Il est des vies qui ressemblent à des romans. Des parcours faits de courage, de renoncements et d’une foi inébranlable. À 76 ans, Rashad Jondah incarne cette génération d’hommes partis de rien, guidés par un seul moteur : bâtir un avenir meilleur. De Plaine-Verte aux terres froides de l’Angleterre, de petits boulots aux couloirs d’hôpital, de la solitude à l’amour retrouvé, son histoire est celle d’un combat silencieux, mais profondément inspirant.
À la rue Cotton, à Plaine-Verte, la vie n’était pas luxueuse, mais elle était riche de valeurs. Rashad Jondah est l’aîné d’une fratrie de quatre enfants. Son père, charpentier, travaillait dur pour subvenir aux besoins de la famille, tandis que sa mère, femme au foyer, veillait avec tendresse sur ses enfants. « Nous n’avions pas grand-chose, mais nous avions l’essentiel : l’amour et le respect », confie-t-il avec émotion.
Très tôt, il comprend que la vie ne lui fera pas de cadeaux. Être l’aîné, c’est aussi porter une responsabilité silencieuse. Celle de montrer l’exemple, de rêver plus loin, et surtout… de ne jamais abandonner.
Parti sans argent
L’année 1975 marque un tournant décisif. Animé par le désir d’apprendre et de réussir, Rashad quitte Maurice pour l’Angleterre afin de suivre des cours en agriculture. Mais la réalité le frappe de plein fouet. « Je suis parti avec zéro roupies en poche. Juste avec l’espoir… et ma foi en Allah. »
Là-bas, tout est différent. Le climat, d’abord. Le froid intense, pénétrant, presque hostile. Puis la solitude. Loin de sa famille, loin de ses repères, Rashad doit apprendre à survivre. Très vite, les conditions difficiles l’obligent à revoir ses plans. Le froid rend les études agricoles compliquées. Il prend alors une décision courageuse : changer de voie.
Pour subvenir à ses besoins, il enchaîne les petits boulots. Rien n’est facile, mais rien ne lui fait peur. « Quand on n’a rien, on accepte tout. Chaque travail est une opportunité. » C’est ainsi qu’il découvre le monde du nursing. Un univers exigeant, mais profondément humain. Il s’y investit corps et âme, trouvant dans ce métier une vocation inattendue.
Il commence à travailler dans un hôpital, où les journées sont longues, parfois éprouvantes. Mais Rashad tient bon. Il économise chaque sou. « Chaque pièce de monnaie avait une valeur immense. Je ne dépensais rien inutilement. Tout était calculé. »
Son objectif est clair : construire une maison. Avant même de penser à se marier, il veut offrir une stabilité. Une base solide pour l’avenir.
La foi comme boussole
Dans les moments de doute, une seule chose ne l’a jamais quitté : sa foi. « Quand on a la foi en Allah, on ne perd jamais espoir. On sait que les efforts finissent toujours par porter leurs fruits. » Cette conviction profonde devient sa force. Elle le guide, le rassure, le pousse à continuer, même lorsque tout semble incertain.
Après des années de sacrifices, de travail acharné et d’économies, Rashad réalise enfin son rêve. En 1980, il devient propriétaire d’une maison à Devizes, en Angleterre. Un moment qu’il n’oubliera jamais. « Ce jour-là, j’ai compris que rien n’est impossible. Même quand on part de zéro. » Mais pour lui, ce n’est pas une fin. C’est un commencement.
Une fois son objectif atteint, Rashad retourne à Maurice. Pas pour se reposer, mais pour accomplir une promesse. Épouser celle qu’il aime depuis toujours : Nazleen. Cousins éloignés, leurs chemins étaient liés depuis longtemps. Nazleen, qui vivait à la rue Maurice Poupard, partageait avec lui des valeurs similaires.
Leur union est une évidence. « Je voulais d’abord construire quelque chose de solide… puis demander sa main. Je voulais lui offrir une sécurité. » Aujourd’hui âgée de 67 ans, Nazleen se souvient de cette époque avec émotion : « Il a tout sacrifié pour nous. C’est un homme de parole. »
Une vie construite à deux
Après leur mariage, Nazleen rejoint Rashad en Angleterre. Elle aussi s’engage dans le domaine du nursing. Ensemble, ils affrontent les défis de la vie avec courage et complicité. « Rien n’a été facile, mais nous étions ensemble. Et cela change tout. » Leur relation repose sur des bases solides : respect, compréhension et amour sincère. « Nous avons grandi ensemble. Nous avons construit notre vie main dans la main. »
De leur union naît un fils : Riyaad, aujourd’hui âgé de 37 ans. Un fils dont ils sont immensément fiers. Ward Manager, il a suivi les traces de ses parents dans le domaine des soins infirmiers. « Nous avons toujours voulu lui montrer l’exemple. Lui apprendre la valeur du travail. »
Riyaad est aujourd’hui père de deux enfants : Yaseen, 6 ans, et Rayyan, 4 ans. Pour Rashad et Nazleen, ces petits-enfants sont une bénédiction. « Les voir grandir, c’est notre plus grande joie. »
La valeur de l’argent… et de la vie
Même après des années de stabilité, Rashad n’a jamais oublié d’où il vient. « Chaque roupie compte. Parce que j’ai connu ce que c’est que de ne rien avoir. » Cette philosophie, il la transmet à sa famille. « On ne gaspille pas. On respecte ce qu’on a. Parce que tout peut disparaître. »
Mais au-delà de l’argent, c’est une leçon de vie qu’il partage. « Le vrai succès, ce n’est pas ce qu’on possède. C’est ce qu’on a construit avec honnêteté et foi. »
Aujourd’hui à la retraite, Rashad et Nazleen profitent pleinement de la vie. Ils passent du temps entre l’Angleterre et Maurice, où ils ont également acheté une maison. Un retour aux sources, rempli de sérénité. « Maurice, c’est chez nous. C’est là que tout a commencé. »
Dans un monde où tout va vite, où la réussite est souvent mesurée en chiffres, l’histoire de Rashad rappelle une vérité essentielle : la vraie richesse ne se compte pas en argent, mais en valeurs, en sacrifices et en amour. Et à 76 ans, entouré de sa famille, Rashad Jondah peut le dire avec fierté : « J’ai vécu une vie simple… mais une vie pleine. »
Une histoire d’amour intemporelle
Au-delà de la réussite matérielle, leur histoire est avant tout une histoire d’amour. Une romance construite sur la patience, le respect et les sacrifices. « Il a voulu réussir avant de m’épouser. C’est une preuve d’amour rare », confie Nazleen. Après toutes ces années, leur complicité est intacte. « Nous sommes faits l’un pour l’autre », dit Rashad avec un sourire.
Le parcours de Rashad Jondas est bien plus qu’une success story. C’est une leçon de vie. Une preuve que, peu importe d’où l’on vient, tout est possible avec du travail, de la discipline et une foi sincère. « Si tu veux quelque chose, bats-toi pour l’obtenir. Mais fais-le avec honnêteté. Et n’oublie jamais Allah. »
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