lundi , 26 octobre 2020
Waajid Peerun et Ehsan Khodabux.

Bloqué au Pakistan – Ehsan Khodabux : «Je souhaite fêter l’Eid avec ma famille»

Observer le jeûne du Ramadan dans un pays étranger pour la toute première fois, et être hébergé chez une famille qui n’est pas la sienne et de surcroît, en période de confinement. C’est l’expérience que vit en ce moment notre compatriote Ehsan Khodabux qui s’est retrouvé bloqué au Pakistan.

Cet homme d’affaires de 58 ans, originaire de Médine-Camp-de-Masque, s’y était rendu dans le cadre d’un voyage d’affaires. Il était loin de se douter de la tournure qu’allait prendre ce voyage qui devait initialement durer moins d’une dizaine de jours. « Non seulement je n’ai pas pu rentrer au pays mais je me retrouve à observer le jeûne loin de mes proches. Du haut de mes 58 ans, c’est la première fois que ça m’arrive », a-t-il déclaré à STAR. Heureusement qu’il peut compter sur l’hospitalité d’une famille pakistanaise.

Ehsan Khodabux parle d’un « changement énorme » sur plusieurs plans. À commencer par les conditions du jeûne. À Gurjanwala où il se trouve, une ville située au nord de Lahore, le Mauricien indique que la durée du jeûne est de 17 heures, soit presque 4 heures de plus qu’à Maurice. Sans compter que le mercure affiche parfois jusqu’à 36, voire 38 degrés Celsius durant la journée. Une température à laquelle Ehsan indique qu’il n’est pas tout à fait habitué.

Dîner après les taraweeh

Du coup, durant la journée, notre compatriote dit qu’il évite de sortir. « De toute façon, nous sommes ici aussi en situation de confinement. Il n’y a que les commerces essentiels tels que les supermarchés et les pharmacies qui opèrent de 9h à 17h. De ce fait, je ne sors que le soir pour les taraweeh en compagnie de mon neveu qui est lui aussi bloqué avec moi au Pakistan », souligne-t-il.

Autre changement important pour notre compatriote : le dîner après la prière du taraweeh. En effet, Ehsan Khodabux explique que les Pakistanais ne dînent pas après l’iftaar qui est aux alentours de 18h40. « Manzé apré taraweeh, mo ti trouv ça drol. Me mosi mone fini habitié », dit-il. Selon ses dires, les Pakistanais prennent leur temps pour le dîner. « Ici banla manze a l’aise. Diri dan plat, cari dan plat, assizé manzé bien. Ici hospitalité extra », fait-il ressortir.

Seul bémol, les plats sont souvent épicés. Un inconvénient avec lequel Ehsan Khodabux indique qu’il doit malgré tout composer. « Je ne suis pas dans un hôtel où je peux commander à manger. Je fais donc avec ce qu’ils préparent. Ils me demandent régulièrement ce que je veux pour les repas mais je considère que ce serait inapproprié de ma part de leur faire préparer des plats spécifiquement pour moi », dit-il, soulignant qu’il prépare lui-même ses repas par moment.

Taraweeh à la mosquée

Pour l’accomplissement de la prière du taraweeh, les deux Mauriciens se rendent à une mosquée située non loin de là où ils sont hébergés. « Le trajet est à environ 5 minutes à motocyclette », avance notre interlocuteur, précisant qu’ils ne manquent pas de porter un masque, des gants et aussi des chaussettes.

À l’extérieur, selon ses dires, l’accès à la mosquée est hautement surveillé. « Il y a au moins trois personnes munies d’arme à feu à l’entrée de la mosquée ainsi que des officiers de la police locale. Dès que la mosquée ait accueilli un certain nombre de fidèles, les portes sont fermées et plus personne n’est autorisé à entrer », explique Ehsan Khodabux.

À l’intérieur, poursuit-il, les salaats se font en respectant la distanciation sociale. « Il faut maintenir plus d’un mètre de distance entre chaque fidèle, que ce soit à l’avant, à l’arrière et sur les côtés. Du coup, sur un ‘saf’, il n’y a que 5 ou 6 personnes », laisse entendre l’homme d’affaires. Et après les taraweeh, c’est chacun chez soit. « Pena cass poz mett dialog en dehor masjid. Kuma fini, ale lacaz. De toute façon, je n’ai pas d’amis ici et aussi je ne souhaite pas m’attarder, car là où je suis hébergé, il y a 12 autres personnes, dont 6 enfants. Donc, je ne prends aucun risque même si aucun cas de Covid-19 n’a été enregistré ici », dit-il.

Aux nouvelles de ses proches

Ehsan Khodabux explique que les Pakistanais ne dorment pas après la prière du taraweeh. Ils attendent la fin du sehri pour le faire. N’étant pas habitué à cela, notre interlocuteur avance qu’après les taraweeh qui se terminent aux alentours de 22h30, il va se coucher et ce jusqu’à 2h30, car la fin du sehri est autour de 3h50. « Après la salat fajr, je fais la lecture du Coran et je dors à nouveau jusqu’à 11h30-midi afin de pouvoir accomplir la salat zohr à 13h », souligne-t-il.

Durant la journée, l’homme d’affaires explique qu’il meuble son temps avec la lecture du Coran ou alors il écoute des ‘causeries’ sur son portable. Il ne manque pas non plus de prendre des nouvelles de son épouse, Nazlee, et des ses trois fils : Rifaac, Twaha et Anas. « Nous nous parlons tous les jours. Je prends de leurs nouvelles et ils m’informent par la même occasion de ce qui se passe à Maurice. Sans compter que je suis le Press Briefing quotidien du gouvernement », dit-il.

Ehsan Khodabux indique qu’il n’a qu’un souhait : regagner le pays pour la fête Eid. « La meilleure chose qui puisse m’arriver c’est de parvenir à fêter l’Eid avec ma famille à Maurice », espère-t-il.

Soulignons que le Mauricien est arrivé au Pakistan le 14 mars dernier. Il avait quitté Maurice pour la Turquie le 7 mars dans un premier temps. De là, il s’est rendu au Pakistan où il devait séjourner durant une dizaine de jours chez la famille de son neveu. À l’annonce de la fermeture de nos frontières, les deux Mauriciens sont parvenus à se procurer un billet pour Maurice en passant par Dubaï. Cependant, après plus de 4 heures et demi de route, ils sont tombés des nues en constatant que l’aéroport était déjà fermé. Ils ont donc dû rebrousser chemin et attendent désormais de pouvoir rentrer au pays.

Les deux Mauriciens sont hébergés chez une famille pakistanaise.

Waajid Peerun : «Prendre des somnifères pour dormir»

Waajid Peerun se trouve en compagnie de son oncle, Ehsan Khodabux, au Pakistan. Il s’était, lui, rendu chez des membres de sa famille. Selon ses dires, il aurait perdu le sommeil depuis qu’il s’est retrouvé bloqué.

Cet habitant de Médine-Camp-de-Masque explique que le 7 mai prochain, cela fera 2 mois depuis qu’il est au Pakistan alors qu’à la base, il s’y était rendu pour deux semaines seulement. Une situation qu’il dit vivre difficilement. « Primo, je ne suis pas dans mon pays et secundo, je suis contraint d’habiter chez des gens. À mon retour, je ne sais pas si je vais préserver mon emploi, d’autant plus que je n’ai pas reçu de salaire pour le mois d’avril. Mais surtout, j’ai mes parents à Maurice. J’aurai dû être auprès d’eux en cette période de confinement. Tout ceci est stressant. Le soir, je dois prendre des somnifères pour pouvoir dormir », affirme-t-il.

Le jeune homme dit ne pas comprendre pourquoi le gouvernement met autant de temps pour rapatrier les Mauriciens bloqués à l’étranger. « Entier lemonde ban pays pe rapatrie zot ban dimoun à l’etrangé. Pou nou ki problem ? Partou l’espace aerien fermé. Me sak pays pe negocier pour capav rapatrier zot dimoun. Kifer pou nou pe pren otan letemps ? » s’interroge-t-il estimant avoir été « abandonné ».

Rifaac, le fils aîné d’Ehsan Khodabux : «Etre fort pour toute la famille»

C’est la première fois que les proches d’Ehsan Khodabux doit observer le jeûne du Ramadan sans le chef de famille. Pour son fils aîné, Rifaac Khodabux, c’est surtout au moment du sehri et de l’iftaar que son absence se fait sentir. « Il était toujours avec nous durant ces moments-là. N’empêche que cela nous console de pouvoir lui parler au téléphone tous les jours », déclare-t-il.

Durant l’absence de son père, c’est donc Rifaac Khodabux qui a endossé le rôle de « l’homme de la maison ». Il s’occupe notamment des affaires de son père. Le jeune homme de 27 ans se réjouit de pouvoir compter sur son frère cadet, Twaha. Toutefois, Rifaac doit aussi être présent pour soutenir moralement les membres de sa famille. « Les premiers jours sans mon père ont été assez difficiles pour nous tous, mais surtout pour ma mère. Il faut donc que je sois moralement fort pour moi-même et aussi pour soutenir toute la famille également », dit-il.

La distanciation sociale est observée à la mosquée, sans compter le port du masque, des gants et des chaussettes

L’évolution de la situation suivie de près

Ehsan Khodabux explique qu’il est en communication constante avec l’ambassade de Maurice au Pakistan, notamment pour connaître les dernières évolutions sur un éventuel rapatriement des Mauriciens qui seraient au nombre d’une trentaine au Pakistan. « Nous les (Ndlr : l’ambassade) contactons régulièrement, et ils font de même eux aussi. D’ailleurs, ils ont offert de nous aider financièrement, si le besoin se fait sentir », confie le quinquagénaire.

Même si le Mauricien indique qu’il est « okay » là où il est, il dit cependant se sentir « embarrassé ». « Comier temps pou res lacaz dimoune ? Nous ne pouvons abuser éternellement de l’hospitalité de ces personnes. Le gouvernement ne doit-il pas tenir tout cela en compte», demande-t-il.

L’homme d’affaires explique que le gouvernement Pakistanais a déjà rapatrié un quart des quelque 20 000 Pakistanais « bloqués » à l’étranger. « Vu que les Mauriciens sont peu nombreux ici, les autorités peuvent envisager de nous faire transiter par un autre pays avant de regagner Maurice », suggère-t-il. Il indique que sans le soutien de son neveu qui est dans la même galère que lui, il aurait jeté l’éponge depuis longtemps déjà. « Psychologiquement mo ti pou fini down », dit-il, espérant que les autorités Mauriciennes leur trouve une solution rapidement.

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