Friday , 22 May 2026

Mise en opération du New Wholesale Market : six raisons pourquoi les prix des légumes n’ont pas baissé

Si des consommateurs envisageaient une baisse des prix des légumes à travers la centralisation des ventes aux enchères au New Wholesale Market à Wooton, ils devront faire le poireau. Non seulement les prix de certains légumes sont plus ou moins les mêmes mais pour d’autres, ils auraient carrément augmenté. C’est du moins ce que soutiennent plusieurs marchands issus de la capitale.

Au marché de Port-Louis, les maraîchers sont quasi unanimes à dire qu’ils ont été contraints de revoir leur prix à la hausse depuis l’entrée en opération du New Wholesale Market. Une hausse qui vise à couvrir des frais additionnels occasionnés par une multitude de facteurs. Ils mettent en avant six facteurs.

1. Frais de transport

Les frais de transport restent l’argument principal avancé pour justifier la hausse des prix. « Pri [legim] parei, [frai] transpor kinn ogmante », soutient Permall Pauvaday, maraîcher depuis plus de 50 ans au Marché central de Port-Louis. Ashiq, qui tient un commerce de légume dans la capitale, indique que le montant qu’il débourse pour le carburant pour s’approvisionner en légumes a pratiquement été multiplié par quatre. « Lorsque l’encan de Port-Louis était en opération, nous dépensions environ Rrs 1500 par mois en termes de carburant pour aller nous approvisionner. À Wooton, selon nos calculs, il nous faudra dépenser entre Rs 6000 à Rs 7000 pour le carburant. Si nou ti pe travay Rs 5 [profi] lor enn legim, nou pe bizin azout Rs 2 à Rs 3 encor  », soutient le quadragénaire.
Les maraîchers qui sont dans l’incapacité de faire le déplacement à Wooton indiquent qu’ils doivent s’acquitter entre Rs 75 et Rs 100 de frais additionnels, pour se faire livrer un sac de légumes. « Ena camionerr pe demann ziska Rs 150 pou transport enn bal legim », renchérit Sandeep Thupsee, marchand de légumes à la foire Ibrahim Abdoolah à Cité Martial, Port-Louis. Des frais additionnels qui, soutiennent nos interlocuteurs, sont évidemment répercutés sur le prix de revente aux consommateurs.

2. Frais des porteurs

Le frais des porteurs, dont la tâche est de charger les camions des acheteurs une fois qu’ils se sont approvisionnés auprès des encanteurs, pèse aussi dans le prix de vente des légumes aux consommateurs. « Pour un chargement, il faut débourser Rs 100. Avec une moyenne de trois chargements par marchand pour divers légumes achetés, cela vous revient à Rs 300. Il faut ajouter Rs 400 pour le diesel. Lamem li fini fer ou Rs 700 enplas enplas. Avant même de commencer à travailler, il vous faut trouver Rs 700. Par contre, lorsque l’encan de Port-Louis était opérationnel, cela nous revenait à environ Rs 450 », soutient-il.

3. Demande en hausse

Amrit Padaruth, maraîcher à Port-Louis, explique qu’un plus grand nombre de marchands réunis dans un seul endroit dans le but de s’approvisionner en légumes a tendance à faire grimper les prix. « Avant, lorsque les enchères avaient lieu à Port-Louis, il y avait 10 à 15 marchands autour d’un encanteur. Maintenant, à Wooton, il y a 50, voire 60 marchands. Tout le monde veut obtenir sa part et les prix grimpent ainsi très rapidement », déclare celui qui a passé ces 40 dernières années au Marché central.

Pour ne pas prendre le risque de retourner bredouille, Amrit Padaturh indique qu’il doit alors faire jouer ses « kontak encanteur  ». « Ena encanteur si pa conn ou, zot pa donn ou. Ou bizin al kot ban ek seki ou abitie, lerla ou ena enn sans gagne legim », dit-il. Aussi, dans le passé, Amrit Padaruth indique que les marchands pouvaient obtenir des légumes qui n’ont pu être écoulés par les encanteurs à meilleur prix, pouvant ainsi les revendre moins cher aux consommateurs. « Laba [à Wooton] narien pas rester. Kouma mete [pu vende], tou prop. Marsan lafwar, bazar, lari, dan kwin sime…tou al laba », dit-il.

4. Intermédiaire

Jeremy tient lui aussi un étal au Marché central à Port-Louis. Il juge que les prix des légumes ont augmenté depuis la centralisation des enchères à Wooton. « À titre d’exemple, un demi-kilo de carottes se vendait à Rs 15 à l’ex-encan de Port-Louis, contre Rs 20 à Rs 22 à celui de Wooton », dit-il. Il estime toutefois que pour les petits maraîchers comme lui, ce serait peine perdue de faire le déplacement à Wooton au New Wholesale Market. « Lor kantite ki nou vende li pa vo lapenn », souligne-t-il. Pour s’approvisionner, il dit se tourner vers des « intermédiaires ». « Si mo bizin 1 ou 2 bal legim, mo telefone mo passe comann. Zot vinn kite et gayn facilite paymen, ena donn credi. Li dan nou lavantaz », dit-il.

Toutefois, le prix de vente aux consommateurs peut facilement grimper de 75% en passant par ces intermédiaires. « Si li aste legim la, dison Rs 20 laliv, li pu azout omoin Rs 5 lorla. Donc moi mo aste li Rs 25 laliv. Letan mo azout mo fre porteur, mo enlev ban ‘reject’, la mem legim la fini ariv moi lor Rs 29-Rs 30 laliv. Aster kan mo azout mo profi lorla mo bizin revann li Rs 35 laliv », explique Jeremy.

5. Permit d’opération

Selon Sandeep Thupsee, la hausse des frais des encanteurs est une autre raison qui expliquerait des prix plus élevés. « Dans le passé, les encanteurs payaient Rs 3000 par mois à la mairie ou au District Council pour pouvoir opérer. Désormais, ils doivent s’acquitter d’un montant de Rs 1200 par jour. Li normal ki zot pou vann sa pli ser ek nou ek au final ce consomateur ki plaigne », dit-il.

6. Coût de production

Pour Amrit Padaruth, maraîcher au Marché central de Port-Louis depuis plus de 40, il ne faut pas s’attendre à une baisse des prix des légumes dans la conjoncture actuelle. Pour la simple et bonne raison, dit-il, que les coûts de production ont augmenté. « Pour que vous ayez une idée, des fertilisants qui se vendaient à Rs 20 le demi-kilo se vendent aujourd’hui à Rs 80. Si maintenant vous ajoutez la hausse de prix des semences, des pesticides, du transport, de la main d’œuvre, etc., cela vous revient plus cher. Tir dan latet ki prix legim pou baissé. Pa pou ena baissé », soutient-il. C’est la raison pour laquelle, estime-t-il, que de nombreux planteurs ont abandonné les terres. Les cas de vols dans les plantations de légumes ont aussi des répercussions sur les prix des légumes, selon Amrit Padaruth.

Les autres contraintes

Une maraîchère déplore que depuis que le New Wholesale Market a ouvert ses portes, elle reçoit parfois des légumes en début d’après-midi. « Auparavant, lorsque les enchères avaient lieu à Port-Louis, nous avions les légumes vers 7 heures du matin. Maintenant, cela prend plus de temps en raison des embouteillages et des installations. La moitié de la journée s’est écoulée avant même que nous ne commençons à travailler », dit-elle.
Notre interlocutrice ajoute qu’aller elle-même acheter les légumes aux enchères à Wootun engendre des problèmes logistiques, comme avoir une aire de stationnement pour le déchargement. Ensuite, elle doit rentrer à la maison pour aller quitter son véhicule, puis revenir pour disposer les légumes. Tout cela entraîne une fin prématurée de sa journée de travail, l’empêchant de gagner sa vie comme il se doit.

Un autre maraîcher abonde dans le même sens. Il fait part de sa frustration concernant les retards dans la réception des légumes et la hausse des prix due à l’augmentation de la demande. De plus, il souligne que les frais de livraison impactent également leur rentabilité. Parfois, il est contraint d’acheter directement auprès des producteurs pour contourner ces problèmes

Operations « crackdown » aux abords des anciens marchés de vente à l’encan

Depuis l’entrée en opération du New Wholesale Market à Wooton, des opérations « crackdown » sont menées au niveau des ex-marchés de vente à l’encan, soit à Port-Louis, Flacq et Vacoas. C’est ce qui ressort d’une réunion tenue la semaine dernière et laquelle était présidée par le vice Premier ministre et ministre des Collectivités locales, Dr Anwar Husnoo, en compagnie du ministre de l’Agro-industrie, Maneesh Gobin. « Nous avons noté des activités aux abords des anciens marchés à l’encan qui ne devraient normalement plus être opérationnels. D’où cette réunion à laquelle ont aussi participé la police, l’association des encanteurs, les responsables des collectivités locales concernées », indique une source autorisée. Elle indique que décision a été prise pour des opérations « crackdown  », avec le concours de la police pour mettre un frein à ses activités jugées illégales.

Des pratiques « déloyales » dénoncées

Même si les prix des légumes ont augmenté, Roshan, maraîcher au Marché de Port-Louis, estime qu’il y aurait néanmoins du bon dans la centralisation de ces activités. « Concurrence ti pe fatig nou acoz lencan la ti kuma dir enn bazar, ti pe vann tou, ou rod enn kar liv pima oci ou ti pe gagne », dénonce-t-il. Ce qui, dit-il, ne faisait pas les affaires des maraîchers. Autre avantage, selon lui, serait la disponibilité de certains légumes qui étaient rarement disponibles à Port-Louis, ou alors en petite quantité et coûtaient cher. Il cite des légumes tels que poireau, ‘rave’, radis, pâtisson et courgette, entre autres.

Jeremy, également maraîcher à Port-Louis, dénonce pour sa part certaines pratiques de quelques encanteurs. « Quelques-uns avaient une fâcheuse tendance à favoriser certains marchands, au détriment des autres. Mais avec la centralisation, cette pratique semble s’estomper. Désormais, tous les légumes sont exposés devant les acheteurs. Nous pouvons choisir la qualité que nous exigent nos clients », dit-il.

Il déplore, dans la foulée, que certains enchérisseurs faisaient parfois patienter des acheteurs pendant des heures avant de mettre aux enchères certains légumes. « Si par exemple un jour l’offre pour les concombres est moins que la demande, l’enchérisseur va mettre aux enchères tous les autres légumes dont il dispose et vendre en dernier les concombres. Nous venions à 1h00 du matin et il nous faisait parfois poireauter jusqu’à 4h00 », décrie-t-il. La « malhonnêteté » de certains enchérisseurs est aussi pointée du doigt. « Ena kan linn vann legim enn planteur dan so labsence, li ecrir li ar crayon dan so liv. Apre li pou efas li pou li mett enn pri pli ba ar plim. D’une part, il vole le planteur et d’autre part, il va toucher 10% du montant falsifié de la vente », dit-il.

Fréquentation: Aucune amélioration

La centralisation des activités au New Wholesale Market à Wooton n’aura pas eu l’effet escompté en termes de fréquentation. C’est ce que s’accordent à dire les maraîchers exerçant au Marché central à Port-Louis. « Nou ti pensé ki bann clien ki ti pe ale laba pou vinn ici aster, me inn res parey », soutient Jeremy, maraîcher de Port-Louis.

Le problème, selon Anzeer, son assistant, sont multiples. « À priori des activités se tiendraient toujours à l’ex-encan de Port-Louis, aux petites heures du matin. Il y a toujours des marchands de légumes qui opèrent illégalement à proximité du marché. C’est très difficile pour un client de trouver une place de parking pour venir au marché. Et nous subissons la concurrence de l’Agricultural Marketing Board qui tient un étal au marché de Port-Louis », dit-il.

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