Thursday , 2 April 2026

Syed Zahid Raza, Haut-commissaire du Pakistan à Maurice : «Bâtir des ponts durables entre le Pakistan et Maurice»

En poste depuis août 2024, le Haut-commissaire du Pakistan à Maurice, S.E. Syed Zahid Raza, ambitionne de donner un nouvel élan aux relations bilatérales entre les deux pays. Dans cet entretien, il expose ses priorités stratégiques et les projets majeurs qu’il souhaite concrétiser durant son mandat. Il aborde également les défis liés aux restrictions de visas et met en avant son ambition de laisser un héritage durable, en consolidant les liens entre le Pakistan et Maurice sur le long terme.

Le Pakistan’s National Day, ce 23 mars, revêt une importance historique considérable. Quel message souhaitez-vous adresser à la diaspora pakistanaise à Maurice et au peuple mauricien à cette occasion ?
En cette occasion solennelle du Pakistan’s National Day, qui commémore la Résolution de Lahore de 1940 envisageant une patrie distincte pour les musulmans du sous-continent indien, j’adresse mes salutations les plus chaleureuses à la diaspora pakistanaise à Maurice ainsi qu’au peuple mauricien, si amical et accueillant. Cette journée symbolise notre engagement envers les idéaux de démocratie, de justice et de progrès.

À notre diaspora, je lance un appel à rester engagée dans ses contributions tant envers Maurice qu’envers le Pakistan, en servant de ponts de bonne volonté. Au peuple mauricien, j’exprime notre sincère gratitude pour son hospitalité et son engagement commun en faveur de la paix et de la prospérité. De la même manière que la Résolution de Lahore a posé les bases d’un Pakistan indépendant, nous devons continuer à bâtir sur les fondements solides de notre relation bilatérale pour un avenir partagé.

Le Pakistan et Maurice entretiennent des relations diplomatiques depuis 1969. Comment évalueriez-vous l’état actuel des relations entre les deux pays ?
Nos relations diplomatiques, établies en 1969, ont toujours été cordiales et mutuellement bénéfiques. Nous partageons un patrimoine commun en tant que membres du Commonwealth et un engagement envers le multilatéralisme. L’état actuel de nos relations se caractérise par un respect mutuel et une coopération dans divers secteurs.

Nous avons été témoins de visites et d’échanges de haut niveau par le passé. Toutefois, il y a toujours une marge pour approfondir et élargir notre partenariat. Ces excellentes relations doivent se poursuivre sans préjugés ni malentendus. Nous sommes résolus à renforcer les bases solides posées au fil des décennies.

Le Premier ministre du Pakistan a adressé ses chaleureuses félicitations au nouveau Premier ministre de Maurice, Son Excellence Navin Ramgoolam, à la suite de sa victoire historique aux élections de novembre 2024. Le Premier ministre du Pakistan a également transmis ses salutations au peuple et aux dirigeants mauriciens à l’occasion du 57e anniversaire de l’indépendance du pays. Je suis convaincu que sous la direction du Premier ministre Ramgoolam, nous assisterons à un approfondissement accru de nos relations bilatérales.

Quels sont les principaux domaines dans lesquels Maurice et le Pakistan pourraient renforcer leur coopération bilatérale ?
Les principaux domaines où nous pourrions renforcer notre coopération incluent le commerce et l’investissement, le tourisme, l’éducation et les échanges culturels. Le Pakistan peut tirer parti de la position stratégique de Maurice en tant que porte d’entrée vers l’Afrique, tandis que la politique pakistanaise « Engage Africa » peut favoriser l’augmentation des volumes d’échanges commerciaux.

Dans le domaine de l’éducation, nous pouvons élargir les programmes de bourses et explorer des collaborations dans des secteurs émergents tels que l’intelligence artificielle. Sur le plan culturel, nous pouvons encourager des échanges dans les domaines des arts, de la littérature et du cinéma.

Enfin, nous pouvons renforcer la coopération en matière de sécurité maritime, compte tenu de nos intérêts communs dans l’océan Indien.

Déçu du régime de visas restrictif aux Pakistanais»

Le Pakistan accorde des bourses aux étudiants mauriciens en médecine, en ingénierie et en pharmacie. Existe-t-il des projets d’élargissement de cette coopération éducative, notamment en intelligence artificielle et dans d’autres domaines ?
Nos programmes de bourses ont toujours été un pilier fondamental de notre coopération éducative, et je suis particulièrement fier de l’héritage solide que nous avons construit dans les domaines de la médecine et de l’ingénierie. Il est encourageant de constater qu’un nombre significatif de médecins exerçant à Maurice ont obtenu leur diplôme de médecine dans des institutions pakistanaises de renom. Ces bourses sont très prisées des étudiants mauriciens depuis plusieurs décennies, et nous sommes absolument déterminés à les maintenir. C’est un lien essentiel qui renforce les relations entre nos deux nations.

Ces dernières années, nous avons vu des étudiants mauriciens partir au Pakistan pour suivre des études en vétérinaire ainsi qu’en technologies de l’information. Un nombre croissant d’étudiantes mauriciennes choisissent également d’effectuer leurs études médicales au Pakistan.

Il est naturel pour moi de souhaiter une extension des disciplines couvertes par ces programmes de bourses afin d’englober un plus large éventail de domaines. Le Pakistan possède une riche tradition de formation d’experts de haut niveau, qui ont apporté des contributions significatives à l’échelle mondiale. Nous avons assisté à des avancées remarquables dans des domaines comme l’informatique et les technologies de l’information, illustrées par des figures emblématiques comme la regrettée Arfa Karim Randhawa, dont les travaux pionniers en technologie ont inspiré une génération entière. Nos ingénieurs, médecins, scientifiques et chefs d’entreprise s’illustrent sur la scène internationale.

Vous comptez donc aller plus loin ?
Je m’engage personnellement à plaider pour l’extension des bourses financées par le gouvernement aux domaines émergents. Par ailleurs, j’aimerais que d’autres prestigieux programmes de bourses pakistanais, tels que les prix Aga Khan et ceux offerts par des institutions comme la National University of Sciences & Technology (NUST), soient accessibles aux étudiants mauriciens. Nous avons, en effet, l’intention d’élargir ces programmes pour inclure des domaines en plein essor comme l’intelligence artificielle, les technologies de l’information et les énergies renouvelables.

Nous envisageons également d’explorer la possibilité de mettre en place des programmes de recherche conjoints et des échanges de professeurs entre les universités pakistanaises et mauriciennes. En mettant l’accent sur ces domaines, nous pourrons doter notre jeunesse des compétences nécessaires pour relever les défis du XXIe siècle et leur permettre d’exploiter pleinement leur potentiel.

Notre ministère des Affaires étrangères à Islamabad a déjà pris contact avec des universités privées au Pakistan, qui ont accepté d’offrir des centaines de bourses dans le cadre de la politique « Engage Africa », destinées aux étudiants africains, y compris aux Mauriciens.

La communauté pakistanaise a contribué de diverses manières à Maurice. De nouvelles initiatives culturelles sont-elles prévues pour renforcer les liens entre les peuples ?
La communauté pakistanaise à Maurice est relativement petite. Ses contributions au pays sont cependant précieuses et ont enrichi le tissu culturel de cette île magnifique. Nous sommes conscients de l’importance de renforcer ces liens humains et, à cette fin, nous avons plusieurs initiatives culturelles et humanitaires en préparation.

Tout d’abord, nous prévoyons d’organiser une série de festivals culturels dynamiques mettant en valeur le riche et vaste patrimoine du Pakistan. Ces festivals ne présenteront pas seulement nos arts traditionnels, notre musique et notre cuisine, mais également des formes contemporaines d’expression culturelle pakistanaise, telles que des expositions d’art moderne, des projections de films et des événements littéraires. Nous avons pour ambition de créer des expériences immersives favorisant une meilleure compréhension et une appréciation plus profonde des valeurs culturelles que nous partageons.

Ensuite, je suis particulièrement enthousiaste d’exploiter le siège de l’Urdu Speaking Union dès qu’elle soit prête. J’aimerais utiliser cet espace pour organiser des ateliers, des séminaires, des cours de langue et des collaborations artistiques. Ce serait un lieu où les Pakistanais et les Mauriciens pourraient se rencontrer, apprendre les uns des autres, partager leurs expériences et nouer des amitiés durables. Nous l’envisageons comme une plateforme dynamique favorisant le dialogue interculturel et la création artistique.

Qu’en est-il des initiatives humanitaires ?
À ce sujet, il faut rappeler qu’un groupe d’ophtalmologues pakistanais vient à Maurice depuis 17 ans pour réaliser des interventions chirurgicales complexes. Je tiens à remercier le gouvernement mauricien pour son précieux soutien à cette initiative. Le protocole d’accord (MoU) relatif à ce projet a été renouvelé et les médecins du Al Shifa Eye Trust poursuivront cette mission dans les années à venir.

Rendre accessible de prestigieux programmes de bourses aux étudiants mauriciens»

On laisse entendre que vous comptez prendre des initiatives sportives également. De quoi s’agit-il au juste ?
Nous sommes conscients du rôle fédérateur du sport, qui peut renforcer les liens entre les peuples et favoriser la bonne entente. Nous explorons activement des opportunités pour développer les échanges sportifs, en particulier dans le domaine du cricket. Nous envisageons également d’organiser des tournois sportifs conjoints et des programmes d’entraînement afin de promouvoir les jeunes talents et d’encourager une saine compétition.

Au-delà du cricket, nous souhaitons élargir ces échanges à d’autres disciplines sportives susceptibles d’intéresser nos deux pays. Nous voulons voir des interactions plus fréquentes entre nos équipes sportives et favoriser une collaboration plus soutenue dans ce domaine.

Le Pakistan possède une industrie cinématographique et télévisuelle dynamique. Y a-t-il des projets pour introduire des films, des séries et des documentaires pakistanais au public mauricien via la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) ?
Absolument. L’industrie cinématographique et télévisuelle du Pakistan a connu une croissance significative ces dernières années. Nous sommes très enthousiastes de faire découvrir nos contenus au public mauricien à travers la MBC. Nous sommes convaincus que nos films, séries télévisées et documentaires peuvent offrir un aperçu précieux de la culture et de la société pakistanaises. Nous aimerions ouvrir des discussions avec la MBC afin d’explorer les opportunités d’échange et de diffusion de contenus.

Des discussions ont-elles déjà eu lieu entre les médias pakistanais et les diffuseurs mauriciens pour faciliter ces échanges de contenu ?
J’ai eu l’occasion de regarder certaines chaînes de télévision mauriciennes et j’ai constaté que des chaînes pakistanaises telles qu’ARY et HUM TV sont déjà présentes sur la MBC.

Nous sommes actuellement en train de négocier un protocole d’accord (MoU) entre la Pakistan Broadcasting Corporation et la MBC afin d’échanger du contenu et de renforcer la coopération dans d’autres domaines.
Je vais également œuvrer à établir des liens entre la MBC et d’autres chaînes de télévision privées pakistanaises, telles que Geo TV, A Plus, GNN, etc. Ces chaînes produisent d’excellents drames et téléfilms, notamment des contenus destinés aux familles et à la jeunesse.

Peut-on envisager une future collaboration entre des réalisateurs pakistanais et mauriciens pour coproduire des documentaires ou des films mettant en avant des aspects historiques ou culturels communs ?
Certainement. Le potentiel de la coproduction cinématographique entre le Pakistan et Maurice ne se limite pas à une simple opportunité : il s’inscrit dans la continuité naturelle de notre parcours historique commun.
Le Pakistan et Maurice ont tous deux été marqués par la domination étrangère, ayant connu des périodes de colonisation et d’exploitation de leurs ressources. Cette expérience partagée, bien que difficile, a forgé une profonde compréhension de la résilience et de la valeur de l’autodétermination.

Nos chemins respectifs vers l’indépendance, obtenue grâce à l’unité, aux sacrifices et à la vision de nos leaders fondateurs, sont des récits qui méritent d’être racontés et transmis. Ces histoires ne sont pas seulement des témoignages du passé ; elles sont aussi des sources d’inspiration pour les générations futures, illustrant la puissance de l’action collective et la quête de la liberté.

Ces projets cinématographiques ne se limiteront pas à l’éducation et à la sensibilisation ; ils permettront aussi de renforcer l’identité nationale et le respect mutuel. De plus, ils offriront des opportunités précieuses d’expression artistique et de développement économique au sein de nos industries créatives.

En tant que Haut-commissaire, quelles sont vos principales priorités durant votre mandat à Maurice et quel héritage souhaitez-vous laisser ?
En prenant mes fonctions de Haut-commissaire du Pakistan à Maurice, je ressens à la fois un profond sentiment de responsabilité et une grande excitation. Mes principales priorités sont étroitement liées à la riche histoire et aux perspectives prometteuses de notre relation bilatérale. En ce Pakistan’s National Day, je suis particulièrement conscient des idéaux de démocratie, de justice et de progrès qui fondent notre nation, et je vois ces mêmes valeurs reflétées dans les liens solides entre le Pakistan et Maurice.

Nos relations diplomatiques, établies en 1969, sont un témoignage du respect mutuel et de la coopération qui nous unissent. Toutefois, je suis convaincu que nous pouvons et devons aller plus loin. Mon engagement portera sur l’intensification des échanges entre les dirigeants de nos deux pays et le renforcement des relations parlementaires.

Comment ?
Je perçois un potentiel immense dans l’approfondissement de la coopération économique et commerciale, notamment en raison de la position stratégique de Maurice en tant que porte d’entrée vers l’Afrique et de la politique pakistanaise « Engage Africa ». Je suis personnellement investi dans la révision et l’amélioration de notre accord de libre-échange préférentiel (Preferential Trade Agreement), car je considère cela comme une étape cruciale pour ouvrir de nouvelles opportunités aux deux pays. J’ai déjà initié des discussions à ce sujet avec Islamabad ainsi qu’avec nos homologues mauriciens, et je suis déterminé à obtenir des résultats concrets.

Je compte également collaborer avec des organisations locales pour renforcer nos relations. Je tiens à remercier plusieurs associations qui ont déjà établi des partenariats fructueux avec nous, notamment Mau-Pak Association, Friends of Pakistan, Noon Society, Al-Shams, Muslim Ladies Council et Alif Society, pour n’en citer que quelques-unes. Il existe également un potentiel de coopération avec des ONG engagées dans d’autres domaines, tels que la santé, la prise en charge des orphelins et l’aide aux personnes âgées. Nous continuerons à travailler avec toutes ces organisations.

L’un des axes majeurs sur lesquels je souhaite me concentrer est le rapprochement avec la jeunesse mauricienne dans les universités. Nous prévoyons de participer aux Journées internationales et aux célébrations d’événements religieux dans ces établissements. Engager le dialogue avec les étudiants en relations internationales, en sciences politiques et en diplomatie, à travers des conférences et des rencontres, ouvrira la voie à une coopération plus étroite. J’ai également mis en place un programme de stages au sein du haut-commissariat afin d’offrir aux jeunes l’opportunité d’en apprendre davantage sur le Pakistan et sur la diplomatie.

Les contacts entre les peuples sont tout aussi essentiels que nos relations commerciales. Le Pakistan a toujours maintenu une politique de visas très libérale pour les ressortissants mauriciens. En revanche, je suis déçu de constater que le régime de visas appliqué aux Pakistanais par Maurice est particulièrement restrictif. Je compte engager des discussions avec les autorités compétentes pour assouplir ces restrictions et favoriser des échanges plus fluides entre nos citoyens.

Vous voulez laisser un héritage, n’est-ce pas ?
Oui. Mon héritage sera jugé à l’aune de la solidité et de la durabilité des relations que j’aurai contribué à renforcer. Mon objectif est de laisser derrière moi un partenariat renforcé, une collaboration accrue et une compréhension mutuelle plus profonde. Je veux que notre volume commercial augmente, que notre coopération éducative s’élargisse et que notre dialogue culturel s’intensifie.

Je souhaite également voir nos deux nations travailler ensemble pour relever les défis mondiaux tels que le changement climatique, la sécurité alimentaire et la défense des intérêts des pays en développement sur la scène internationale. Et surtout, je veux voir nos peuples connectés, à travers des échanges culturels, des programmes éducatifs et une histoire commune qui nous unit.

Je veux bâtir des ponts qui résisteront à l’épreuve du temps.

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