jeudi , 4 juin 2020
receveurs d’autobus

Agression des receveurs d’autobus : aller travailler la peur au ventre

Un sentiment d’insécurité anime les employés des compagnies de transport depuis ces dernières semaines. La cause : une hausse du nombre des cas d’agression sur les receveurs et chauffeurs d’autobus. Notre équipe est partie à la rencontre de plusieurs employés de la compagnie United Bus Service (UBS).

Entre 2015 et juin 2018, 139 cas d’agression contre des chauffeurs et receveurs d’autobus ont été rapportés à la police. La semaine dernière, un autre receveur a été agressé par un passager à Petite-Rivière. Cette situation commence à inquiéter les employés du transport. Plusieurs endroits à risque ont été répertoriés par la police et les chauffeurs/receveurs disent craindre pour leur vie. « Au quotidien, j’apprends des cas d’agression sur mes collègues. Je ne suis pas certain si je retournerai vivant dans ma maison le soir, » nous relate Shezad Dowlut, un receveur d’autobus de 30 ans. Personnellement, il est effrayé surtout quand son autobus dessert des quartiers chauds. « Dès que l’autobus pénètre dans les endroits dangereux, mon cœur bat plus vite », avoue Shezad.

Lui faisant écho, Amerally Nawsheen, receveuse à l’UBS depuis 14 ans, indique  qu’elle est sous une tension perpétuelle.  Certes, elle travaille en région urbaine et jusqu’ici elle n’a jamais eu d’accrochages avec personne, mais les agressions sur ses collègues l’effraient. « Quand j’entends que mes collègues masculins ont été agressés, cela me glace le sang. Je suis une femme et donc plus vulnérable et ne suis plus d’humeur d’aller travailler », confie-t-elle.

Aveeshek Beekarry, 24 ans,  un receveur qui dessert la ligne Baie-du-Tombeau, avait été victime d’agression, il y a quelques mois. Des malfrats lui avaient mis un couteau dans son rein dans le bus. Depuis, il est traumatisé. « Je n’arrive pas à sortir ces images de mon esprit. Je revis ces terribles moments à chaque fois que je passe sur le lieu de l’incident », nous raconte-t-il.

Se remémorant l’effroyable incident, le receveur raconte que ce jour là, deux individus étaient montés dans l’autobus suivis par deux autres à un autre arrêt d’autobus. « à un moment donné, un des malfrats a mis un couteau dans mon rein et a menacé le chauffeur d’arrêter l’autobus sinon il me trancherait », raconte le jeune receveur. Quand l’autobus s’est arrêté, les quatre individus l’ont fouillé et ont pris tout ce qui était avec lui, à savoir la recette du jour et son téléphone portable. «Bien que cet incident est derrière moi maintenant, je n’ai pas l’esprit tranquille.  Je suis convaincu que nous sommes toujours en danger. N’importe quoi peut arriver n’importe quand », estime-t-il.

Comment réagissent les familles des employés

famillesVu qu’Aveeshek est encore jeune et a vécu un traumatisme après cet incident, sa famille lui a plusieurs fois demandé de renoncer à son travail. Mais lui, refuse car à son sens ce n’est pas une solution. « Si tout le monde  quitte son travail, où ira-t-on dans ce pays ? » lance Aveeshek. Il aime son travail et veut qu’on trouve une solution aux agressions. Pour sa part, bien que Nawsheen soit quelques fois découragée, sa famille l’exhorte à faire preuve de patience. « Je mets ma confiance en mon Créateur pour ma protection », dit-elle. Son fils lui téléphone de temps à autre pour s’assurer qu’elle se porte bien durant la journée. «Le salaire de mon époux ne suffit pas pour que nous puissions joindre les deux bouts et rembourser les prêts bancaires. Je dois impérativement travailler pour aider ma famille », poursuit-elle, émue. L’épouse de Shezad Dowlut, de son côté, lui conseille chaque jour le matin de bien se comporter avec les passagers pour ne pas s’attirer des ennuis. « Mon épouse sait que c’est le travail que je dois faire malgré tout pour subvenir aux besoins de la famille », dit ce père de trois enfants.

Des menaces à la gare d’autobus

Beekarry RamsingBeekarry Ramsing, chef de gare du nord, fait face à d’autres problèmes. « Souvent, durant les heures de pointe, notamment à la sortie de l’école, c’est incontrôlable », dit-il. Il ajoute que très souvent, les étudiants n’entrent pas dans les autobus et demeurent sur la gare avec leur petit copain ou petite copine. Ainsi, ils laissent partir l’autobus pour après venir insulter les chefs de gare. « En groupe, ils se sentent forts et des fois ils  deviennent violents », lâche-t-il. De leur côté, les passagers qui attendent à la gare se fâchent s’ils n’obtiennent pas de la place dans l’autobus. « Je les comprends car après avoir longtemps attendu, ce sont les étudiants qui viennent remplir le bus », fait-il ressortir. Selon lui, les policiers venaient à leur aide en forçant les étudiants  à monter dans leurs bus, mais depuis quelque temps, il affirme qu’on ne les voit pas. Il lance un appel aux policiers aussi de leur filer un coup de main aux heures pointes pour que règne la discipline sur les gares

Les agressions empirent

yousoufYousouf Sairally, gestionnaire de trafic à la compagnie UBS, qui suit de près les cas d’agression, nous fait part de sa grande inquiétude. « Auparavant, les voyous arrachaient la recette du jour et les effets personnels seulement, mais ces deniers temps, ils sont devenus très agressifs et n’hésitent pas à sortir une arme tranchante », déplore-t-il. Il nous indique que la compagnie UBS organise souvent des séminaires avec la collaboration de la police pour mieux gérer les passagers  et des incidents et a aussi pris d’autres mesures de sécurité telles que coffres forts sécurisés dans les bus ou encore cameras. « Mais si les agressions ne cessent pas, on sera obligé de revoir toutes ces mesures », déclare-t-il. Il se désole du manque de coopération entre les postes de police et les employés. « Les policiers leur demandent de contacter la police du Transport et ainsi de suite. De leur côté, tous les autobus ‘semi-floor’ que la compagnie achète maintenant sont équipés de caméras de surveillance qui à mon avis pourront dissuader les malfrats », dit encore notre interlocuteur.

Mesures de précaution

Yousouf Sairally propose quelques mesures de précaution à prendre surtout par les travailleurs qui effectuent les derniers voyages.

• Il faut bien agir d’une façon très modeste avec tous les passagers. Le Customer Care, selon lui, est primordial pour ne pas provoquer la colère des passagers.
• Il ne faut jamais compter les billets de banque dans le bus devant les passagers ou laisser des billets dans sa poche de chemise car tout cela donne de la tentation aux voyous.
• Pour le dernier voyage, il faut être très vigilant quant aux passagers qui voyagent. Si un passager paraît louche, il faut se tenir sur ses gardes à tout moment, en particulier si le nombre de voyageurs diminue  à chaque arrêt.
• Il faut garder fermée la porte de l’autobus et avoir un contrôle sur l’entrée de chaque passager au cours du dernier voyage. Si le passager vous paraît louche, il est préférable de ne pas le laisser entrer.
• Le chauffeur et le receveur ne doivent pas se séparer pour fumer une cigarette ou faire des emplettes, notamment dans les régions à risques à des heures tardives.
• Appeler le 148, la Police Squad, en cas de pépin.

To BaT, To TaC

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Iqbal Sheik Abbass, le président de la UBS Employees Union, a eu jusqu’ici plusieurs rencontres avec le ministre du Transport, Nando Bodha, en présence  du PS Gobardhan concernant les agressions des travailleurs d’autobus. Bien que cette année la police du Transport a repris du service, le manque d’effectifs demeure le souci principal. « Récemment, on a brisé les vitres d’un autobus à Rose-Hill quand le chauffeur a refusé de s’arrêter. Le matin, à Sunray, les personnes qui sortent des discothèques sont ivres et se bagarrent dans le bus. Quand on refuse de les prendre, ils lancent des pierres sur l’autobus », raconte Iqbal Sheik Abbass. « Heureusement que le gouvernement travaille sur des projets maintenant pour décourager les agressions », laisse-t-il entendre.  Le gouvernement vient avec un nouveau slogan : « To BaT, To TaC. » Un agresseur devra payer Rs 100,000 d’amende en cas d’agression ou écoper de pas moins de 2 ans de prison.

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