dieu, de leur plein gré. Ils se souviennent de Lui, beaucoup, plus intensément au moment des cinq rencontres quotidiennes prescrites.
Ensemble, autant que possible, pour les hommes avec leurs semblables. Des milliers et des milliers de croyants se prosternent comme un seul être au son d’une exclamation qui est vérité absolue : Allahou Akbar !
Voyage qui se poursuit dans la nuit, en congrégation pour beaucoup. Mais, même là, ils se retrouvent malgré la foule, dans une intimité spirituelle exceptionnelle avec Dieu. Malgré la fatigue, le sommeil et des fois quelques dérangements, externes ou internes, ils se recueillent profondément, autant qu’ils peuvent, au rythme de la récitation du Coran. Dieu leur parle directement. Ils L’invoquent, Lui demandent, Le supplient… et ils Lui parlent aussi avec le cœur, chacun ayant ses propres préoccupations. Au gré des sourates, se défile toute histoire de l’être humain, sa raison-d’être ici-bas, les exemples du passé, la promesse de ce qui l’attend. Mais il est essentiellement beaucoup question de Dieu : apprendre à mieux Le connaitre à travers le Coran pour L’adorer vraiment, comme Il a choisi. Tant de fois ne prononce-t-on pas Ses Noms et ne se souvient-on pas de Ses attributs, comme Il nous les mentionne dans Sa Parole même ? Pour dire et dire, encore et encore, qu’Il est Un, Unique, Incomparable, avec point de partenaires ou d’associés. Que Seul Lui mérite que nous prenions comme divinité. Et qu’Un Jour, nous retournerons à Lui, certainement.
Peurs
Si nous essayons de compter le nombre de fois que le Coran, que nous lisons et écoutons beaucoup pendant le mois de Ramadan, nous renvoient à l’Au-delà, nous n’en finissons presque jamais. Et même si nous sommes croyants, et nous espérons accéder au Paradis éternel, nous ne pouvons ignorer les maintes avertissements du Feu de l’Enfer. Ils reviennent inévitablement, presque dans chaque sourate, après environ chaque autre verset, sans cesse, même si nous sommes de ceux qui faisons tout pour que ce ne soit pas notre destination. Et dans la nuit, il nous arrive d’entendre l’imam frémir, s’arrêter, pleurer. Des fois, des sanglots étouffés nous atteignent, de ceux qui prient autour de nous aussi. Certes, il y a également les bonnes nouvelles du Paradis, et cela devrait réjouir légitimement ceux qui ont la foi et font le bien, mais pourquoi nous faisons-nous si peur avec les punitions de l’autre monde ?
Peut-être, c’est en comprenant la finalité de notre existence que nous arriverons à réaliser que la seule peur qui doit compter est la peur de Dieu, et ainsi il ne faut craindre que Sa colère. Nous vivons dans un monde où, du matin au soir, tout semble concerter pour nous faire peur : les accidents, la situation économique, la dette, la pauvreté, la méchanceté des gens, les maladies, les pertes d’emploi, les menaces à l’ordre et à paix, les violences et risques d’agressions, la criminalité, la sorcellerie, les harcèlements, la sécheresse et autres calamités, jusqu’aux guerres et autres conflits de toutes sortes, ici ou ailleurs. Comment peut-on avoir peur de tout, alors que pour ce qui est de l’Au-delà, nous ne ressentons aucune appréhension ? Or, la rencontre avec le Coran durant le mois de jeûne doit aiguiser en nous la seule vraie peur, celle de déplaire à Dieu qui peut mener à un sort inimaginablement terrible, éternellement, dans l’autre monde. Ainsi, nous relativiserons davantage les menaces d’ici-bas qui nous guettent, et finirons par les dépasser, in sha Allah.
Droiture
Il ne s’agit pas de n’avoir plus peur en soi concernant son avenir, la domination des autres ou ses propres défauts, par exemple. Il est question plutôt de mieux gérer ces peurs, car elles ne sont rien par rapport à celle que nous devons ressentir vis-à-vis de ce qui est réservé aux habitants de l’Enfer. Il ne faut pas penser, non plus, que l’intention est de transférer la peur d’ici-bas à l’Au-delà dans un but purement stratégique, comme pour mieux réussir dans ce monde. Libéré des peurs qui l’attaque de tous parts, celui qui porte la foi est mieux à même à faire montre de droiture ici-bas. Il n’a pas peur de ce que les autres diront, de ce qu’il perdra s’il est avec ceux qui souffrent, de ce que lui feront subir, s’il reste ferme sur la vérité, les puissances injustes que ce soit dans la sphère économique, sociale ou politique de son entourage.
Dans les prières du soir pendant le mois de Ramadan, presque toujours, nous terminons avec les supplications dites « qûnout ». Avons-nous remarqué à quel point les voix s’élèvent et les pleurs ne peuvent se retenir au moment où l’imam invoque des prières en faveur du peuple-martyr de la Palestine ? C’est une expérience d’une intensité difficile à décrire, comme si presque tout d’un coup la mosquée ou autre lieu de culte se réveille avec une charge émotionnelle autant profonde que forte, autant partagée que sincère, autant libératrice que révélatrice d’une volonté totale de se remettre à Dieu face à notre incapacité. Les proclamations de « amîn » qui résonnent immédiatement pour soutenir les invocations de l’imam sont, souvent, bien plus vigoureuses que celles suivant, par exemple, les « dua » implorant pourtant Dieu de nous sauver de l’Enfer.
Cet élan émancipateur qui s’exprime, comme dans nos prières et quand nous jeûnons pendant Ramadan, devant Dieu et pour Dieu, nous devons l’assumer courageusement dans notre posture devant les hommes. Soyons des gens droits. La droiture est la conséquence directe du fait que les peurs du monde cessent de nous paralyser. Elle est le résultat de notre « taqwa » qui nous mène ainsi à craindre Dieu, et non tout ce qu’Il a créé. C’est cela la vraie réussite. Pour ceux-là, ceux dont Dieu a accepté les actions, « Eid Mubarak » prend toute sa pertinence le 1er jour de Shawaal. Qu’Il nous pardonne nos manques, nos défauts et péchés, et fasse de nous des personnes qui n’ont peur que de Lui et qui font preuve de droiture.
Par PROF. KHALIL ELAHEE
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