Rodrigues n’est pas épargné par la pandémie de Covid-19. Plus de 4000 cas de contamination ont été enregistrés dans l’île et l’on déplore le décès d’une dame de 80 ans. Des Mauriciens de passage à Rodrigues ou qui y résident nous parlent de ce chamboulement brutal.
Ziyaad Ramdianee : «Les mêmes scènes de ‘panic-buying’ qu’à Maurice»
À Rodrigues depuis janvier, Ziyaad Ramdianee explique qu’il s’est retrouvé du jour au lendemain face à une situation inattendue. Sa famille et lui se sont installés dans l’île pour des raisons professionnelles. Il raconte qu’en arrivant à Plaine-Corail, tous les protocoles ont été strictement respectés et ils ont été conduits à leur hôtel pour la quarantaine. « Le service était irréprochable et après la quarantaine, nous étions excités à l’idée de retrouver une vie normale mais nous sommes estomaqués par la propagation du virus ici », avance-t-il.
À présent, sa famille et lui doivent observer un « semi-lockdown ». « Nous avions tellement hâte de nous rendre dans notre nouvelle maison en bord de mer et commencer notre nouvelle vie, ma femme, notre fils de 7 ans et moi. Mais la pandémie nous a rattrapés », déplore-t-il. Cependant, Ziyaad Ramdianee soutient qu’il ne lui est pas difficile de faire face à la situation vu qu’il a déjà vécu deux confinements à Maurice. « Nous sommes plutôt sceptiques quant à la façon dont ce virus ait pu atterrir à Rodrigues surtout avec les protocoles aussi stricts en vigueur », souligne-t-il.
Pas un gros inconvénient
Parlant du quotidien des Rodriguais, notre interlocuteur confie que depuis l’annonce du premier cas, ceux-ci ont cédé au « panic buying », un peu à la manière des Mauriciens lors des confinements successifs. « Cela nous a rappelé les mêmes scènes de panic-buying qu’à Maurice avec les longues files d’attente devant les pharmacies, les stations-service, entre autres », se souvient-il. Concernant le lockdown partiel, Ziyaad Ramdianee avance que cela ne l’affecte pas vraiment. « Le semi-lockdown sera en vigueur jusqu’au 24 février, de 19h à 6h. Ce n’est pas un gros inconvénient, car la plupart des magasins, entreprises et administrations gouvernementales ferment vers 15h. Mais nous ne pouvons pas profiter de la plage, car les baignades et les pique-niques sont interdits », indique-t-il.
La seule chose qui inquiète ce père de famille, c’est la sécurité de son fils. « Mon épouse et moi sommes vaccinés et nous avons également fait notre dose de rappel. En tant qu’adultes, nous nous sommes habitués aux gestes barrières mais mon fils est encore très jeune. S’il est infecté, cela va être un vrai casse-tête, car les services de santé à Rodrigues sont déjà saturés », fait-il ressortir. Si le virus se propage rapidement dans l’île, Ziyaad Ramdianee estime que sa famille et lui n’ont pas l’intention de retourner à Maurice de sitôt. « Nous sommes toujours amoureux de l’île et de ses habitants », conclut-il.
A. Mackoojee : «On observe à la lettre les mesures sanitaires»
A. Mackoojee, une Mauricienne résidant à Rodrigues, nous dit d’emblée que « ce virus est venu bouleverser son quotidien et celui de ses enfants ». En effet, avec la fermeture des écoles, cette commerçante est contrainte de rester à la maison pour être auprès de ses enfants.
Elle soutient que sa famille et elle prennent toutes les précautions nécessaires pour éviter toute contamination. « On observe à la lettre les mesures sanitaires comme le port du masque et l’utilisation des ‘hand sanitizer’ tout en respectant la distanciation sociale. La Covid-19 pourrait devenir une maladie endémique et nous allons devoir apprendre à vivre avec elle au quotidien », souligne notre interlocutrice. Elle ajoute que la situation, notamment avec le couvre-feu, ne lui cause pas vraiment d’inconvénients. « J’avoue que c’est un peu la fête à la maison pour les enfants, car il n’y a pas d’école. Ils passent leur journée devant la télé ou sur la tablette mais on s’ennuie aussi, car nos déplacements sont limités », déclare-t-elle.
L’unique et le plus gros souci pour cette mère de famille, c’est le service de santé dans l’île. A. Mackoojee est d’avis que le système « laisse à désirer ». « Nous n’avons définitivement pas les mêmes facilités qu’à Maurice. Cela m’inquiète beaucoup, car que va-t-on faire en cas d’urgence ? » se demande-t-elle.
Mufti Ayoob Ismaël Mackoojee : «Ce premier décès a créé une psychose dans la population»
Habitué aux va-et-vient entre Maurice et Rodrigues, Mufti Ayoob Ismaël Mackoojee dit connaître l’île comme sa poche. Il avait prévu de rentrer à Maurice au début du mois de février mais l’érudit a dû revoir ses plans. « Nous sommes coupés de Maurice depuis assez longtemps. Je suis donc à Rodrigues depuis plus d’un an mais nous menions une vie normale jusqu’à la détection des cas locaux récemment », dit-il.
Mufti Mackoojee est d’avis que seul Le Très Haut a la connaissance sur la propagation de la Covid-19 dans l’île. « Les vols en provenance de Maurice avaient repris dernièrement mais les passagers devaient observer une période de quarantaine. Malgré cela, le virus s’est propagé et Dieu seul sait comment. Mais tôt ou tard, nous aurions dû faire face à la maladie. À notre niveau, nous faisons le nécessaire pour rester en sécurité et en bonne santé en observant toutes les précautions. Le peuple rodriguais est très discipliné et respecte les mesures à la lettre », explique-t-il.
Parallèlement, le religieux avance que l’instauration d’un couvre-feu dans l’île est une très bonne décision, car cela aide à contenir le virus et à limiter sa propagation. Cependant, il est d’avis que l’arrivée du virus dans l’île va engendrer des difficultés sur le plan économique. « Tout tourne au ralenti ici », lâche-t-il. Mufti Mackoojee ajoute que la flambée des cas a aussi provoqué un sentiment de panique chez les Rodriguais comme cela avait été le cas à Maurice l’année dernière. « Le premier décès enregistré a créé une psychose au sein de la population », affirme-t-il. Mufti Mackoojee encourage les habitants de prier à la maison et de demander les faveurs du Très Haut.
Khalill Aurjany : «Les centres de santé sont pris d’assaut»

Khalill Aurjany habite à Rodrigues depuis 24 ans. Selon lui, l’arrivée de cet ennemi invisible tant redouté par la population a bouleversé le quotidien paisible des habitants dans l’île. « Depuis l’apparition du virus à Maurice, les Rodriguais savaient que ce n’était qu’une question de temps avant que la Covid-19 n’atteigne leurs côtes. Mais heureusement, pendant deux ans, nous avons été à l’abri. Mais ce qui devait arriver, arriva », dit-il.
Il raconte qu’à l’annonce des premiers cas locaux, les messages ont inondé son téléphone portable. « Des voisins, paniqués, commençaient à téléphoner à leurs enfants pour leur dire de rentrer, car l’école était fermée. Je croyais que c’était à cause du mauvais temps. C’est alors que j’ai reçu des messages d’un groupe à propos des cas », raconte-t-il. Notre interlocuteur confie aussi que les Rodriguais se demandent comment le virus ait pu atteindre l’île.
Par la suite, le panic-buying a provoqué une pénurie d’essence et de diesel dans l’île. « Mais la situation s’est calmée depuis. Outre, le semi-confinement, l’Assemblée régionale a instauré d’autres mesures. Mais une chose est sûre, les hôpitaux et centres de santé sont pris d’assaut, essentiellement pour les tests. Malgré nos moyens du bord, nous essayons d’affronter l’ennemi sans crainte. Même s’il y régnait au début un sentiment de frayeur, une nouvelle normalité s’est imposée d’elle-même ces derniers jours », poursuit-il
Khalill Aurjany laisse entendre que les magasins, la boulangerie, les banques et autres institutions sont ouverts et fonctionnent normalement dans la mesure du possible. « Ce qui est inhabituel, c’est la longue file d’attente devant la seule pharmacie ouverte de Port-Mathurin. Nous voyons moins de gens sur les routes que les propriétaires d’autobus se plaignent de rouler à perte. Ils expriment le souhait d’avoir un nombre réduit de bus sur les routes », dit-il. Il ajoute que les élections régionales de Rodrigues, reportées au 27 février 2022, continuent cependant de susciter un vif intérêt chez les habitants qui suivent avec attention les dernières nouvelles à la radio.
Abordant l’éducation à Rodrigues, Khalill Aurjany indique que les établissements sont tous fermés et que l’Assemblée régionale a eu une réunion avec tous les acteurs du secteur éducatif de l’île pour discuter des mesures à mettre en place lors de la réouverture des écoles. « Ici, les classes se déroulaient en présentiel et les élèves étaient sur le point de prendre part aux examens prévus début mars. La décision du ministère de l’Éducation ne fait pas l’unanimité à Rodrigues », fait-il ressortir.
Star Journal d'information en ligne