La police a procédé à l’arrestation de Naseer Dobir, 30 ans, soupçonné d’avoir escroqué plusieurs aspirants pèlerins en se faisant passer pour un organisateur d’Umrah. L’homme opérait à travers un faux compte Facebook appelé « AL Muazza Travel Tour Mauritius », encaissant des paiements sans engager la moindre démarche.
Ce qui devait être l’aboutissement d’une vie de foi et de sacrifices s’est transformé en une profonde blessure morale et spirituelle. Pour Rehana, mère de famille, et son époux, l’Umrah n’était pas un simple voyage. C’était un rendez-vous avec Dieu, longuement attendu, patiemment préparé, intérieurement vécu bien avant le départ. Un rêve aujourd’hui brisé par une arnaque présumée, aussi cruelle qu’incompréhensible.
Le couple avait prévu d’effectuer le petit pèlerinage en Arabie saoudite au début du mois de février. Comme tant d’autres aspirants pèlerins, ils avaient placé leur confiance dans un organisateur contacté via Facebook, croyant faire affaire avec une structure sérieuse et digne de confiance. L’Umrah représentait pour eux un moment de recueillement intense, un passage essentiel dans leur parcours de croyants.
Rs 100 000 versés, aucun voyage organisé
Selon les faits rapportés à la police, l’organisateur présumé aurait encaissé Rs 100 000 comme paiement partiel pour deux places, sans jamais entamer la moindre démarche. Lundi 19 janvier, après une plainte déposée à la police de Pamplemousses, un dénommé Naseer Dobir – un habitant de Pailles âgé de 30 ans – a été arrêté par les hommes de l’inspecteur Seeparsand, de la CID de Pamplemousses.
Il est soupçonné d’avoir arnaqué plusieurs aspirants pèlerins à travers un faux compte Facebook intitulé « AL Muazza Travel Tour Mauritius ». Le suspect aurait reconnu avoir créé ce compte pour attirer ses victimes. Une complice présumée, qui aurait bénéficié d’une partie des fonds détournés — un montant dépassant les Rs 100 000 — est également recherchée par la police.
Pour Rehana, le choc est immense. « Zamé mo ti krwar dimoun kapav fer malonet lor Umrah… mo senti mwa bien mal. Mo krwar pa pou ressi ale Umrah la », confie-t-elle, la voix lourde, le regard marqué par la déception. Ce voyage devait être l’un des moments les plus forts de sa vie, partagé avec son époux, dans la foi et l’humilité.
Une préparation matérielle… et spirituelle
Nazma, une proche, raconte avec émotion les semaines de préparation. « Nou ti fini prepare tou kitsoz pou aler koumansman février. Tou ti pre », dit-elle.
La famille ne s’était pas contentée de préparer les valises. La préparation était aussi spirituelle. « Nou ti fini prepare linz Umrah, nou ti pe fer bann lesson, nou ti pe apran dan bann livret pou prepare nou leker ek nou lespri », explique-t-elle.
L’Umrah se vivait déjà, bien avant le départ.
Des contacts de plus en plus flous
Les Rs 100 000 ont été remis en deux temps, par transfert électronique et bancaire, au mois de décembre 2023. « Nou ti done li Rs 100 000 pou nou fer Umrah », précise Nazma. Le solde devait être réglé au début de l’année 2026.
Mais très vite, les échanges deviennent compliqués. « Pa finn ressi gagne kontak direk ar li. Tou letan se so secrétaire ki ti pe apel nou », affirme-t-elle. Des rendez-vous sont fixés, puis annulés, sans explication claire.
Un rendez-vous fantôme à Pailles
Un soir de vendredi, après Esha, un ultime rendez-vous est proposé. « Li dir nou vinn Pailles pou zwenn li », se souvient Nazma. La famille s’y rend, pleine d’espoir. Mais sur place, le choc est brutal : le local est fermé, désert. « Nou krwar krwar krwar… me pena nanye », murmure-t-elle.
Après plusieurs appels insistants, le suspect évoque un empêchement de dernière minute. « Li dir ena ene client, li bizin ale airport desuite. »
Les jours passent. Les appels restent sans réponse. « Kan telefone, li pa repone. Ena ene madam ki repone dir li tou letan bloké », raconte Nazma.
La confirmation de leurs craintes viendra à travers la presse. « Mo trouv dan Star… bann dimounn ti alle Umrah, pena lotel, ti bizin res dehor. Bann lezot Morisien inn ed zot », dit-elle, encore bouleversée.
Face à l’évidence, Nazma décide d’agir. Elle se rend à la police de Pamplemousses avec sa fille. « Mo tifi inn fer deposition. Mo finn donn tou linformasyon pou lenket », précise-t-elle.
Les autorités l’informent toutefois que les chances de récupérer l’argent restent faibles mais la police de Pamplemousses poursuit ses investigations pour retracer les fonds et identifier d’éventuels complices.
Des années de sacrifices réduites à néant
Aujourd’hui, la douleur est toujours là. Mais au-delà de la perte financière, c’est une blessure morale et spirituelle que la famille tente de surmonter.
« Ena lezot dimounn ankor ki linn fer sa. Nou pa krwar dimounn kapav fer ene zafer escroc dan ene kitsoz osi sacré », déplore Rehana.
Pour son mari et elle, cette Umrah devait être l’aboutissement d’années de travail et de privations. « Mwa mo travay, mo kwi manzer pou dimounn. Mo fer briani, kari. Mo bolom li retrété. Nu ti krwar nou pe ekonomiser, sou par sou, pou ressi ale fer Umrah premye fwa dan nou lavi », dit-elle, la voix brisée.
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