Thursday , 21 May 2026

Obligations professionnelles et engagement spirituel : une organisation rigoureuse plus que nécessaire

Le mois de Ramadan occupe une place centrale dans la vie des musulmans, marquant une période de jeûne, de prière et de réflexion spirituelle. Toutefois, cette observance religieuse soulève des défis particuliers pour les professionnels en activité, qui doivent conjuguer exigences du travail et respect des pratiques religieuses.

Adeel et Mariyah, un couple de médecins : Ramadan sous le signe du dévouement et de l’organisation
Le Dr Adeel Auckloo, chirurgien spécialisé en laparoscopie, et son épouse, Dr Mariyah Goolamnobee-Auckloo, obstétricienne et gynécologue, s’apprêtent à vivre un mois de Ramadan particulier cette année. Après plus de quinze années passées à l’étranger, ils auront enfin l’opportunité de partager cette période de jeûne et de spiritualité sur leur terre natale, entourés de leurs proches.

S’ils se réjouissent de cette perspective, ils n’en demeurent pas moins conscients des défis que représente la conciliation entre leurs responsabilités professionnelles et leur engagement religieux. Tous deux exerçant des professions où les horaires sont imprévisibles et la charge de travail intense, ils avancent que la clé d’un Ramadan serein repose sur une organisation rigoureuse et un esprit d’équipe. « Il ne faut surtout pas attendre le dernier moment. C’est une question de planification et d’anticipation », explique le Dr Mariyah Goolamnobee-Auckloo.

Consciente des exigences de son métier, elle veille à préparer chaque détail en amont afin de mieux gérer le mois sacré. « Depuis deux semaines déjà, nous avons commencé la confection des gâteaux traditionnels, qui ravissent aussi bien les enfants que les adultes. Dans cette préparation au quotidien, l’aide de mon époux est précieuse et indispensable », confie-t-elle avec gratitude. Au sein du couple, les tâches sont soigneusement réparties afin de permettre à chacun de concilier ses obligations professionnelles et familiales. Malgré un emploi du temps chargé, ils s’efforceront de préserver des moments de partage et de convivialité, notamment lors du sehri et de l’iftar.

Un emploi du temps exigeant et imprévisible

Le mois de Ramadan ne modifie pas fondamentalement le rythme de travail du couple, mais impose une gestion plus minutieuse de l’emploi du temps. « Nous continuons à gérer nos rendez-vous et nos consultations comme à l’accoutumée, tout en essayant d’optimiser notre organisation pour mieux profiter de ce mois béni. Toutefois, nous ne pouvons pas anticiper les urgences », explique le Dr Adeel Auckloo.

Le chirurgien insiste sur le fait que, dans leur domaine, la priorité absolue demeure le bien-être des patients. « Lorsque nous sommes confrontés à des cas de traumatismes, de blessures graves ou d’interventions vitales, nous devons faire preuve de patience et de résilience. Dans ces moments-là, sauver une vie devient notre seul objectif. Et d’un point de vue spirituel, c’est aussi une action bienveillante et méritoire », souligne-t-il.

Le Dr Mariyah Goolamnobee-Auckloo se remémore particulièrement d’un épisode marquant survenu lors d’un Ramadan alors qu’elle était à l’étranger. Alors qu’elle assistait une patiente en salle d’accouchement, des complications ont surgi après la naissance. « Il a fallu pratiquer en urgence une hystérectomie pour stopper une hémorragie et sauver la vie de la patiente. L’intervention a duré plusieurs heures et, absorbés par l’urgence de la situation, mon équipe et moi avons complètement oublié que nous devions rompre notre jeûne », raconte-t-elle.

Ce n’est qu’à la fin de l’opération, en consultant l’horloge, qu’ils se sont aperçus qu’il était déjà neuf ou dix heures du soir. « C’est à ce moment-là seulement que nous avons enfin pu prendre notre iftar », se souvient-elle avec émotion.

Foi, travail et vie familiale

Bien que leur profession les soumette à des contraintes considérables, ce couple de médecins, installé à Beau-Bassin, s’efforce de préserver un équilibre entre leurs obligations religieuses et leur engagement médical. « La planification nous aide énormément au quotidien, en particulier durant Ramadan, mais nous devons toujours nous adapter aux imprévus, notamment en salle d’accouchement où une naissance peut survenir à tout moment », explique le Dr Mariyah Goolamnobee-Auckloo.

Conscients de l’importance de ces moments de recueillement et de partage, ils privilégient la qualité des instants passés en famille. « Nous trouvons toujours le temps d’accomplir ce qui nous est ordonné et nous veillons à ce que, dans la mesure du possible, chaque aspect de notre vie – qu’il soit spirituel, professionnel ou familial – soit vécu avec sincérité et engagement », conclut le couple.

Jeûner pendant la grossesse

Le Dr Mariyah Goolamnobee-Auckloo, obstétricienne et gynécologue, partage quelques recommandations essentielles pour les femmes enceintes souhaitant observer le jeûne pendant le mois de Ramadan.

1. Consulter son médecin avant de commencer le jeûne
Avant d’entamer le jeûne durant la grossesse, il est impératif de consulter son médecin traitant. Cette démarche permet d’évaluer les risques potentiels en fonction de l’état de santé de la mère et du développement du bébé. Chaque grossesse étant unique, un suivi médical personnalisé est essentiel pour garantir la sécurité de la mère et de l’enfant.

2. Échanger avec d’autres femmes ayant jeûné pendant leur grossesse
Il peut être bénéfique de recueillir les témoignages et conseils de femmes ayant déjà observé le jeûne durant leur grossesse. Toutefois, chaque expérience étant différente, il est recommandé de combiner ces retours avec un suivi médical rigoureux. N’hésitez pas à solliciter votre médecin pour ajuster la fréquence de vos consultations prénatales, afin de surveiller de près votre santé et celle de votre bébé pendant cette période particulière.

3. Surveiller attentivement les signes et symptômes
Si une femme enceinte décide de jeûner, elle doit être particulièrement attentive aux signaux que lui envoie son corps. Tout symptôme inhabituel – fatigue excessive, vertiges, déshydratation, contractions prématurées – doit être pris au sérieux. Il est essentiel de s’hydrater correctement lors du sehri afin de prévenir la déshydratation, qui peut avoir des conséquences graves sur la grossesse.

Zahrah Juman, avouée : «Je m’adapte au rythme du jeûne»

Récemment assermentée en tant qu’avouée, Zahrah Juman considère le mois de Ramadan comme un temps de piété et d’élévation spirituelle. «  C’est un mois où l’on garde à l’esprit que notre Seigneur a affirmé que le jeûne Lui est exclusivement destiné et qu’Il nous en récompensera en conséquence. Une douceur et une sérénité envahissent nos cœurs à l’approche de Ramadan, et quelles que soient nos préoccupations, nous savons que nous pouvons nous tourner vers notre tapis de prière et y déposer tous nos fardeaux », dit-elle.

Pour elle, le mois de Ramadan est également la période de l’année où, dès son arrivée, elle ressent une paix intérieure profonde. « Sans doute est-ce pour cette raison qu’on le qualifie de mois béni, car aucun autre moment de l’année ne procure une telle sérénité. Bien que le jeûne puisse sembler ardu, il devient paradoxalement plus aisé à supporter, quelle que soit la rigueur du climat ou la longueur des journées de jeûne », confie notre interlocutrice.

Concilier carrière et spiritualité

Exerçant actuellement en tant qu’associée au sein du cabinet Appleby, Zahrah Juman explique qu’il ne lui est pas particulièrement difficile d’harmoniser ses obligations professionnelles et religieuses, que ce soit en temps normal ou durant Ramadan. « Je prie habituellement le Zohr sur mon lieu de travail et l’Asr dès mon retour à la maison. Quant aux Taraweeh, bien qu’elles puissent être éprouvantes après une longue journée, je les considère comme une bénédiction. Ramadan ne revient qu’une fois par an, il est donc primordial pour moi d’en tirer pleinement profit », souligne-t-elle.

Lorsqu’on l’interroge sur les stratégies qu’elle met en place pour surmonter la fatigue et maintenir sa concentration tout au long de la journée, Zahrah Juman insiste sur l’importance de l’adaptation. « Je n’ai pas de méthode particulière, je m’adapte simplement au rythme du jeûne. En début de matinée, lorsque mon énergie est à son apogée, je traite les dossiers les plus complexes, et je réserve les tâches plus légères pour la fin de l’après-midi », explique-t-elle.

Elle se dit également profondément reconnaissante envers ses collègues et amis pour leur bienveillance en cette période de jeûne. « Ils évitent même de manger ou de boire devant moi, témoignant ainsi d’une grande considération. De plus, la possibilité de télétravailler au sein de mon entreprise me permet de mieux gérer mon temps et mon énergie durant ce mois béni », précise-t-elle.

Partage et réflexion

Pour cette résidente de Coromandel, le suhoor et l’iftar revêtent une importance particulière, tant sur le plan spirituel que familial. « Le suhoor est soigneusement préparé par ma mère, à qui je suis infiniment reconnaissante pour son dévouement et son attention. Quant à l’iftar, elle veille à ce que nous ayons les mets que nous apprécions le plus, alternant entre des pâtisseries faites maison et d’autres commandées à l’extérieur », raconte-t-elle avec tendresse.

Consciente de la valeur spirituelle du moment de rupture du jeûne, Zahrah Juman veille toujours à être auprès des siens à l’heure de Maghrib. « Le week-end, nous privilégions les retrouvailles familiales. J’ai la chance d’appartenir à une famille nombreuse et très unie ; ainsi, que ce soit pour la prière ou l’iftar, nous avons pour habitude de nous rassembler afin de partager ensemble ces instants empreints de spiritualité », confie-t-elle.

Au-delà de la dimension spirituelle, Zahrah Juman considère le mois de Ramadan comme une véritable école de vie. Elle insiste sur les précieuses leçons que ce mois inculque, notamment la patience et la maîtrise de soi. « Attendre patiemment l’adhân de Maghrib pour rompre le jeûne, alors que la faim et la soif se font sentir, nous rappelle la valeur des bienfaits dont nous disposons et nous enseigne la gratitude. Ramadan nous apprend également à mieux gérer nos désirs, nos émotions, et à faire preuve de retenue face aux exigences des autres », conclut-elle.

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