Le Maulana Shameem Khodadin se dit « profondément choqué » par le jugement rendu par la Cour suprême, le mercredi 4 octobre 2023, déclarant anticonstitutionnelle la loi criminalisant la sodomie entre adultes consentants.
«Ce verdict porte atteinte à l’ensemble de la population. Il risque de perturber la paix sociale et la tranquillité, en plus d’ouvrir la voie à la décadence. » C’est ainsi que Maulana Shameem Khodadin exprime ses inquiétudes quant à l’avenir de nombreux jeunes. « La situation est déjà préoccupante avec la drogue et maintenant avec l’ampleur du mouvement LGBT, elle l’est davantage. Il est plus difficile de s’en sortir face à l’homosexualité que face à la drogue », estime-t-il. « Beaucoup de parents et de familles vont souffrir à cause de cette décision », ajoute le religieux.
Le président du Sunniy Ulama & Aimmah Council est catégorique : l’Islam condamne la sodomie, l’homosexualité et le mariage entre personnes du même sexe. « Le peuple de Sodome et Gomorrhe a attiré sur lui le châtiment du Créateur en raison de cet acte malsain », rappelle-t-il. Selon lui, ce n’est pas seulement l’Islam qui condamne cela. « Que ce soit le Quran, la Bible et le Ramayan, tous les livres sacrés condamnent cet acte », soutient-il. Et d’ajouter : « Hier, c’était l’avortement, aujourd’hui c’est la sodomie, et demain cela pourrait être autre chose », met-il en garde.
Appels
C’est pourquoi il lance un appel : « Nous demandons à tous les musulmans et aux Mauriciens en général de ne pas rester insensibles face à cette situation. Sinon, nous risquons de le regretter à l’avenir. Ne prenez pas cette affaire à la légère, car ceux qui font partie de ce regroupement LGBT travaillent lentement mais sûrement à imposer sur nous leur agenda et leur idéologie. »
Le Maulana Shameem Khodadin demande aux parents de ne pas se désengager de leurs responsabilités envers leurs enfants et de ne pas adopter une attitude de laisser-aller. « Vous devez être en mesure de savoir ce que fait votre enfant, où il va, qui il fréquente. Il faut vérifier le contenu de son téléphone portable. Si vous restez les bras croisés aujourd’hui, si vous faites la sourde oreille ou si vous adoptez la politique de l’autruche, ne soyez pas étonnés à l’avenir si votre fils vous présente un gendre à la maison ou si votre fille vous présente une belle-fille », tonne-t-il.
Position du gouvernement
Selon le Maulana Shameem Khodadin, la position du gouvernement concernant ce jugement se fait attendre. « Pourquoi règne-t-il le silence après ce jugement au sein du gouvernement ? Est-ce que le sujet sera débattu au Parlement ? Est-ce que des amendements à la loi seront votés ? » s’interroge notre interlocuteur, qui dit attendre de connaître la position des élus sur ce sujet. Il se demande également : « est-ce que le gouvernement va se laisser dicter par des pressions exercées par des instances internationales ou est-ce que la moralité va prévaloir ? Est-ce que la force de l’argent va l’emporter sur la moralité ? »
Recours judiciaire
Quoi qu’il en soit, le Maulana Shamim Khodadin dit attendre que le gouvernement conteste ce jugement et demande au Directeur des poursuites publiques, Rashid Ahmine, de prendre ses responsabilités. Le Sunniy Ulama & Aimmah Council indique avoir retenu les services de plusieurs avocats, notamment Assad Peeroo, Roubina Jadoo-Jaunbocus, Shakeel Mohamed, Reza Uteem et Zahid Nazurally. « Nous invitons d’autres avocats, que ce soit de la communauté musulmane ou d’autres communautés dans le pays, à apporter leur soutien à cette cause. (…) Venez apporter votre aide pour protéger nos religions, notre culture, notre société, nos jeunes et nos familles », lance-t-il.
Dans une déclaration à STAR, Me Assad Peeroo indique que ses services ont été retenus « pour étudier le jugement et examiner les actions possibles afin de contester ce jugement ». « Mes clients estiment que, dans une démocratie libérale, le rôle du judiciaire consiste à interpréter les lois votées au Parlement et non à les dicter », ajoute-t-il.
Mobilisation
En attendant, le président du Sunniy Ulama & Aimmah Council soutient que des campagnes de sensibilisation seront menées à travers le pays concernant le jugement. « Je souhaite que l’Église catholique, les instances représentant la communauté hindoue et les ONG unissent leurs efforts pour militer contre l’immoralité. Il faut organiser des réunions à travers le pays, mener des campagnes sur les réseaux sociaux ainsi qu’une marche pacifique, dans le respect », préconise-t-il.
Le jugement de la Cour suprême
Mercredi, les juges David Chan Kan Cheong et Karuna Devi Gunesh-Balaghee ont agréé à la plainte du Collectif-Arc-en-Ciel à l’effet que l’article 250(1) du Code pénal est anticonstitutionnel. Selon cette section de la loi, la sodomie et les relations sexuelles anales entre adultes de sexe masculin consentants sont un délit. La Cour suprême est arrivée à la conclusion que cette provision légale est une violation de l’article 16 de la Constitution, qui garantit chaque citoyen le droit d’être protégé contre toute discrimination. Cette plainte constitutionnelle contre l’État avait été initiée en 2019 par Ridwaan Ah Seek, Najeeb Fokeerbux, Vipine Aubeeluck, Imesh Fallee et Jurgen Lasavanne.
Mise en garde d’Imamane aux parlementaires
Dans ce débat, le prêcheur Zayd Imamane a choisi de s’adresser directement aux parlementaires, car « ils vont être appelés à voter une loi pour abroger l’Article 250 du Code Pénal, décriminalisant ainsi la sodomie. Par ricochet, reconnaître l’activité sexuelle des homosexuels ».
« Allez-vous introduire un projet de loi pour reconnaître des actes immoraux ? » lance-t-il aux ministres. Et à tous les parlementaires : « Oserez-vous voter une loi d’immoralité ? » Aux parlementaires musulmans, Zayd Imamane leur rappelle que leur foi religieuse doit primer sur leur conviction politique : « Que comptez-vous faire ? Avant de prendre votre décision, rappelez-vous que votre décision ne sera qu’entre vous et Votre Créateur. Vers qui retournerons-nous tous ? Au Jour du Jugement dernier nous allons rendre des comptes. » Zayd Imamane demande à l’ensemble de la nation de réfléchir : « Ou finn grandi enn garçon pou amène belle-fille ou gendre ? »
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