Wednesday , 23 September 2026

Tahir Wahab, expert en services financiers : «Adopter une approche stratégique et coordonnée pour tout le secteur»

Maurice doit miser sur l’euphorie autour de sa sortie de la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) pour intensifier les campagnes auprès des investisseurs. C’est l’avis de Tahir Wahab, expert-comptable et expert-banquier.

Maurice n’est plus sur la liste grise du Gafi. Quelle implication pour notre juridiction ?
Depuis 2020, tous les acteurs ressentaient l’inquiétude grandissante autour de notre centre financier mais depuis la semaine dernière, cette nouvelle a apporté un bol d’air non seulement pour le secteur financier ou bancaire mais aussi pour toute l’économie mauricienne dans son ensemble. Pour notre juridiction, cela implique que nous pouvons à présent miser sur une bonne image à travers la conformité et la transparence ainsi que des lois cadres solides.

Quelles sont les perspectives qui s’offrent à nous à présent ?
C’est une aubaine pour attirer et faciliter l’investissement. On peut à présent plus facilement initier des transferts de capitaux et attirer des investissements directs étrangers (IDE) à Maurice. Le flux d’IDE sera aussi plus important dorénavant. Lorsque Maurice était sur la liste grise du Gafi, les institutions financières avaient l’obligation de faire des exercices de « enhanced due diligence » en raison de notre classification comme un pays à haut risque. Cela n’était pas facile pour les investisseurs potentiels de venir à Maurice. Aussi, la relance du secteur financier boostera l’économie en général et va créer un « feel good factor ».

Maurice peut-il à présent reconstituer sa réputation autour d’un centre financier crédible ?
Cela ne peut arriver du jour au lendemain. Rebâtir l’image de notre juridiction va prendre du temps mais je suis certain que nous avançons dans la bonne direction. Cela dit, il faut battre le fer quand il est chaud et j’estime qu’il nous faut capitaliser sur l’euphorie autour de la sortie de la liste grise pour projeter une image positive de notre juridiction au niveau mondial. D’ailleurs, Maurice peut s’enorgueillir de pouvoir compter sur une main-d’œuvre qualifiée, des services améliorés, une bonne qualité de vie, des infrastructures solides et une stabilité politique.

Quels seront les ingrédients nécessaires pour remettre notre juridiction en orbite ?
Tout d’abord, il faut et il est temps d’adopter une approche stratégique et coordonnée pour tout le secteur financier impliquant au passage tous les acteurs ainsi que le gouvernement. Actuellement, il n’existe pas de « blueprint » pour le secteur ou une vision à long terme. Où voulons-nous être dans 10 ou 15 ans à venir? Nous ne le savons pas trop. Aussi, une vision commune permettrait à chaque entreprise d’ajuster sa stratégie marketing. Un autre ingrédient essentiel reste la promulgation des lois régissant l’utilisation des nouvelles technologies comme la blockchain, la fintech ou l’intelligence artificielle.

Quel est le poids de ces nouvelles technologies dans la relance du secteur ?
Aussi longtemps qu’il n’existe pas des lois cadres pour réguler leur utilisation, ces technologies ne pourront être exploitées comme il se doit. Cela pourrait aussi laisser le champ libre à des cybercriminels. L’existence des lois à cet effet aurait grandement contribué au développement du secteur financier.

Pensez-vous que la pandémie de Covid-19 aura un impact sur la reprise du secteur?
Au début de la pandémie, les acteurs avaient noté un petit ralentissement mais au fil des semaines, les choses avaient bien repris surtout avec le télétravail et les réunions en ligne. D’ailleurs, le ministre des Finances avait indiqué dans le dernier Budget que le secteur financier avait enregistré une « positive growth » en 2020 malgré le contexte difficile lié à la Covid-19. Cela démontre la résilience de ce secteur.

Que faut-il faire pour attirer les investisseurs et acteurs internationaux à présent ?
Il faut absolument initier une campagne de promotion bien rôdée à l’échelle mondiale et auprès des pays avec lesquels Maurice a signé des traités pour attirer davantage d’investisseurs. L’on pourrait songer à faire appel aux services d’une agence PR internationale pour véhiculer continuellement une image positive de notre juridiction. Il est malheureux que de nos jours, la presse internationale blâme à tort et à travers des juridictions internationales sans fondement. En parallèle, il faut remettre à jour notre Business Model et nous concentrer sur la mise en avant des services à forte valeur ajoutée.

Maurice est néanmoins toujours présent sur la liste noire de l’Union européenne. Quelles sont les étapes maintenant pour sortir de cette liste ?
La méthodologie de l’Union européenne consiste à agir en interaction avec le Gafi. Notre présence sur la liste noire de l’UE est une conséquence directe de notre classement sur la liste grise du Gafi. Logiquement, notre sortie de la liste grise de Gafi doit résulter automatiquement à notre sortie de la liste noire de l’UE. Je suis certains que cela interviendra dans très peu de temps.

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