Fareedah et Farook Furreed : «Les plus beaux Eid, c’était quand nos enfants étaient petits»
L’Eid est une fête qui résonne différemment dans chaque foyer, mais chez Beebee Fareedah Furreed, 75 ans, et son époux Ahmad Farook Furreed, 84 ans, elle porte l’empreinte d’une vie entière bâtie sur l’amour, la foi et la famille.
Mariés depuis 60 ans, ils ont vu défiler les époques, les saisons et surtout les générations. De leur union sont nés quatre enfants, aujourd’hui adultes, eux-mêmes parents de six petits-enfants. Une grande famille qui reste, malgré les années, profondément unie autour de valeurs simples : le respect, le partage et la foi en Allah.
Mais lorsqu’ils évoquent l’Eid, leurs regards s’illuminent d’une douce nostalgie. « Les plus beaux Eid, c’était quand nos enfants étaient petits », confie Beebee Fareedah avec un sourire chargé d’émotion. À cette époque, la maison était remplie de rires, d’excitation et de vie. Les préparatifs commençaient tôt, les enfants impatients de porter leurs nouveaux vêtements, et l’atmosphère vibrait d’une joie pure et sincère.
Ahmad Farook se souvient de ces moments où toute la famille se retrouvait sous un même toit. « Il y avait cette unité… On mangeait ensemble, on partageait tout. C’était simple, mais tellement précieux », raconte-t-il. Après les repas, les visites chez les proches faisaient partie du rituel. Chaque année, ils rendaient visite aux parents, renforçant les liens familiaux et perpétuant une tradition essentielle de l’Eid.
Avec le temps, les enfants ont grandi, les chemins de vie se sont dessinés, et la famille s’est agrandie. « Chaque Eid est différent », reconnaît Beebee Fareedah. « Les enfants ont leurs responsabilités maintenant, mais l’amour est toujours là. » Aujourd’hui, ce sont les petits-enfants qui apportent une nouvelle énergie à la fête, recréant, à leur manière, cette ambiance d’autrefois.
Malgré les changements, une chose demeure intacte : la ferveur et la foi. « Chaque année, nous célébrons avec la même foi en Allah », souligne Ahmad Farook. Pour le couple, l’Eid n’est pas seulement une tradition, mais un moment spirituel fort, une occasion de se rapprocher de l’essentiel et de remercier pour les bénédictions reçues.
Umarfarooq Omarjee : «L’Eid après mon premier Roza»
Pour Umarfarooq Omarjee, le souvenir de son meilleur Eid remonte à très longtemps. Il se souvient avec précision de ce moment unique, lorsqu’il a jeûné pour la première fois. Tout juste âgé d’une douzaine d’années, il avait décidé de relever ce défi avec sérieux et enthousiasme, guidé par l’exemple de sa famille et le désir de vivre pleinement l’expérience de Ramadan. Ce premier Roza fut une aventure intérieure : la faim et la soif semblaient immenses, mais la fierté de tenir jusqu’au coucher du soleil surpassait toutes les difficultés.
Le jour tant attendu de l’Eid arriva enfin. La maison familiale de ses grands-parents, habituellement calme le matin, se transforma en un lieu de rires, de retrouvailles et de parfums alléchants provenant des plats traditionnels. Pour Umarfarooq, cette fête de l’Eid avait une saveur particulière, marquée par la joie de partager avec sa famille l’aboutissement de son premier mois de jeûne. Les prières collectives à la mosquée, et les sourires de la famille avaient imprimé dans sa mémoire un sentiment profond d’appartenance et de gratitude.
Depuis ce premier Eid, chaque célébration a pris pour Umarfarooq une signification particulière. L Eid n’est pas seulement une fête, c’est un rappel annuel des valeurs qu’il chérit : la patience, la discipline, la famille et la solidarité. Chaque année, il retrouve cette émotion intacte, comme si le temps n’avait pas d’emprise sur les souvenirs d’enfance. Même adulte, le rituel conserve cette intensité : la préparation des mets traditionnels, les échanges de cadeaux, les prières et les retrouvailles familiales restent autant de moments précieux qui renforcent ses liens avec ses proches.
Pour Umarfarooq Omarjee, Eid est donc bien plus qu’une date du calendrier. C’est un symbole de persévérance et de joie, un moment pour se souvenir de ses racines et pour partager le bonheur avec ceux qu’il aime. Chaque Eid devient ainsi un miroir de son parcours personnel, rappelant à la fois le premier Roza accompli avec fierté et l’importance de célébrer ces instants en famille. Et chaque année, lorsqu’il revit ces traditions, il ressent la même émotion que ce matin d’enfance, renforçant encore l’éclat et la puissance de cette fête dans sa vie.
Yousouf Fakeerah : «Ce n’était pas seulement le repas, c’était le fait d’être ensemble»
Pour Yousouf Fakeerah, certains jours laissent une empreinte indélébile. Parmi eux, un Eid en particulier reste gravé dans sa mémoire comme une journée à la fois joyeuse et profondément significative, où chaque instant semblait porter un sens.
Dès l’aube, l’émotion était palpable. Il se lève tôt, enfile ses plus beaux vêtements, porté par une excitation sincère et presque enfantine. Direction la prière de l’Eid. Là, au milieu des fidèles rassemblés, l’atmosphère est saisissante : des sourires échangés, des salutations chaleureuses, et surtout ce sentiment d’unité et de paix qui transcende les différences. « C’est un moment où l’on se sent vraiment connecté aux autres », confie-t-il.
Mais après cette communion collective vient un instant plus intime, presque suspendu dans le temps. Yousouf se rend au Qabarastan. Face aux tombes, le tumulte laisse place au recueillement. Il fait des douas, se remémore ceux qui ne sont plus là. L’émotion est douce, profonde. « Cela m’a rappelé l’importance de la gratitude », explique-t-il, évoquant ce besoin de chérir les vivants tout en honorant la mémoire des disparus.
De retour chez lui, l’ambiance change de tonalité. La maison s’anime, les rires fusent, les embrassades s’enchaînent. L’Eid reprend ses couleurs festives. Au cœur de cette célébration, un moment rassembleur : le repas familial. Le briani, préparé avec soin, devient le symbole de ce partage. Autour de la table, les conversations s’entrelacent, les éclats de rire résonnent. « Ce n’était pas seulement le repas, c’était le fait d’être ensemble », souligne-t-il avec simplicité.
La journée se poursuit au rythme des visites chez les proches. Chaque porte franchie est une nouvelle vague de chaleur humaine, de sourires sincères et d’échanges bienveillants. L’Eid se vit pleinement, dans cette circulation d’affection et de générosité.
À la tombée de la nuit, un sentiment de paix profonde l’envahit. Comme si la journée avait su trouver un équilibre parfait entre spiritualité et joie, entre mémoire et célébration. « Tout avait du sens », résume-t-il.
C’est précisément cela qui rend cet Eid inoubliable pour Yousouf Fakeerah. Bien au-delà des festivités, il incarne une journée de gratitude, de souvenirs et de liens renforcés. Un moment suspendu, où l’essentiel reprend toute sa place.
Maqsood Maharaullee : «Souvenir de l’Eid en compagnie de mon grand-père»
Quand je pense à l’Eid, un souvenir me revient toujours avec beaucoup d’émotion. J’avais environ dix ans et mes grands-parents étaient encore en vie. Mon grand-père, M. Amdoo Maharaullee, possédait un magasin de meubles situé à la rue Souillac. Chaque année, à l’occasion de l’Eid, cet endroit se transformait en un lieu de fête et de partage.
Je me souviens encore de l’atmosphère qui régnait ce jour-là. Dès le matin, le magasin était animé par les préparatifs. Des tables étaient installées, la nourriture était préparée en grande quantité et les gens commençaient à arriver, les uns après les autres. Mon grand-père organisait un grand déjeuner de l’Eid auquel plus de mille personnes étaient invitées.
Ce qui me marquait le plus, c’était la relation qu’il entretenait avec les gens. Il connaissait presque tous ses invités. Beaucoup étaient des voisins, des clients ou des amis de longue date. On avait vraiment l’impression que toute la région formait une grande famille. Les rires, les salutations chaleureuses et les discussions remplissaient le magasin d’une énergie unique.
Pour nous, les enfants, il y avait aussi un moment très attendu. Mon grand-père rassemblait ses petits-enfants et nous offrait à chacun un cadeau de l’Eid. Je me rappelle encore qu’il nous donnait deux billets de 1000 roupies. À cette époque, cette somme représentait presque le salaire de base d’une personne. Pour nous, c’était une véritable fortune.
Nous gardions précieusement cet argent. Au lieu de tout dépenser, nous essayions de l’économiser pour qu’il nous accompagne tout au long de l’année, jusqu’au prochain Eid. Ce geste de générosité, accompagné de son sourire et de sa bienveillance, reste gravé dans ma mémoire.
Aujourd’hui encore, en repensant à ces moments, je comprends que ce qui rendait cet Eid si spécial n’était pas seulement la fête ou les cadeaux. C’était surtout l’esprit de générosité, de communauté et d’amour que mon grand-père savait créer autour de lui. Et pour moi, cela reste le plus beau souvenir d’Eid.
Ziyaad Hosenie : «2015, mon premier Eid avec mon épouse»
Pour Ziyaad Hosenie, parmi toutes les fêtes qu’il a célébrées au fil des années, un Eid-ul-Fitr reste gravé dans son cœur avec une intensité particulière : celui de 2015. Cette année-là marque un tournant dans sa vie personnelle, puisqu’il venait tout juste d’épouser Houmayrah le 14 mars 2015. Quelques semaines après leur mariage, le jeune couple vivait ensemble son tout premier mois de Ramadan, une expérience qu’ils décrivent encore aujourd’hui comme l’une des plus belles étapes de leur vie.
Pour eux, ce Ramadan-là avait une saveur différente. Pour la première fois, ils partageaient le quotidien du jeûne, les moments de prière et la préparation de l’iftar dans leur propre foyer. « C’était quelque chose de très spécial. Nous apprenions à construire notre vie ensemble », confie Ziyaad. Chaque soir, ils se retrouvaient dans la cuisine pour préparer le repas de rupture du jeûne, un moment simple mais rempli de complicité et de bonheur.
Au fil des jours, ce mois sacré est devenu un temps de rapprochement et de découverte mutuelle. Le couple prenait plaisir à organiser l’iftar, à accueillir parfois des proches et à partager ces instants empreints de spiritualité et de sérénité.
Puis est arrivé le jour tant attendu de l’Eid. Pour Ziyaad et Houmayrah, cette fête marquait non seulement la fin de Ramadan, mais aussi leur première célébration en tant que mari et femme. Ce jour-là, ils ont choisi de perpétuer une tradition chère aux Mauriciens : rendre visite à la famille, aux proches et même aux voisins pour partager la joie de la fête.
« C’était notre premier Eid en tant que couple. Nous avons passé la journée à aller de maison en maison pour saluer nos proches. L’accueil était chaleureux partout », se souvient-il. Entre les éclats de rire, les repas partagés et les bénédictions échangées, cette journée est devenue un souvenir précieux.
Les années ont passé et la famille s’est agrandie avec l’arrivée de leurs deux filles, aujourd’hui âgées de 10 et 9 ans. Depuis, l’Eid a pris une dimension encore plus joyeuse dans leur foyer. Les préparatifs sont plus animés, les rires des enfants remplissent la maison et la fête devient une occasion de transmettre les traditions familiales.
Mais malgré ces nouvelles joies, Ziyaad garde toujours une place particulière dans son cœur pour cet Eid de 2015. Car, c’est ce jour-là qu’il a vécu, pour la première fois, la fête dans toute sa simplicité et sa beauté : celle d’un nouveau départ à deux, rempli d’espoir et d’amour.
Noorinah Dhoomun : «Eid c’est la famille, le partage et l’amour»
À Forest Side, l’Eid prend des allures de fête du cœur chez Noorinah Dhoomun. Entre traditions familiales et moments de partage, cette mère de trois enfants perpétue avec émotion un héritage transmis de génération en génération.
Dès les premières heures de la journée, la maison s’anime autour des préparatifs. Au centre de cette effervescence, sa mère, Rehana Dhoomun, s’affaire à la cuisine pour préparer le briani, plat emblématique de l’Eid. « Ma maman cuisine avec le cœur. Le briani, ce n’est pas juste un plat, c’est un symbole d’amour et de réunion », confie Noorinah.
Mais pour elle, l’Eid va bien au-delà du repas. C’est une tradition de partage qu’elle chérit depuis l’enfance. « Depuis toute petite, je prépare et je vais distribuer des vermicelles aux proches, à la famille et aux voisins. C’est une joie immense », explique-t-elle. Dans ces gestes simples se dessine toute la beauté de la fête : créer du lien, apporter du bonheur et renforcer les valeurs de solidarité.
Aujourd’hui mère de trois enfants – Inayah, 15 ans, Zuhrah, 9 ans, et la petite Amaiirah, 5 ans – Noorinah veille à transmettre ces mêmes valeurs. L’Eid devient ainsi un moment d’apprentissage, où les enfants découvrent l’importance du partage, du respect et de la générosité.
Malgré ses responsabilités, elle s’accorde chaque année trois heures de congé pour vivre pleinement cette journée si spéciale. « C’est la joie, le contentement. L’Eid, pour moi, c’est la famille, le partage et l’amour », conclut-elle avec un sourire.
Arshad Joomun : «L’essence de l’Eid réside dans la foi et la gratitude»
Pour Arshad Joomun, directeur de l’ONG M-Kids, l’Eid a toujours occupé une place particulière dans sa vie. Il évoque avec émotion les préparatifs qui marquent traditionnellement cette période : « Depuis mon enfance, les préparatifs commencent la veille. La maison est nettoyée, les vêtements de l’Eid sont prêts et l’on ressent une grande excitation dans l’air. »
Le jour même, la tradition est respectée avec ferveur : « Le matin de Eid, nous nous rendons à la mosquée pour la prière, puis nous rendons visite à la famille et aux amis pour partager un repas et échanger des vœux de ‘Eid Mubarak’. »
Parmi ses souvenirs les plus marquants figure toutefois une célébration bien particulière, survenue durant la pandémie de Covid-19. En période de confinement, les habitudes ont été bouleversées. « Cette année-là, tout était différent. Les mosquées étaient fermées et les rassemblements familiaux n’étaient pas permis », confie-t-il. Pour la première fois, la prière de l’Eid a été accomplie à domicile, en famille. Malgré une ambiance plus sobre, ce moment a été empreint de spiritualité. « Nous avons pris le temps de réfléchir aux bénédictions d’Allah, notamment la santé, la patience et la solidarité entre les gens », souligne-t-il. Les échanges avec les proches se sont alors faits autrement : « Nous avons aussi appelé nos proches par téléphone et par vidéo pour leur souhaiter Eid Mubarak. » Une expérience qui lui a laissé une leçon durable : « Ce Eid nous a appris que l’essence de la fête ne dépend pas seulement des rassemblements, mais surtout de la foi et de la gratitude. »
Un autre moment fort de son parcours reste lié à son engagement au sein de M-Kids Organisation. Il se souvient du lancement interne de M-Kids Haven of Hope, un sanctuaire destiné à accueillir et protéger les enfants et les femmes victimes de violence domestique, organisé symboliquement le jour de l’Eid. « Ce choix était très significatif », explique-t-il. Pour lui, voir naître un projet d’une telle portée en ce jour symbolique reste un souvenir profondément marquant. « Cela m’a rappelé que la véritable signification de cette fête est de continuer à faire le bien et à servir la communauté chaque jour de notre vie. »
Yaseen Nosimohomed : «L’Eid est synonyme de générosité»
Pour Yaseen Nosimohomed, chaque année, le mois de Ramadan s’impose comme une parenthèse spirituelle intense, où patience, discipline et gratitude prennent tout leur sens. « Cla a été un moment pour purifier son cœur, renforcer sa foi et se recentrer sur l’essentiel », confie-t-il avec sincérité.
Au-delà de l’abstinence, Yaseen a accordé une importance particulière aux prières, à la réflexion personnelle et aux gestes de solidarité. Dans son foyer, chaque année, Ramadan se vit comme une expérience collective, portée par des valeurs de partage et d’unité. Saadheea, son épouse, en est l’un des piliers. Entre ses études en cours, son travail et la gestion du quotidien, elle veille avec dévouement à la préparation du sehri et de l’iftar, sans jamais négliger leur fils Izyaan, âgé de trois ans.
« Elle fait énormément, avec beaucoup d’amour. Malgré son emploi du temps chargé, elle a toujours trouvé le moyen de maintenir l’esprit de Ramadan à la maison », souligne Yaseen. Ensemble, le couple s’efforce de préserver des moments de prière et de connexion spirituelle, renforçant ainsi les liens qui les unissent.
Lorsqu’arrive l’Eid ul-Fitr, l’émotion laisse place à une joie empreinte de reconnaissance. Pour Yaseen, cette fête marque l’aboutissement d’un mois de dévotion. Mais au-delà des réjouissances, certains instants restent profondément marquants, notamment la visite au cimetière en compagnie de son père.
Dans la tradition familiale, gâteaux et douceurs sont préparés et partagés avec voisins, amis et proches. Une manière simple mais sincère de répandre la joie. « L’Eid est aussi synonyme de générosité », dit-il. La journée se poursuit autour d’un repas convivial, où le briani, plat emblématique, occupe une place de choix.
Mais pour Yaseen, l’essentiel reste ailleurs. « L’Eid nous rappelle que les valeurs de Ramadan — le pardon, le partage, la foi — doivent nous accompagner toute l’année. » Plus qu’une célébration, c’est une continuité, une invitation à vivre avec davantage de sens et d’humanité.
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