Dans le cadre des célébrations nationales marquant l’arrivée des travailleurs engagés indiens à Maurice, un hommage solennel sera rendu cette année au Dr Idrice Ameer Goumany, médecin mauricien dont le sacrifice et l’acte de patriotisme exemplaire demeurent malheureusement encore trop méconnus du grand public.
La cérémonie officielle de dépôt de gerbes sur sa tombe est prévue le 31 octobre 2026, à Pointe-aux-Canonniers, dans l’enceinte de l’actuel Club Med, où repose sa dépouille. Chaque année, le 2 novembre, l’AapravasiGhat Trust Fund et les institutions partenaires commémorent l’arrivée à Maurice des travailleurs engagés venus principalement de l’Inde. Depuis une dizaine d’années, l’Islamic Cultural Centre (ICC), en collaboration avec le ministère des Arts et de la Culture, contribue à cette commémoration en perpétuant le souvenir du Dr Goumany, dont le destin est intimement lié à celui des premiers travailleurs engagés débarqués à Port-Louis.
En 1889, l’île Maurice fut frappée par une terrible épidémie de variole. La maladie provoqua la peur et la consternation au sein de la population. Afin de contenir la propagation de l’épidémie, les autorités coloniales avaient établi une station de quarantaine à Pointe-aux-Canonniers pour y isoler les personnes contaminées, notamment des travailleurs engagés fraîchement débarqués au port de Port-Louis et transportés par bateau vers le lazaret.
À cette époque, aucun médecin ne souhaitait prendre la responsabilité de cette station, conscient des risques considérables auxquels il serait exposé. C’est alors qu’un jeune médecin de seulement 29 ans, le Dr Idrice Ameer Goumany, diplômé en médecine en Écosse en 1886 et comptant parmi les premiers Asiatiques de Maurice à avoir obtenu un tel diplôme, se porta volontaire.
En mai 1887, pleinement conscient du danger, il quitta ses parents âgés, ses frères et sœurs pour rejoindre le lazaret de Pointe-aux-Canonniers. Il consacra corps et âme ses dernières semaines à soigner les malades et à sauver autant de vies que possible. Nombreux furent ceux qui succombèrent à la variole, mais nombreux furent également ceux qui survécurent grâce à son dévouement.
Le 28 juillet 1889, le Dr Goumany succomba lui-même à la maladie qu’il combattait. Il fut enterré modestement dans l’enceinte du lazaret par ceux-là mêmes dont il avait tenté de sauver la vie.
Reconnaissance
Les autorités coloniales avaient alors promis de perpétuer sa mémoire, notamment par l’édification d’un mausolée. Ces promesses ne furent toutefois jamais concrétisées. En 1966, l’écrivain Isshack Hasgarally consacra une pièce de théâtre à la vie tragique du médecin, contribuant momentanément à raviver l’intérêt du public pour son histoire.
Des décennies plus tard, dans le cadre d’une démarche visant à rendre justice à cette mémoire oubliée, Assad Bhuglah publia l’ouvrage Dr Idrice Goumany: The Forgotten Hero of Mauritius. Cette initiative contribua à relancer les efforts pour faire reconnaître le sacrifice du jeune médecin.
À la suite de ces démarches, les autorités ont accepté l’organisation annuelle d’une cérémonie de dépôt de gerbes sur sa tombe, désormais située dans l’enceinte du Club Med de Pointe-aux-Canonniers, dans le cadre des célébrations officielles du 2 novembre. L’ouvrage d’Assad Bhuglah inspira par la suite le réalisateur Ajmal Bhoyroo à produire, en 2023, le film « Dr Idrice Goumany – A Man among Men », qui retrace la vie, le courage et le sacrifice de ce médecin hors du commun et contribue à faire connaître son histoire auprès d’un public plus large.
Dans cette perspective, des responsables et membres de l’Islamic Cultural Centre (ICC) ont récemment tenu une séance de travail avec la direction du Club Med afin de préparer l’événement officiel du 31 octobre 2026. Par ailleurs, le Conseil municipal de Port-Louis envisage également l’érection d’un monument dans la capitale en mémoire du Dr Idrice Goumany.
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