mardi , 1 décembre 2020
Le couple a été arrêté sous une charge provisoire de meurtre. Selon sa tante, le petit Ayaan vivait dans la peur depuis quelque temps.

Ayaan, 2 ans, battu à mort

L’île Maurice s’est réveillée sous le choc ce samedi matin quand s’est répandue la nouvelle que Muhammad Ayaan Moeen Ud Din G. Ramdoo, 2 ans, a été battu à mort par son beau-père, Sheik Mohammed Ali Ashar Sobratee, un vendeur de légumes de 22 ans, avec la complicité de la mère de l’enfant, Bibi Nawsheen Beeharrry, une femme au foyer âgée de 26 ans.

Arrêté vendredi par la MCIT, le beau-père, qui est sous un traitement de Méthadone est passé aux aveux. « Mo ti gagne la raze, mone bat li », a-t-il reconnu. Les ecchymoses sur le corps de l’enfant démontrent à quel point les coups qu’il a reçus ont été violents. Le couple a été arrêté sous une charge provisoire de meurtre. Le samedi 14 novembre, ils ont été traduits devant la Bail and Remand Court de Port-Louis après quoi ils ont été reconduits en cellule policière.

Que s’est-il réellement passé ?

Ce drame est survenu le jeudi 12 novembre à la demeure du couple à Mosque Road, Midlands. L’affaire a pris une autre tournure vendredi matin alors même que les funérailles de l’enfant devaient avoir lieu à Midlands. La police de Midlands a débarqué chez le couple et a pris le corps de la victime pour qu’il fasse l’objet d’une autopsie. Le couple a voulu faire croire que l’enfant est mort d’une asphyxie après avoir consommé du ‘briani’ chez un voisin. Même dans le voisinage on avait cru que l’enfant était mort de cause naturelle vu qu’un médecin du privé avait signé le certificat de décès. Mais la tante de l’enfant, qui n’a pas cru que son neveu soit mort de cause naturelle, a mis la puce à l’oreille de la police.

Le crime parfait n’existe pas

La tante, Nooshreen, 25 ans, qui habite Montagne-Blanche, est la sœur cadette de la suspecte, Nawsheen Beeharry. Dans une déposition consignée au poste de police de Midlands le vendredi 13 novembre à 10h, Nooshreen déclare que le même jour à 8h15, elle s’est rendue chez sa sœur Nawsheen à Mosque Road, Midlands, pour assister aux funérailles d’Ayaan. En arrivant chez sa sœur, elle a vu le corps de l’enfant allongé sur le sol, enveloppé dans un drap blanc. Elle a remarqué qu’il y avait une ecchymose bleue sur le côté gauche de son front et une autre sur la joue gauche. Elle s’est renseignée sur la provenance des ecchymoses auprès de sa sœur. Celle-ci lui a répondu que l’enfant était tombé et s’était blessé. Mais elle avait le sentiment que sa sœur lui cachait la vérité et qu’il y avait eu foul play.

Elle a décidé alors de prévenir la police qui l’a invitée à venir porter plainte (voir plus loin sa déclaration). Entretemps, la police a placé une sentinelle à la demeure du couple pour empêcher que les funérailles aient lieu. Une fois, la déposition consignée par la tante, le corps a été transféré à la morgue de Candos. Les funérailles devaient avoir lieu à 8h30, vendredi, et l’enfant devait être mis en terre au cimetière de Bigara. L’intervention de la tante a tué dans l’œuf la tentative du couple de se débarrasser du corps du petit Ayaan pour éviter toute enquête.

Le beau-père : «Mo gagne la raze mo bat li»

Le même jour à 16h15, l’autopsie pratiquée par le Dr Jankee Parsad (PPMO) a attribué la cause du décès à « un acute peritonitis following traumatic bowel (battered child) ». Aussitôt, le CID de Curepipe s’est saisi de l’affaire vu qu’il s’agissait d’un cas de foul play. La mère et le beau-père ont été arrêtés et ont été emmenés au bureau du CID pour enquête. Le beau-père, Sheik Mohammed Ali Ashar, est passé aux aveux. Il a admis avoir frappé l’enfant la veille soit le jeudi 12 novembre 2020. Pressé de questions, il a déclaré : « mo ti gagne la raze, mone bat li ». Tandis que la mère de l’enfant s’est murée dans le silence. Ils ont été remis entre les mains de la MCIT pour la suite de l’enquête.

La police a remis le corps d’Ayaan à Mme Fazila G Ramdoo, sa grand-mère, pour les funérailles. Elle habite Le Hochet, Terre-Rouge. Les funérailles ont eu lieu dans la soirée de vendredi et l’enfant a été inhumé au cimetière de Riche-Terre.

La police poursuit son enquête. Il nous revient que d’autres arrestations interviendront sous peu. Les enquêteurs s’intéressent au médecin privé qui a certifié l’acte de décès d’une mort par asphyxie, donc de cause naturelle. Et aussi au couple qui avait conduit l’enfant à l’hôpital de Rose-Belle et avait fait croire qu’il s’était étouffé en mangeant du briani. Même si le médecin de service avait constaté que l’enfant était déjà décédé et avait référé le cas à la police, on se demande pourtant comment le corps de l’enfant a pu quitter l’hôpital sans être autopsié.

Fazila : «Ki kalité sa bouro-là fine martyrise mo ti-zenfan»

Fazila G. Ramdoo, la grand-mère d’Ayaan.

Fazila G Ramdoo, 64 ans, la grand-mère paternelle d’Ayaan, n’arrive pas à fermer l’œil. Cette mère de trois garçons et grand-mère de huit petits-enfants est toujours dans un état de choc après l’atrocité que son petit-fils Ayaan a subie. Elle travaille comme cuisinière dans un snack et nous explique que son fils, Adil G.Ramdoo, 29 ans, le père biologique d’Ayaan, purge une peine de deux ans de prison depuis août 2020 pour une affaire de vol. Selon elle, depuis environ 5 ans, son fils avait épousé religieusement Nawsheen Beeharrry et de cette union est né Ayaan. Mais le couple battait de l’aile et souvent Nawsheen faisait le va-et-vient chez ses proches. « Mo belfi-là orphelin et souvent kan li gagne la guerre surtout kan li lors portable message rentré li empêche mo garçon konné kisana sa. Mo garçon ti pe douter li ki li ena commérages », raconte Fazila. Ainsi, durant la période de confinement, le couple s’est séparé et Nawsheen avait pris Ayaan et est partie sans laisser de trace. À la même période, la police a procédé à l’arrestation d’Adil pour une affaire de vol. Il a été libéré sous caution avant d’être condamné en août. « Adil dans prison. Li fine choqué kan li fine apprane sa. Li ti sans nouvelle so zenfant jusqu’à aster li fine mort. Li même pas réussi vine assiter mayyat so garçon », laisse entendre Fazila.

Cette dernière dit qu’il condamne fermement cet acte et souhaite que les meurtriers reçoivent le châtiment qu’ils méritent : la peine capitale. « Si mo ti-zenfant ti malade li ti mort mo ti pou accepter la décision d’Allah. Mais sa kantite trace batté lors so le corps là li inacceptable. Ki kalité sa bouro-là fine martyrise mo ti-zenfan ! Li ti en bonne santé. Ki kantité sa zenfant-là fine souffeur avant so la vie fine kite li ? Bizin mette li pendi sa. Ki kalité le cœur sa mama-là ena  ? Li accepter so amant touille so zenfant et li protège li même ? » tempête Fazila.

Shakeel Anarath : «Premier fois mo trouve sa»

Shakeel Anarath, le responsable du centre Al-Ihsaan.

Shakeel Anarath, le responsable du centre funéraire Al-Ihsaan, dit n’avoir jamais vu le corps d’un enfant avec autant de blessures. « Quand j’ai donné le ghusl (Ndlr: bain rituel) au corps d’Ayaan, je n’ai pu retenir mes larmes à force de voir des ecchymoses sur tout le corps de cet enfant qui pour moi a connu une mort par un acte de barbarie », dit-il. Shakeel, qui organise les funérailles depuis 22 ans, nous dit avoir vu beaucoup de cadavres après des accidents, des crimes, entre autres. Mais ce qu’il a vu sur le corps d’Ayaan restera gravé dans sa mémoire. « Il avait des ecchymoses sur le front côté gauche, sur le menton droit, sur le dos et même sur ses parties privées. En outre, il avait des côtes brisées et le bras fracturé. Pour moi, l’assassin n’a rien d’un être humain », ajoute-t-il.


Nooshreen, la tante : «Je n’ai choisi que la vérité»

Nooshreen, la soeur du suspect ,a mis la puce à l’oreille de la police.

Issue d’une famille de deux enfants, Nooshreen, 25 ans, mariée et mère d’un enfant de 3 ans, habite Montagne-Blanche. Elle est la petite sœur de Nawsheen Beeharry. C’est grâce à son initiative que le crime a pu être élucidé. Elle n’a pas hésité une seconde pour mettre la police au courant de cette affaire après avoir vu le corps de son neveu. « Comme Sheik est son beau-père, j’ai tout de suite soupçonné qu’il ait pu agresser Ayaan. Alors je me suis rendue à la police directement pour demander qu’on initie une enquête, car j’ai remarqué qu’il y avait anguille sous roche quand je suis arrivée pour les funérailles. Mo pas choisir ni mo sœur ni mo neveu dans sa zaffaire-là mais la vérité », laisse entendre Nooshreen.

Le samedi 7 novembre 2020 aux alentours de 18h30, sa sœur Nawsheen ainsi que Sheik en compagnie d’Ayaan étaient venus chez elle. Elle dit avoir remarqué déjà que l’enfant ne semblait pas être en bonne santé. « Li ti trankil li ti kuma dire ene zenfant dans la frayeur. li pas koze, ni zoué. Kan mo demandé ki li gagné, Sheik dire li fatigué et ki sûrement li envie dormi », raconte Nooshreen.

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