Pour trois familles, le mois de Ramadan et l’Eid-ul-Fitr ont été marqués par une douleur sans précédent. Pour la première fois, elles ont traversé ce mois béni sans leurs proches, arrachés trop tôt par des drames tragiques.
L’absence de Mamode Ali Antoaroo, Saariya Mohammad Gunga et de Nizam Bugloo laisse un vide profond dans chaque foyer, transformant ce temps de recueillement en un moment de tristesse et de nostalgie.
Les repas de rupture du jeûne, les prières collectives et les échanges familiaux qui animaient habituellement ces journées sont aujourd’hui marquées par le silence et l’émotion. Les souvenirs des rires, des gestes de partage et des préparatifs festifs s’imposent douloureusement aux esprits endeuillés.
Lorsqu’est venu le jour de l’Eid, les familles se sont rassemblées malgré tout, mais le cœur lourd. Les fêtes, habituellement synonymes de joie et de célébration, ont été teintées de mélancolie. Ces proches disparus resteront dans chaque pensée, chaque prière et chaque geste de partage, rappelant que leur absence est irréversible.
Disparition de Nizam Bugloo : Une absence qui pèse lourd sur la famille
Ce Ramadan a été particulièrement douloureux pour la famille de Nizam Bugloo, disparu le 4 février dernier. Pour la première fois, il n’est plus là pour partager ces moments qui lui tenaient tant à cœur. Son absence a laissé un grand vide, surtout pour son épouse et ses enfants, qui peinent encore à accepter cette réalité.
Chaque année, Nizam Bugloo faisait du mois béni un moment de solidarité et de partage. Il organisait régulièrement des iftars chez lui, aidait les personnes dans le besoin et distribuait souvent un peu d’argent à ceux qui traversaient des difficultés. Pour l’Eid, il contribuait également à l’installation de banderoles et de pavillons dans le quartier de Vale afin de marquer la fête et créer une atmosphère de célébration.
Homme de foi, il veillait scrupuleusement à observer le jeûne et se levait chaque jour pour accomplir ses prières. « Durant Ramadan, il aimait réunir sa grande famille autour d’un iftar. Frères, sœurs, neveux et nièces se retrouvaient chez lui pour partager le repas dans une ambiance chaleureuse. La famille compte près d’une cinquantaine de membres, et ces rencontres étaient devenues une véritable tradition », laisse entendre un proche.
Perpétuer la tradition
Durant la semaine écoulée, un Iftar Gathering a été organisé dans sa cour, réunissant environ 250 personnes. Ses trois fils ont pris l’initiative de perpétuer cette tradition familiale. Mais malgré l’effort et la présence de tous, une chose sautait aux yeux : l’absence de Nizam. Dans cette cour où il aimait accueillir tout le monde, quelque chose semblait manquer. Sans lui, l’atmosphère n’est plus la même, et pour beaucoup, la cour de Nizam Bugloo ne sera plus jamais tout à fait pareille.
La disparition de Nizam Bugloo, personnalité respectée et très engagée au sein de sa communauté, a profondément marqué les habitants de The Vale. Pendant plus de quatre décennies, il s’est dévoué au service des autres, combinant engagement politique, actions sociales et aide aux plus démunis. Très actif sur la scène locale, il avait été élu à huit reprises lors des élections villageoises et avait dirigé sa liste à quatre occasions. Il avait également occupé le poste de vice-président du District Council du Nord et siégé comme membre exécutif du Parti travailliste (PTr).
Un rêve accompli
Pour rappel, quelques semaines avant son décès, Nizam Bugloo avait réalisé l’un de ses plus grands souhaits : accomplir l’Umrah et se recueillir devant la Ka’aba. Le 19 janvier 2026, accompagné de son épouse, il s’était envolé pour l’Arabie saoudite afin de vivre ce moment spirituel qu’il attendait depuis longtemps.
Cependant, à son retour à Maurice le 3 février 2026, il a été victime d’un malaise soudain à l’aéroport. Souffrant de problèmes cardiaques, il s’est plaint de fatigue intense, de douleurs à la poitrine et de sueurs froides. Il a été immédiatement transféré à l’hôpital de Souillac, où il est décédé. Une autopsie a par la suite révélé que la cause du décès était une infection pulmonaire.
Témoignage poignant de Saadiya : « Un premier Ramadan sans lui… »
Pour Saadiya, ce Ramadan a été vécu avec une vive émotion. C’était le premier mois béni depuis leur mariage, et aussi le premier qu’elle a dû affronter sans son époux. La douleur est encore plus vive pour la famille du jeune homme, surtout pour sa mère, car Saariya était son fils unique.
« C’est le premier Ramadan et Eid depuis que nous sommes mariés et il n’est pas là. C’est vraiment très dur pour nous, surtout pour sa maman », confie la jeune veuve avec émotion.
Elle se souvient encore du Ramadan de l’année dernière, alors qu’ils étaient encore fiancés. À cette époque, Saariya lui avait expliqué qu’il ne viendrait pas lui rendre visite durant le mois sacré afin de respecter pleinement cette période de recueillement. « Li ti dir moi pendan Ramzan li pa pou vini. Li ti garde tou so roza », raconte-t-elle. Et il avait tenu parole.
Rêve inachevé
Mais le jour de l’Eid-ul-Fitr, il était venu la voir dès le matin et avait passé toute la journée chez elle, restant jusqu’à tard dans la soirée. Un souvenir précieux qui reste gravé dans sa mémoire.
Cette année, les choses sont différentes. Pour la première fois, ils devaient vivre le mois de Ramadan ensemble comme mari et femme. « Sa lané la mo ti pli bizin li pou ki nou fer Ramzan ansam. Mé li pa la… nou pena choix, nou bizin aksepte », dit-elle avec tristesse.
Saadiya révèle aussi que son mari avait un projet qui lui tenait à cœur pour l’Eid : remettre sa voiture à neuf afin qu’elle sorte du garage flambant neuve le jour de la fête. Autant de rêves et de projets pour ce jeune couple que le destin a brutalement interrompus.
Drame bouleversant
Pour rappel, un drame bouleversant s’était joué sur la route de Moka, brisant le rêve d’un jeune couple marié depuis à peine cinq mois. À seulement 21 ans, Saariya Mohammad Gunga a perdu la vie dans un accident de la route survenu le mardi 3 février vers 16h30, sur la route principale de Moka, en face du Mahatma Gandhi Institute.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le jeune homme circulait à motocyclette de Saint-Pierre vers Réduit lorsqu’il est entré en collision avec l’arrière d’une voiture roulant dans la même direction. Sous la violence de l’impact, il a été projeté sur la chaussée. Quelques instants plus tard, un autobus venant en sens inverse a heurté la moto étendue sur la route.
Grièvement blessé, Saariya Gunga a été transporté d’urgence à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo. Malgré les efforts du personnel soignant, il a succombé à ses blessures vers 20h35. L’autopsie a conclu à un décès causé par de multiples blessures.
Les conducteurs de la voiture et de l’autobus ont subi des tests d’alcoolémie qui se sont révélés négatifs, tandis que la police poursuit son enquête afin d’établir les circonstances exactes du drame.
Derrière cette tragédie, c’est une jeune épouse de 18 ans, Saadiya, qui se retrouve aujourd’hui veuve après seulement quelques mois de mariage. Originaire de L’Avenir, à Saint-Pierre, Saariya était décrit comme un jeune homme travailleur et respectueux qui venait de lancer son entreprise de lavage de voitures. Sa disparition a laissé une famille et toute une communauté sous le choc
Chez la famille de Mamode Ali Antoaroo : « Sans li, Ramzan ek Eid pa pareil »
Pour la famille Antoaroo de Bon-Accueil, le mois de Ramadan a été empreint d’une profonde tristesse. C’est la première fois que Mamode Ali Antoaroo n’est plus là pour partager ces moments de rassemblement familial qui lui tenaient tant à cœur.
Son frère raconte avec émotion combien sa présence manque dans le foyer. « Sa lané la, premier Ramzan san li. Avant, Ramzan ti touzour ene momen kot tou fami ti pe rassembler. Ti ena lambians, ti ena partaz. Aster, tout dimounn ressenti so labsans. »
Les fêtes religieuses étaient particulièrement importantes pour lui. « Sak Eid, Eid-ul-Fitr ou Eid-ul-Adha, nou ti touzour ansam. Moi mo reste enba et li ti res a letaz, mé nou ti touzour ensam, pe koze riyer. Aster, sa lané la, nepli ena sa ban momen la », dit-il, ému.
Dans la maison familiale, l’absence est encore plus difficile pour leur mère âgée de 79 ans. « Mama resanti boukou so labsans. Souvent li dir li ti abitier koz avek li. Zot ti kontan assize koze dan lacour. Aster li senti vide la. »
La famille compte quatre frères et trois sœurs. Mais cette année, ils ne sont plus que trois frères autour de la table familiale. « Mama ti deza koumans preparer pou invite nou tou, tou ban frer ek ser, kouma tou le lané. Mé seki Allah finn desider, nou bizin aksepter », laisse-t-il entendre.
Pour eux, une chose est certaine : les fêtes ne seront plus jamais les mêmes. « Ramzan ek Eid pa pareil kouma avan. Li finn laisse ene gran vide dan la fami. »
Accident de la route
Pour rappel, Mamode Ali Antoaroo, 60 ans, a perdu la vie après avoir percuté un camion en panne. Ce drame tragique s’est produit le samedi 7 juin sur la route reliant Plateau à La Nicolière. Mamode Ali Antoaroo a perdu la vie après avoir percuté l’arrière d’un camion immobilisé sur la chaussée à la suite d’une panne mécanique. Le chauffeur du poids lourd a été arrêté sous une accusation provisoire d’homicide involontaire.
Il était environ 18h15 lorsque les policiers de Pamplemousses ont été alertés. Sur place, ils découvrent le corps sans vie du motocycliste près de la roue arrière du camion stationné sur la route, face à Ville-Bague. La chaussée était détrempée et la zone plongée dans l’obscurité. Aucune signalisation n’avait été placée pour avertir les autres usagers.
Mamode Ali Antoaroo rentrait de Grande-Rosalie vers Ville-Bague lorsqu’il s’est encastré dans l’arrière du camion. Le SAMU, dépêché sur les lieux, n’a pu que constater son décès. Le conducteur du camion, un homme de 35 ans, s’est présenté plus tard à la police.
À Bon-Accueil, la famille est dévastée. Marié, père de trois filles et grand-père de cinq petits-enfants, Mamode Ali Antoaroo était un homme travailleur et très attaché à sa famille. Ancien tailleur devenu agent de sécurité pendant 35 ans, il laisse derrière lui le souvenir d’un père et d’un grand-père profondément aimé.
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