mercredi , 3 juin 2020

Reprise des activités économiques : entre crainte et appréhension dans les différents secteurs

Le déconfinement partiel va s’accentuer à partir de ce vendredi 15 mai. Diverses activités dans différents secteurs de l’économie vont reprendre. Cela dit, selon les acteurs, de nombreuses interrogations subsistent. Pour eux, la reprise doit être placée sous le signe de la prudence pour différentes raisons.

Exportation

Lilowtee Rajmun : «70% des opérateurs sont dans l’attente»

Selon la directrice de la Mauritius Export Association (Mexa), Lilowtee Rajmun, environ 30% des opérateurs dans le secteur de l’exportation ont déjà repris leurs activités. Elle révèle que les services –considérés comme étant essentiels sur le marché international à l’instar des secteurs médical et de la production de fruits de mer – ont redémarré. « Il y avait une certaine pression de la part du marché international pour ces produits. Donc, la reprise est déjà enclenchée », dit-elle.

Concernant les 70% des opérateurs restants, Lilowtee Rajmun estime que ceux-ci « sont dans l’attente ». « Ces 70% comprennent des activités dans le textile et la bijouterie. Il faut savoir que les marchés internationaux tels que l’Europe, l’Amérique, et l’Afrique du Sud sont à plat. Il faut attendre la fin du mois de mai pour savoir ce qui va se passer », poursuit-elle.

Néanmoins, la directrice de la Mexa précise qu’il y a de l’espoir, car avec le confinement, le secteur du e-commerce a pris de l’essor. « Nous avons eu des commandes importantes par des ‘E-commerce Retailers’. Nous devons attendre le 15 mai pour qu’une pourcentage des activités reprenne », souligne-t-elle.


Manufacturier

Ahmed Parkar : «Mettre en place des protocoles stricts»

Ahmed Parkar, CEO de Star Knitwear, confie que « les usines sont en train de mettre en place des protocoles stricts avant la reprise ». Selon lui, tout a changé et il faut tout une organisation pour redémarrer les activités. « C’est uniquement vers la fin du mois qu’on aura un aperçu de la demande au niveau international. Pour l’instant, on se concentre sur la mise en place des protocoles. La reprise se fera en plusieurs phases en raison des facteurs de risque. Pour une usine qui compte 1500 employés, c’est compliqué d’observer la distanciation sociale et veiller à ce que tout le monde respecte les mesures sanitaires », dit-il.

Ahmed Parkar souligne que le secteur manufacturier devra se réinventer. « Une des priorités demeure l’exploitation de nouveaux marchés tels que des PPE et des masques. Donc, il faut revoir la stratégie. Les six prochains mois seront durs pour le secteur. Il faut aussi attendre le déconfinement en Europe », soutient-il.


Petites et moyennes entreprises

Yousuf Jeeva : «Nous anticipons le pire»

Moins de 20% des employés de Neel Group of Companies reprendront le travail à partir du lundi 18 mai. Son PDG, Yousuf Jeeva, parle d’une situation inédite. De ce fait, il se dit incapable de se prononcer, à ce stade, sur une formule de reprise des activités pour son entreprise. Il dit attendre d’avoir une première rencontre avec ses chefs de département, laquelle est prévue ce vendredi, avant de se prononcer sur la suite. « Cette réunion nous permettra de faire un état des lieux de la situation, d’analyser notre ‘cash flow’, d’approcher nos débiteurs pour récupérer notre argent, de rechercher l’avis et les propositions de tout le monde avant de dégager un plan afin de s’adapter. Ce n’est que dans une quinzaine de jours que nous allons pouvoir avoir une meilleure visibilité de l’état du marché. Mais déjà, sans vouloir être alarmiste, nous anticipons le pire », dit-il.

Yousuf Jeeva souligne que le dollar s’est apprécié par plus de 10% par rapport à la roupie en deux mois, passant de Rs 37,10 au début du mois de mars à Rs 40,60 actuellement. « Cela impactera aussi sur le coût du fret. Déjà donc, le coût d’opération augmentera entre 15% et 25% », prévoit-il. Le PDG de Neel Group of Companies estime donc que toutes les entreprises vont vouloir diminuer leurs coûts d’opération et éliminer les dépenses superflues. « Et nous qui opérons dans le domaine du mobilier de bureau et de la rénovation, nous serons suspendus à l’attitude que vont adopter nos clients », dit-il.

Mais déjà, Yousuf Jeeva affiche sa priorité : la sauvegarde des intérêts de ses employés. Il se dit aussi persuadé que la relance pour son entreprise passera par l’innovation, la compétitivité sur le marché par rapport aux concurrents et l’offre d’un service complet : de la conception à la livraison du produit fini.


Fonction publique

Reprise en trois phases

Une reprise en plusieurs phases basant sur les spécificités et la nature du travail des fonctionnaires. C’est ce qu’avait annoncé Swaminathan Ragen, Secretary for Public Service au sein du ministère de la Fonction publique, dans une circulaire adressée à tous les chefs des ministères le lundi 4 mai.

La reprise pour les fonctionnaires a débuté depuis le lundi 11 mai. Etaient concernés les cadres administratifs, les chefs de départements et de divisions mais aussi les travailleurs manuels appelés à reprendre le service pour nettoyer les bureaux avant l’arrivée d’autres fonctionnaires. Ce fut le cas également pour tous les réceptionnistes et des chauffeurs.

À partir de ce vendredi 15 mai, 30% des personnels restants devront reprendre le chemin du travail. Ils seront rejoints, à partir du 22 mai prochain, par 30% des personnels additionnels. Pour le reste, la reprise se fera le 2 juin, date à laquelle 100% des fonctionnaires devraient être à leur poste.

L’introduction du flexi-time a été préconisée de sorte à réduire la pression sur le transport en commun, surtout aux heures de pointe, permettant ainsi de respecter la distanciation sociale. L’Electronic Attendance System ne sera par contre plus utilisé. Certains fonctionnaires pourront être appelés à travailler pendant six jours au lieu de cinq, surtout ceux dont le travail ont pris du retard. D’autres pourront aspirer à travailler de chez eux (Work from home).


Les self-employed s’activent pour la reprise

Ceux qui travaillent à leur propre compte sont impatients de reprendre leurs activités. Cela fait plus de deux mois qu’ils n’ont pas travaillé et mettent tout en œuvre pour la reprise soit ponctuée de succès.

Shazia Jaffar, esthéticienne : «Une cliente à la fois au salon»

Shazia Jaffar est une propriétaire d’un salon de beauté à Port-Louis. Apres deux mois de confinement, elle s’apprête à rouvrir les portes de son salon. Elle explique qu’elle a mis en place des mesures sanitaires strictes conformant aux règles en vigueur. « Dans ce domaine, l’hygiène est primordiale. Je respectais toujours les mesures sanitaires et désinfectais tous mes accessoires » dit-elle.

Shazia va aussi appliquer les lignes directives émises par le gouvernement. « Les rendez-vous se feront par ordre alphabétique. Les clients seront priés de respecter l’heure exacte du rendez-vous. Il y aura qu’une seule cliente à la fois au salon. Les serviettes et autres accessoires seront nettoyés après chaque visite », avance-t-elle et d’ajouter que les services proposés seront réduits. « D’habitude, je porte un masque mais désormais, je vais aussi porte un ‘face shield’ » indique-t-elle.


Khalid Nasroollah, coiffeur : «Un nombre limité de rendez-vous»

Gérant de Khalid Espace Coiffure à Port-Louis, Khalid Nasroollah se dit soulagé de pouvoir commencer à travailler à nouveau, car les deux mois de confinement ont été durs. Affilié à une organisation en France, il a déjà un protocole à respecter. « Il y aura un nombre limité de rendez-vous au quotidien et pas de file d’attente. Ceux qui arrivent en avance vont devoir attendre à l’extérieur. Le client devra venir seul et pas accompagné », fait-il ressortir.

Khalid Nasroollah dit qu’il va maintenir tous ses services mais avec des précautions sanitaires nécessaires. La prise de température et le port du masque seront obligatoires. « Les clients malades ne seront pas autorisés », ajoute-t-il. En outre, il précise que la désinfection du matériel se fera après chaque visite. À l’approche de l’Eid-ul-Fitr, Khalid dit s’attendre à un engouement pour les services de coiffure.


Salim Muthy, pâtissier : «Ouvrir pour garder la tête hors de l’eau»

Salim Muthy, gérant d’une pâtisserie à Port-Louis, va reprendre ses activités ce vendredi. Il anticipe toutefois une reprise difficile pour deux raisons : le confinement et le Ramadan. Selon lui, ces deux facteurs causeront une baisse d’environ 75% de sa clientèle. Malgré cela, Salim Muthy se dit contraint d’ouvrir, si ce n’est que « pour garder la tête hors de l’eau ». « Nous ne nous attendons pas à faire des ventes conséquentes. Durant le confinement, les gens ne vont pas sortir pour des ‘gulab jamoun’. Sans compter que durant le Ramadan, de tout temps, il y a eu une baisse de vente », fait-il ressortir, soulignant qu’il cible alors une clientèle à la recherche de gâteau pour l’Eid ou les anniversaires.

Il indique qu’il devra toutefois revoir ses méthodes de travail pour notamment respecter les règles sanitaires : port du masque et des gants et l’utilisation de ‘sanitizer’. D’ailleurs, Salim Muthy a restreint l’accès à l’intérieur de sa pâtisserie jusqu’au 1er juin.


La prudence est de mise du côté des salariés

Ajmal Soubraty : «J’appréhendais la reprise mais il faut s’adapter»

Exerçant dans le domaine de la comptabilité à Innodis Poultry Ltd, Ajmal Soubraty a déjà repris le chemin du travail. Cet habitant de Rose-Belle confie qu’il appréhendait la reprise. « Il faut s’adapter. Je prends toutes les précautions nécessaires pour rester en sécurité », relate le jeune homme.

Ajmal dit éviter les rassemblements et va travailler en voiture mise à sa disposition par son employeur. « Aussitôt à la maison, il faut se désinfecter. Je me rends directement à la salle de bain et je laisse mes vêtements à l’extérieur pendant un jour », ajoute-t-il. Jusqu’à présent, son plus grand défi a été de s’habituer au port du masque. « Travailler avec un masque n’est pas très confortable surtout lorsqu’on observe le jeûne », souligne-t-il.


Farheen Peerally : «Nous prenons les précautions nécessaires au bureau»

Claims Officer chez GFA Insurance, Farheen Peerally indique qu’elle fait très attention pour la reprise. « Au bureau, nous prenons les précautions nécessaires. Tout le monde doit obligatoirement porter son masque et se laver les mains. J’avais un peu peur car je suis en contact avec le public. Mais je suis soulagée de savoir qu’aucun client n’est autorisé à l’intérieur sans masque », dit-elle. C’est en voiture que Farheen se rend au travail. À la maison, son époux et elle ont mis en place des consignes à respecter. « Une fois à la maison, je vais prendre une douche et ensuite je m’occupe des tâches ménagères », ajoute cette habitante de Coromandel. Selon elle, il faut s’adapter à ce nouveau mode de vie. « Nous n’avons pas le choix. Au bureau, nous avons mis en place les dispositifs nécessaires. Maintenant, les clients doivent aussi assumer leurs responsabilités », souligne-t-elle.


Shah Nawaz Sohoboo : «Inquiet de voyager par bus»

Shah Nawaz Sohoboo est fonctionnaire et va prendre le travail cette semaine. Habitant de Pailles, il se dit inquiet de voyager par bus pour se rendre sur son lieu de travail, à Rose-Hill. Il confie qu’il va prendre toutes les précautions nécessaires. « Le masque est obligatoire certes mais c’est difficile de le porter toute une journée. Il faut maintenant vivre de cette façon », dit-il.

S’il appréhende de voyager dans les transports publics, Shah Nawaz dit qu’il va falloir s’adapter. « Je vais continuer à adopter les mesures strictes comme le ‘social distancing’ et se laver les mains régulièrement. Au bureau aussi, les mêmes principes seront de rigueur », ajoute-t-il.


Shehzaad Dowlut : «Une présence accrue de la police»

Après deux mois à la maison, Shehzaad Dowlut, receveur à la compagnie United Bus Service (UBS), reprendra enfin le travail. Il dit toutefois craindre pour sa sécurité et celle de ses collèges par rapport aux nouveaux règlements à faire respecter dans les autobus. « Il faudra dispenser du ‘sanitiser’ aux passagers, s’assurer qu’ils portent tous des masques, veiller à ce que leur nombre dans l’autobus ne dépasse pas le seuil autorisé et s’assurer que la distanciation sociale soit respectée, entre autres », explique-t-il.

Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est la réaction des membres du public lorsque les receveurs seront contraints de leur refuser l’accès dans les autobus. « Si lor lagar mem kan pe demarer fini gagne quantite ki bizin, kuma pu fer kan ariv lor ban bistop ? Li pa facil pu fer dimoun compren ki li pa pu cav rentrer, surtou dan period pointe », souligne-t-il. Shehzaad demande que la police accentue sa présence sur les routes à travers des patrouilles afin d’assurer la sécurité des travailleurs du transport.

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