Tuesday , 3 February 2026

Arnaques à l’Umrah – Maulana Haroon Assen : « Tou dimoun pa kapav vinn organisateur… »

À Maurice, l’Umrah est devenue, pour certains, un commerce sans foi ni loi. Promesses non tenues, pèlerins abandonnés, pression morale sur les plus vulnérables… Face à la multiplication des plaintes et des arnaques, notamment sur les réseaux sociaux, Maulana Abdool Haroon Assen, religieux et travailleur social, brise le silence. Dans l’entretien qui suit, il appelle à une régulation urgente, à la création d’une instance crédible et à une responsabilisation des organisateurs.

Quelle est votre observation sur l’organisation de l’Umrah à Maurice aujourd’hui ?
Il faut d’abord faire une distinction claire entre le Hadj et l’Umrah. En ce qui concerne le Hadj, il existe à Maurice une certaine structure. Les organisateurs doivent répondre à des critères précis et à des règlements établis par l’Islamic Cultural Centre (ICC). Bien sûr, il y a encore des failles et beaucoup d’améliorations à apporter, mais au moins, il existe un cadre, une base sur laquelle on peut travailler et intervenir.

En revanche, lorsqu’il s’agit de l’Umrah, c’est le chaos total. Il n’existe aucune guideline officielle, aucune structure établie par l’État ou par une institution crédible. Résultat : n’importe qui peut s’improviser organisateur d’Umrah, même sans formation, sans expérience et parfois sans aucune connaissance du domaine islamique. C’est extrêmement grave, car l’Umrah est une sunnah fortement recommandée, porteuse d’immenses bénéfices spirituels.

Quel doit être le rôle du pèlerin avant de s’engager à faire ce voyage ?
La personne qui décide d’accomplir l’Umrah fait énormément de sacrifices. Il y a le sacrifice financier, bien sûr, mais aussi le temps, l’énergie, le travail. Certains pèlerins ont des problèmes de santé, d’autres laissent derrière eux leur conjoint ou leurs enfants, faute de moyens pour voyager en famille. Ce n’est jamais une décision légère.
Or, ceux qui partent pour l’Umrah ont aussi des responsabilités : se former, apprendre les règles, comprendre les principes et les obligations liées à ce pèlerinage. Quand l’encadrement est défaillant ou malhonnête, ce sont ces personnes sincères qui en paient le prix.

Plusieurs familles disent avoir été victimes d’arnaques, notamment via Facebook et la semaine dernière, nous évoquions le cas d’un couple victime d’escroquerie liée à l’Umrah. Pensez-vous qu’il est désormais temps de réguler l’organisation de l’Umrah à Maurice ?
Bien sûr qu’il faut réguler. Et pas seulement l’Umrah : beaucoup de domaines à Maurice souffrent d’un manque de régulation. Prenez l’exemple des imams. Kot Imam mem, zordi nou pe viv enn sityasion kot nou nepli koner ki sanla imam ek ki sanla pa imam. Ki sanla finn swiv formation deen ek kapav exercer kouma imam ek ki sanla pa kapav fer imam, maulana, etc. Il est malheureux de dire que j’ai moi-même adressé plusieurs requêtes à différents leaders politiques afin qu’ils proposent une solution. Aujourd’hui, nous vivons dans une situation où l’on ne sait même plus qui est réellement imam et qui ne l’est pas.

Beaucoup de domaines à Maurice souffrent d’un manque de régulation»

Suggérez-vous qu’il faut aussi une instance pour réguler les imams ?
Il existe des instances pour les médecins comme le Medical Council ; il y a le Bar Council pour les avocats et d’autres organismes pour d’autres professions. Pourquoi pas un Religious Council pour encadrer toutes les communautés religieuses ? Lorsqu’une personne se présente comme leader religieux, on devrait pouvoir vérifier ses qualifications académiques, religieuses, mais aussi sa moralité.

Et pour revenir à l’Umrah…
Pour l’Umrah, c’est exactement la même chose. Il faut une instance régulatrice. Li pa possib ki tou dimoun vinn organisateur Hadj ou Umrah dan Moris. En tant que maulana et travailleur social, je reçois depuis des années des doléances de pèlerins. Beaucoup me racontent comment ils ont été trompés, manipulés, parfois même humiliés par certains opérateurs. Il m’est arrivé d’entendre des pèlerins me dire qu’à leur retour, ils doutaient même d’avoir accompli correctement leur Umrah. Des actes obligatoires n’avaient pas été accomplis, tandis que d’autres, qui n’étaient pas nécessaires, avaient été imposés. C’est extrêmement grave sur le plan spirituel.

Qu’avez-vous fait pour dénoncer ces abus ?
Nous avons tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises, notamment lors des sermons du vendredi. Nous avons interpellé les instances politiques, nous avons saisi l’Islamic Cultural Centre à maintes reprises. Malheureusement, il y a eu trop souvent un laisser-aller.

Quelles sont les principales plaintes que vous entendez concernant l’Umrah ?
Les plaintes sont nombreuses et récurrentes. Avant le départ, certains organisateurs promettent monts et merveilles : hôtels proches du Haram Shareef, repas de qualité, Ziyarat bien organisés, accompagnement constant. Mais une fois sur place, la réalité est tout autre. Les hôtels ne correspondent pas à ce qui a été annoncé, la nourriture est insuffisante ou inexistante, les déplacements sont mal organisés. Dans certains cas, les pèlerins sont littéralement laissés à eux-mêmes. Quand ils appellent l’organisateur, personne ne répond.

Mais ce qui est plus grave, voire plus cruel, c’est la pression psychologique exercée sur les pèlerins, surtout avant leur retour à Maurice. On leur dit : « Si ou rakonte seki finn passer laba, ou Umrah pa pou aksepter. » On leur fait croire que tout doit rester secret. Cette pression est particulièrement efficace sur les personnes âgées, qui ont peur de mal faire religieusement.

Quid de l’encadrement spirituel durant l’Umrah ?
C’est un autre problème auquel plusieurs pèlerins sont confrontés. Même si l’on observe un rajeunissement des pèlerins, il existe parfois une défaillance spirituelle. L’Umrah devrait provoquer un changement profond dans le caractère, le comportement, la manière de vivre. Or, cet effet est parfois absent, faute d’encadrement spirituel adéquat. Un Umrah authentique devrait marquer un tournant dans la vie d’un croyant.

Selon vous, comment peut-on procéder pour éviter les arnaques ?
D’abord, la police doit faire son travail. Les arnaques ne sont pas nouvelles, et les médias en parlent de plus en plus. Mais la répression seule ne suffit pas. Je le répète, il faut créer une institution crédible, avec une structure solide, placée sous le contrôle des autorités concernées. Une instance devant laquelle chaque organisateur d’Umrah serait obligé de s’enregistrer. Après une enquête approfondie, cette instance déciderait si l’organisateur est éligible pour obtenir une accréditation officielle. Tou dimoun pa kapav vin organisateur.

En cas de faute ou d’abus, ces organisateurs devraient être tenus responsables et rendre des comptes devant cette instance. Celle-ci devrait également publier une liste officielle des organisateurs accrédités, afin que le public ne tombe plus dans le piège des faux organisateurs ou des faux comptes sur les réseaux sociaux.

Une action concrète de votre part est-elle envisagée prochainement ?
Effectivement. Nous prévoyons très bientôt une réunion regroupant imams et maulanas. L’objectif est clair : adresser une demande formelle au gouvernement et au Premier ministre, afin que ce sujet soit pris en considération avec sérieux et urgence. Il ne s’agit pas seulement de protéger les pèlerins, mais de préserver la dignité de l’Umrah et le respect dû à cet acte spirituel majeur.

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