À 100 ans, Mariam Bibi Khodabaccus porte en elle un siècle de souvenirs, de sacrifices et de tendresse. Son fils, le Dr Mahmad Aniff Kodabaccus, ancien lord-maire, évoque avec émotion le parcours d’une femme douce et dévouée, dont les valeurs continuent de guider plusieurs générations.
Elle est née le 16 octobre 1926 et a rejoint le cercle des centenaires cette année. Mariam Bibi Khodabaccus, mère du Dr Mahmad Kodabaccus, homme public et politique et ancien lord-maire de Port-Louis, nous partage, avec nostalgie, des souvenirs de sa mère, qu’il nous décrit d’emblée comme « douce et aimante ».
Dadi Mariam est native de la capitale. Elle a vu le jour à la rue Hassen Hussein à Plaine-Verte, où elle a grandi avec ses cinq frères et quatre sœurs. « Ma mère est issue d’une fratrie de dix et aujourd’hui, elle est la dernière de cette fratrie à être parmi nous », nous confie le Dr Mahmad Kodabaccus. En 1944, elle épouse Dawood Khodabaccus, qui était boucher et de cette union naîtront quatre enfants : Haleema, Feroza, Salima et le benjamin de la famille, Mahmad. « À cette époque, on raconte que les mariages étaient d’une autre simplicité… On célébrait dans la sobriété et avec les proches », dit-il.
Et d’ajouter : « J’ai grandi en voyant, dans le couple de mes parents, de l’amour, une entente et surtout, ils nous ont choyés tout au long de leur vie », se remémore notre interlocteur. Il décrit ses parents comme un couple uni et solidaire, qui a affronté ensemble les aléas de la vie.
Une épouse dévouée, une mère aimante
Sa mère était femme au foyer, mais elle a assumé plusieurs rôles. Elle n’a jamais hésité à donner un coup de main à son époux, Bhai Dawood, dans son activité professionnelle, un travail physique exigeant, tout en prenant soin de son foyer avec tendresse et amour. En 1990, un coup dur du destin vient bouleverser leur vie. Bhai Dawood décède à Makkah, alors qu’il s’y trouve pour accomplir le Hadj. Il sera ainsi inhumé dans ce lieu saint de l’Islam.
« Maman a perdu sa moitié, son compagnon de vie après plus d’une quarantaine d’années de vie commune et surtout alors qu’elle était loin de la famille. Cela a été un grand choc pour ma mère… Sur l’instant, elle a été énormément déstabilisée, choquée même… surtout que mes parents allaient partout ensemble », raconte le Dr Mahmad Kodabaccus.
La douleur de la séparation est immense. Mais le fait d’avoir perdu son époux au cours d’un acte pieux, en un lieu saint, apporte un peu de baume au cœur de Dadi Mariam. Au fil du temps, elle panse sa blessure et poursuit son chemin, malgré l’absence ressentie. « Maman a réconforté son cœur en se disant que les chanceux ont la chance de pousser leur dernier soupir à Makkah », nous raconte son fils.
L’éducation, le plus précieux des héritages
Bhai Dawood et Dadi Mariam étaient convaincus d’une chose : l’éducation était le plus beau des héritages qu’ils pouvaient léguer à leurs enfants. Ils encourageront donc leurs quatre enfants à emprunter le chemin de l’école et à donner le meilleur d’eux-mêmes. « Mes sœurs et moi-même avons bénéficié du soutien de nos parents », confie Dr Kodabaccus
Il se tournera ainsi vers la profession médicale, tandis que ses sœurs choisiront une vie plus rangée, consacrée à leurs familles respectives. « Maman s’est assurée que nous nous éduquions et cultivions, mais elle s’est également assurée que ses petits-enfants connaissent la valeur de l’éducation. Aujourd’hui, la majorité d’entre eux étudient à l’étranger et comptent retourner en professionnels pour aider leur pays », dit-il en soulignant que sa mère a toujours insisté sur la discipline dans la vie, sans pour autant se montrer stricte.
Une mère attentive, même dans les coulisses de la politique
Le Dr Mahmad Kodabaccus a connu une vie politique active. Sa mère partageait-elle sa passion ? « Mama ti pe swiv la politik aktivman », répond-il dans un rire.
Il nous confie, autant qu’il s’en souvient, que les membres de sa famille ont toujours été attachés au PMSD depuis les années 1967. Son grand-père paternel entretenait également de bonnes relations avec la famille Duval. Pourtant, le Dr Mahmad Kodabaccus nous révèle qu’à certains moments, sa mère s’inquiétait pour lui, notamment pendant les élections ou lorsqu’il participait à des meetings. « Li pa dormi, tan ki mo pa rant lakaz… me linn touzour respekte mo bann swa », dit-il avec reconnaissance.
Les saveurs d’une enfance et les petits bonheurs du quotidien
Aujourd’hui, le Dr Mahmad Kodabaccus se souvient avec douceur de sa mère, de celle qui faisait mijoter de délicieux petits plats et aimait surtout les partager avec sa famille. Dadi Mariam a un faible pour la daube de cabri ou un bon curry de poisson aux bringelles. « J’aime aussi les mêmes plats que ma mère préfère… C’était exceptionnel, ce plat de daube ; je me souviens du goût, de l’apparence et de ce parfum généreux quand elle le préparait », dit-il avec un brin de nostalgie.
Dadi Mariam a longtemps nourri une passion pour la couture et les plantes, partageant son temps entre ces deux passe-temps. Aujourd’hui, avec l’âge, elle s’adonne plus rarement à ses passions. Pieuse, elle a toujours privilégié ses prières quotidiennes et la lecture du Saint Quran. Ce sont aussi ces valeurs qu’elle a transmises aux siens. « Maman nous a toujours dit de nous assurer de faire nos salâts quotidiennes et surtout de cultiver la gratitude et la reconnaissance pour ce que nous avons, comme nous le recommande l’Islam », conclut-il.
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