Le député travailliste Ehsan Juman avait déjà engagé les préparatifs du marché nocturne de la rue Desforges, à Port-Louis, allant jusqu’à annoncer sa tenue du 12 décembre 2026 au 4 janvier 2027. Mais le Conseil des ministres, réuni vendredi 30 octobre, est venu refroidir ses ardeurs : aucune décision n’a encore été prise. Le dossier sera désormais examiné par un comité interministériel, en consultation avec les parties concernées.
Le marché nocturne de la rue Desforges tient particulièrement à cœur à Ehsan Juman. Fort du « grand succès de l’année dernière », selon ses propres termes, le député de la circonscription No 3 s’est personnellement investi dans les préparatifs de l’édition 2026.
Des réunions de travail ont été organisées à la municipalité de Port-Louis, notamment avec la Lord-maire Christelle Pondard et des cadres municipaux. Objectif : reconduire l’événement tout en corrigeant les problèmes rencontrés lors de la précédente édition.
Ehsan Juman était même allé jusqu’à annoncer les dates du prochain marché nocturne : du 12 décembre au 4 janvier.
Dans une déclaration à la presse, il affichait son optimisme : « Les préparatifs passent très bien. » Il promettait une édition mieux organisée et mieux structurée, reconnaissant toutefois les nombreuses plaintes formulées par les commerçants.
« Les magasins auront l’occasion d’opérer », assurait-il, laissant entendre que des dispositions seraient prises pour permettre aux établissements permanents de profiter également de l’affluence.
Le Conseil des ministres remet les pendules à l’heure
Mais vendredi 30 octobre, changement de ton. Alors que les préparatifs paraissaient bien engagés, le Conseil des ministres intervient pour rappeler une réalité fondamentale : aucun feu vert gouvernemental n’a encore été donné.
Le point numéro 6 du communiqué officiel est sans ambiguïté : « Aucune décision n’a été prise concernant la tenue de marchés nocturnes pendant la période des fêtes, dans quelque région que ce soit, y compris à la rue Desforges, à Port-Louis. »
Selon nos recoupements, on y a très mal pris « les initiatives démesurées » du député Ehsan Juman qui « s’est substitué au ministre des Collectivités locales et par extension au gouvernement » en prenant les devants eu égard à « un projet public de multiples implications ».
Le Cabinet annonce qu’un comité interministériel, présidé par le ministre des Collectivités locales, examinera la question en consultation avec les parties prenantes. Ses recommandations devront tenir compte de l’expérience de l’année dernière. Ce comité sera présidé par le ministre Ranjiv Woochit et comprend les ministres Shakeel Mohamed, Rajesh Bhagwan, Deven Nagalingum, Reza Uteem, Aadil Ameer Meea et Osman Mahomed.
Ce rappel gouvernemental intervient alors que des commerçants et habitants de la rue Desforges ont officiellement manifesté leur opposition au projet. Dans une lettre adressée au Premier ministre Navin Ramgoolam, le 19 octobre, ils réclament son annulation ou sa délocalisation, invoquant notamment les conséquences économiques et les difficultés rencontrées lors des précédents marchés.
Reste à savoir quelle place leurs revendications occuperont dans les consultations annoncées.
Des commerçants de la rue Desforges réclament annulation ou délocalisation
Des commerçants et habitants de la rue SSR (ex-rue Desforges), à Port-Louis, s’opposent au marché nocturne prévu du 12 décembre 2026 au 6 janvier 2027. Dans une lettre datée du 19 octobre, adressée au Premier ministre Navin Ramgoolam, les 30 signataires réclament son annulation ou sa délocalisation. Ils invoquent des conséquences économiques, des problèmes de sécurité et l’absence de consultation préalable. Leur démarche s’appuie notamment sur les difficultés qu’ils affirment avoir rencontrées lors des précédentes éditions.
1. Les ventes de Noël menacées
« Décembre est la période commerciale la plus importante pour les entreprises établies, et les ventes de Noël sont essentielles à notre survie », affirment les signataires. Ils craignent que les marchands temporaires, proposant des produits similaires, détournent leur clientèle durant cette période cruciale.
2. Le treizième mois des employés en jeu
Les recettes de fin d’année permettent aux commerçants d’honorer leurs obligations : loyers, salaires, taxes et treizième mois. Toute diminution des ventes risque, selon eux, de compromettre ces paiements et d’accentuer leurs difficultés financières.
3. Des places de stationnement accaparées
Les protestataires dénoncent la saturation des espaces de stationnement par les véhicules des marchands et des visiteurs. Ce problème, déjà rencontré lors des précédents marchés nocturnes, découragerait les clients des commerces permanents.
4. Des étals devant les boutiques
Selon les signataires, les installations des vendeurs temporaires obstruent les entrées des magasins, les vitrines et les enseignes commerciales. Ces obstacles réduiraient la visibilité des établissements et compliqueraient l’accès des clients.
5. Intimidations et risques de vols
Les commerçants affirment que certains marchands ambulants auraient adopté, lors des précédentes éditions, des comportements intimidants envers les propriétaires et leurs employés. L’affluence rendrait également la surveillance des établissements plus difficile, augmentant leurs inquiétudes concernant les vols.
6. Hygiène et risques d’incendie
Les signataires évoquent l’insuffisance des toilettes publiques et des installations sanitaires. Ils s’inquiètent également de l’utilisation d’équipements de cuisson au gaz dans la rue, susceptibles, selon eux, de présenter des risques d’incendie pour les commerces et les habitations voisines.
7. Aucune consultation préalable
« Les commerçants établis et les habitants n’ont jamais été consultés au préalable », déplorent les signataires. Ils estiment que leur contribution permanente à l’économie locale devrait être prise en considération avant toute décision concernant l’organisation du marché.
Une intervention du Premier ministre réclamée
« L’organisation de marchés temporaires ne doit pas se faire au détriment des commerces établis », insistent les protestataires. Ils attirent également l’attention du gouvernement sur une décision de la Cour suprême concernant le colportage dans un rayon de 500 mètres du Marché central, sans en préciser les références.
La lettre, accompagnée de nombreuses signatures et également adressée aux autorités municipales et aux parlementaires concernés, réclame l’interdiction du commerce temporaire sur la rue SSR pendant la période du 12 décembre au 6 janvier, ainsi qu’une réponse écrite avant toute décision définitive.
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