mercredi , 5 août 2020

À cœur ouvert : entre Ramadan particulier et Eid confinée

Le Ramadan en cette période de confinement a été vécu de différentes façons par les Mauriciens de foi islamique. Ils s’apprêtent à présent à passer la fête de l’Eid confinés à la maison en raison des interdictions de déplacement.

Dr Ismet Nawoor : «Le confinement nous a permis de revivre l’ambiance d’antan»

Dr Ismet Nawoor, Acting Director Health Service au ministère de la Santé, indique qu’il a dû travailler pendant le confinement. Mais selon lui, le Ramadan durant cette période a été très différent dans la mesure où il a pu passer plus de temps avec sa famille. « Le confinement nous a permis de revivre l’ambiance du Ramadan d’antan. J’ai pu être à la maison. Cela m’a fait rappeler les années 70 lorsque les gens étaient tous ensemble dans leur maison pendant le Ramadan. Ainsi, ce Ramadan a été très spécial », avance le gynécologue.

Dr Nawoor a également profité de cette situation pour accomplir plus de prières à la maison et en congrégation familiale. « Je sens m’être rapproché davantage du Créateur et j’ai pu vivre l’islam intensément. J’ai aussi eu l’occasion de réfléchir sur plusieurs aspects de notre vie sur Terre », confie-t-il. Toutefois, il se dit triste que les mosquées ont dû fermer leurs portes durant ce mois béni. « Ce Ramadan nous a montré l’importance des mosquées et de prier en congrégations. C’est le moment de réfléchir sur nos actes. C’est bien une autre réalité que nous avons vu au cours de ces derniers mois », ajoute-t-il.

Concernant la célébration de l’Eid, Dr Ismet Nawoor regrette qu’il ne pourra pas aller rendre visite à ses proches. « Nous n’allons malheureusement pas pouvoir respecter la tradition qui consiste à organiser de grande réunion familiale à la maison. C’est vraiment dommage. Nous allons devoir célébrer l’Eid confinés à la maison, car il faut bien respecter les consignes pour protéger la population », conclut-il.


Dr Dawood Oaris : «J’ai pu compléter la lecture du Coran»

Le directeur de Shifa Clinic, Dr Dawood Oaris, confie qu’il a vécu un mois de Ramadan vraiment exceptionnel. « C’est la première fois que j’ai vécu un tel Ramadan. Pendant 45 ans, j’étais plus occupé avec le travail et n’avais jamais assez de temps. Cette année, j’ai déjà complété la lecture du saint Coran et avec la traduction aussi. J’ai eu plus de temps pour la famille et pour moi-même. Ce qui m’a permis de réfléchir sur plusieurs de nos actes » soutient-il.

Dr Dawood Oaris avance également que le Ramadan en confinement lui a permis d’être plus régulier dans les prières quotidiennes et de passer du temps avec sa famille. « Une atmosphère empreinte de spiritualité régnait au sein de la maison. On ressentait bien les ondes positives. Quand je travaillais, je n’avais pas assez de temps pour vivre le Ramadan de cette façon à la maison. J’étais, hélas, toujours sur le qui-vive », laisse entendre notre interlocuteur.

Par ailleurs, Dr Oaris dit avoir mis à profit son temps libre pour réfléchir sur comment aider les gens. « J’ai beaucoup réfléchi sur la façon dont on pourrait donner plus d’accès aux soins de santé à un plus grand nombre de gens dans un proche avenir », souligne-t-il.

Concernant l’Eid-ul-Fitr, le patron de la clinique Shifa estime que la célébration sera très diffèrente. « La prière sera faite à la maison. Mes meilleurs amis, issus de différentes communautés, avaient l’habitude de venir chez moi pour fêter. Cette année, ce ne sera pas possible. Ma fille qui est aux États-Unis ne sera malheureusement pas parmi nous. Cela dit, je suis content que mon fils et sa famille seront des nôtres cette année », conclut-il.


Aadil Ameer Meea : «La prière en congrégation m’a terriblement manqué»

Aadil Ameer Meea, député du MMM de la circonscription No 3, affirme avoir pris du temps pour s’adapter au confinement étant un homme de terrain. « C’est quelque chose qu’on n’a jamais vécu. C’est un grand changement dans notre mode de vie. C’était bien difficile au départ, surtout étant confiné à la maison, mais j’avais fini par m’adapter », explique-t-il avant d’ajouter que « j’ai eu le temps de faire une introspection et cela m’a permis de reclasser nos priorités. »

Parlant du Ramadan pendant le confinement, Aadil Ameer Meea fait ressortir que la prière en congrégation dans les mosquées lui a terriblement manqué. « Mais le Ramadan durant le confinement comporte aussi des aspects positifs notamment le fait d’avoir plus de temps pour la prière et les autres ibadaats. Ce confinement a consolidé les liens familiaux et nous a permis de faire les namaz en famille. Des moments que j’ai beaucoup aimés. On a eu également le temps de faire plus de réflexion sur soi-même, et sur les faveurs du Créateur qu’on doit remercier infiniment », dit-il avant d’ajouter que le confinement nous a ramené au ‘Back to Basics’. « Une maladie qui a mis le monde à l’arrêt total, et même les Super puissances sont devenues impuissantes et ça doit servir de leçon à tout le monde », poursuit-il.

L’Eid sera célébrée différemment par le député parce que les sorties sont limitées par les règlements du confinement. « Tout de même, on va célébrer l’Eid autour d’un bon repas traditionnel  », dit-il.


Afzal Goodur : «J’ai préparé le sehri chaque matin»

Le « Monsieur Météo  » des réseaux sociaux, Afzal Goodur, soutient avoir vécu un Ramadan inoubliable cette année. « Ce Ramadan est mémorable parce que toute la famille est restée soudée tout le long du mois, et cela en raison du confinement. C’est peu probable que nous ayons à revivre un tel moment, les pandémies se manifestant chaque 100 ans  », avance-t-il. Afzal raconte que cette année, c’est lui qui a préparé le sehri pour sa famille chaque matin. « J’ai préparé les repas que ma femme et mes enfants apprécient. À leur tour, ils préparent l’iftaar. J’ai aussi accompli toutes mes prières à la maison  », ajoute-t-il. Selon lui, les liens familiaux sont sacrés. « Ma priorité, c’est avant tout ma famille. J’ai donc été plus que ravi d’avoir passé ces deux derniers mois avec elle », dit-il encore.

Cependant, Afzal Goodur se dit attristé de n’avoir pu accomplir ses salaats à la mosquée. « Et surtout de rompre le jeûne parmi les fidèles à la mosquée, ce qui est quelque chose d’exceptionnel. Le monde entier a vécu cette même situation et nous devons en tirer des leçons et comprendre que nous sommes que de passage sur Terre. Ce sont nos bonnes actions qui compteront et Allah nous montre de nouveau l’importance de la foi et de la prière. Nous avons encore le temps pour implorer Son pardon et nous tourner vers la prière et de mener une vie selon les principes de l’islam. La vie est simple et belle mais bien souvent, c’est nous qui la compliquons », fait-il ressortir.

Afzal Goodur célébra la fête de l’Eid chez lui. « Dommage que nous ne pourrions sortir pour aller rendre visite à ma sœur et à ma belle-mère comme nous avons l’habitude de le faire », conclut-il.


Yaaseen Edoo : «J’ai pu augmenter mes connaissances islamiques»

Yaaseen Edoo a vécu un Ramadan à la fois différent et exceptionnel cette année. Il confie que les prières de vendredi à la mosquée lui manquent. « D’habitude, j’accomplis mes prières à la maison. Mais avec le couvre-feu et la fermeture de nos frontières, les Qaris étrangers n’ont pu venir à Maurice pour diriger la prière du Taraweeh dans les mosquées. J’avais l’habitude de faire du live streaming sur mon profil Facebook », dit-il.

Cela dit, il a profité de ce Ramadan pour faire plus de prière et augmenter ses connaissances islamiques. « J’ai pris plaisir à regarder les différents programmes et les causeries organisés par la Jummah Masjid et diffusés en direct sur la page Facebook. J’ai visionné des Naat Shareef sur YouTube et les causeries de Hazrat Allamah Maulana Shah Ahmad Noorani Siddiqui Qadri Madani », ajoute le jeune homme.

Selon Yaaseen, la plus grande leçon à retenir de ce Ramadan est l’importance de nos mosquées. « C’est maintenant que certains musulmans ont réalisé son importance. Auparavant, lorsqu’il n’y avait aucun problème, beaucoup de musulmans, surtout les jeunes, fréquentaient rarement les mosquées. Ils passaient leur temps dans des activités futiles. Mais l’aspect positif du confinement, c’est que les familles musulmanes ont pu accomplir les prières quotidiennes et ainsi que les Taraweeh en congrégation à la maison. Nous avons eu l’occasion de passer plus de temps en famille que d’habitude  », précise-t-il.

Par ailleurs, le jeune homme confie qu’il va célébrer l’Eid à la maison avec ses parents. « Malheureusement cette fois, on ne pourra pas accueillir des proches chez moi comme nous avons l’habitude de le faire chaque année. Je vais envoyer des messages et utiliser les réseaux sociaux pour souhaiter Eid Mubarak à mes amis et aux proches », dit-il.


Dr Faeza Soobadar : «Je rentre plus tôt à la maison pour l’iftaar»

Dr Faeza Soobadar, pédiatre et néonatologue, a su tirer le meilleur du mois du Ramadan bien qu’elle ait dû assumer son statut de « frontliner ». « Le Ramadan n’était pas difficile. Au contraire, c’était plus facile pour moi, car le volume de travail avait diminué. Cela a été moins stressant. Aussi, c’est l’un des rares Ramadans où j’ai eu l’occasion de rentrer plus tôt à la maison pour l’iftaar. Normalement, la plupart du temps je devais rompre le jeûne au volant lorsque je rentrais du travail », confie-t-elle.

Pendant le Ramadan, Dr Faeza Soobadar dit avoir eu le temps de porter une profonde réflexion sur plusieurs aspects de la vie. « Bien souvent, nous avons l’habitude de passer les derniers weekends du Ramadan dans les centres commerciaux au lieu de profiter de ce temps pour faire plus de prières. Nous réalisons aujourd’hui que nous avons perdu beaucoup de temps sur des choses futiles. Cette fois, avec le confinement, nous avons pu observer le Ramadan comment il faut », soutient la pédiatre.

Selon elle, le jour de l’Eid sera différent cette année et revêtira un caractère particulièrement triste. « D’habitude pour l’Eid, je reste à la maison et reçois des invités chez moi. Cette année, personne ne pourra y faire le déplacement, car la situation l’exige. C’est donc à la maison que je passerai ma journée d’Eid  », conclut-elle.


Saffiyah Edoo : «Ce fut une bonne période de réflexion»

Saffiyah Edoo, PR Executive, estime que cette année le Ramadan a été particulier en raison du confinement. «  Nous nous sommes adaptés pour ce nouveau mode de vie et nous avons adopté le même état d’esprit pour le Ramadan en confinement. Nous avons fait avec les moyens du bord, puisque les produits que nous avons l’habitude de consommer pendant le Ramadan n’étaient pas facilement disponibles. Ce n’est pas pour autant que cette période a été difficile, bien au contraire. Vu que nos activités routinières sont à l’arrêt, nous avons eu beaucoup plus de temps à profiter de cette période en accomplissant ce qui est recommandé pour bénéficier pleinement des bienfaits de ce mois sacré », nous dit-elle.

Saffiyah Edoo partage aussi que ce Ramadan-ci a été le moment opportun pour faire l’éducation islamique de ses enfants. « Les enfants se sont beaucoup amusés à prendre part à la préparation quotidienne de l’iftaar, en décidant ce qu’ils voulaient et ont mis la main à la pâte, littéralement », avance-t-elle. La PR Executive estime que nous sommes conscients, chaque année, des difficultés qu’encourent des familles vulnérables mais que l’empathie fût poussée davantage cette année-ci. « Nous savons, aujourd’hui, par exemple, que n’avons pas besoin du superflu, que nous devons être reconnaissants pour ce que nous avons. Ce fût aussi une bonne période de réflexion concernant les musulmans qui vivent sous des régimes de guerre ou d’oppression, où le Ramadan se passe dans une atmosphère d’incertitude et de peur », ajoute-t-elle.

Saffiyah Edoo soutient que la joie et le contentement seront de mise le jour de l’Eid. « Malgré le fait que nous ne pourrons pas célébrer l’Eid avec la famille élargie, nous nous réjouissions quand même de pouvoir fêter chez nous. La maison est prête, les plans menus et douceurs également. Le Ramadan en confinement a permis un retour à l’essentiel  : la spiritualité approfondie, la bénédiction d’être avec les siens et la fortune de vivre dans un pays paisible », conclut notre interlocutrice.

Nafissah Fakun et Jameela Jaddoo

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