mardi , 1 décembre 2020
Avec le nouveau projet de loi, l’âge légal du mariage passera à 18 ans.

Children’s Bill : One Size Fits All?

Comme parents, nous savons que nos enfants changent de pointures au fur et à mesure qu’ils ou qu’elles grandissent. Alors qu’un bébé chausse du 15, atteignant ses 16 ans, l’enfant peut passer au 39 dans de nombreux cas. Chaque enfant évolue différemment. Par contre, dès que la maturité arrive, la pointure ne change point. Il est de même pour les lois qui régulent la vie d’un adulte : elles sont les mêmes pour tous. Quant à nos enfants, il nous faut les traiter différemment. Un enfant n’est pas un adulte.

Nous ne pouvons que féliciter les autorités pour le Children’s Court Bill et le Child Sex Offender Bill. Ces deux projets de loi sont des avancées dans la protection de nos enfants. Si le Children’s Bill ne souffre d’aucune contestation dans le fond, dans la forme, ce texte soulève maintes interrogations que nous ne pouvons éviter en tant que parents.

L’âge légal du mariage à 18 ans, en soi, n’est pas le problème. Même les pays les plus conservateurs, à l’instar de l’Arabie saoudite, ont adopté cette limite. Toute la question se pose sur la mise en œuvre d’une telle mesure. Qui ose croire qu’au royaume saoudien cette mesure est appliquée pour tous et par tous ? Dans notre République, ici, concrètement, comment pourra-t-on empêcher un mariage religieux ?

Illégal mais…

Et rien ne dit qu’un mariage qui se fait illégalement, même lorsque les coupables sont punis par la loi, empêchera ensuite les mariés à vivre ensemble comme un couple. Nous courrons le risque de voir multiplier des mariages qui sont illégaux, mais sont parfaitement valides religieusement et se pratiquent dans la réalité. D’ailleurs, pour certains, le mariage religieux ne sera même pas nécessaire. Rien, selon la loi du pays n’interdit le concubinage.

Les relations sexuelles, consenties ou non, sont prohibées sous le Children’s Bill en dessous de 16 ans. Qu’en est-il des relations intimes consenties entre l’âge de 16 à 18 ans ? À l’heure où l’éducation sexuelle fait défaut provoquant des grossesses précoces et des avortements clandestins, où les jeunes ont une activité sexuelle de plus en plus prématurée, et où les violences sexuelles – souvent sous l’influence de l’alcool et de la pornographie – amplifient, il n’est pas clair comment le Children’s Bill arrivera dans ces cas à protéger nos enfants.

En théorie, le Children’s Bill ne fait qu’aligner notre République sur certains pays en rendant impossible le mariage, religieux ou autres, avant l’âge de 18 ans. Tel n’est pas le cas dans la grande majorité des pays du monde où les réalités socioreligieuses, sinon culturelles et traditionnelles, donnent dans la plupart de cas une possibilité de se marier à partir de 16 ans, quitte à respecter des conditions strictes.

Imaginons qu’une fille de 16 ans mette au monde un enfant dans le cadre d’un mariage illégal, religieusement valide ou non, mais voulu par celle-ci et consommé avec un partenaire qui peut être majeur ou non. Nous voyons mal les autorités proposer une solution viable dans cette situation. Devant la loi, la fille est interdite d’avoir un époux reconnu légalement à ses côtés. Le père de l’enfant n’a aucun statut, mais il est aussi libre de fuir face à ses responsabilités.

Responsabilité criminelle

Ce père peut bien avoir 16 ans, pire seulement 14 ans. Selon le Children’s Bill, il est traité alors comme un criminel s’il viole une loi du pays. Or, nous savons que rarement les enfants atteignent une maturité à cet âge, même si physiquement ils sont développés et peuvent être sexuellement éveillés, voire actifs. Dans leur tête, ils ne sont, tant de fois, que des enfants qui découvrent à peine l’adolescence. C’est le cas souvent pour les garçons qui atteignent une certaine maturité plus tard que les filles. Le contexte social pèse beaucoup sur l’âge de responsabilité. D’ailleurs, c’est insensé de traiter tous les enfants dans cette période de transition vers l’âge adulte de la même façon. Et que dire lorsque nous lisons dans le Children’s Bill que la prison est prévue lorsqu’un juvénile est coupable de fuite, passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement ?

Qu’est-ce-qui nous empêche d’aligner l’âge de la responsabilité criminelle sur celle de la fin de l’enfance ? Et aussi l’âge minimum du mariage légal ? Il y a une incohérence quand ces trois limites ne sont pas les mêmes. Cela ne signifie nullement que ces limites doivent être les mêmes pour tout le monde, sans différentiation au cas par cas par un tribunal compétent où des magistrats consultent les spécialistes du terrain et de la psychologie. Pourquoi ne pas comprendre que le corps, le psychique, l’émotion, l’intellect et la conscience n’évoluent pas au même rythme ? Tous les êtres ne vivent pas le même cheminement. Cela ne veut nullement signifier que tout est permis, ou interdit, mais que la flexibilité doit être la règle lorsqu’il s’agit du difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte. Des sanctions et mesures de nature différentes que celles réservées aux adultes s’appliquent lorsqu’il s’agit d’enfants, y compris des juvéniles.

L’encadrement, l’éducation, la prévention et la réhabilitation sont requis, mais où en sont les mécanismes tangibles qui doivent accompagner nos enfants en difficulté? Contrairement aux enfants, concernant les adultes fautifs, plus de rigueur est nécessaire. D’ailleurs, nous ne pouvons que saluer les clauses qui rendent plus stricte la condamnation des adultes par rapport à l’interdiction de vendre de l’alcool aux enfants ou de les accueillir dans des maisons de jeux. Il aurait dû être de même pour la cigarette et la drogue. De même, il faut des peines plus sévères encore pour les abus sexuels sur des enfants. Quant aux mesures afin de restaurer la responsabilité parentale, elles sont plutôt justes mais quid de l’autorité parentale ?

En conclusion, il est apparent que la consultation, le dialogue et la quête du consensus n’ont pas été suffisants avant la finalisation du Children’s Bill. Les aspects pratiques n’ont pas été compris. Il y a eu une pression de la part de certains, ceux qui ne sont pas d’accord ont été écartés le plus souvent. Il serait utile de rendre publique la liste des instances et autres associations qui ont été approchées et de savoir à quel point ont-elles été entendues. Certains ont été ignorés. Il n’est pas trop tard pour faire amende honorable…

Par DR KHALIL ELAHEE

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

Appel de l’ICCI aux producteurs et importateurs : référencement gratuit des produits sur l’application HalaalMoris

Permettre à un plus grand nombre de producteurs locaux et d’importateurs de référencer leurs produits …