Tuesday , 22 September 2026
Goolam Coda Baccus était connu pour être un excellent nageur.

Son époux décède deux jours après le nikah – Naseeda Bundhoo : «Goolam ti dir li envi vin mor dan Moris»

Le destin est railleur. Lorsqu’on croit avoir enfin trouvé le bonheur, une simple sortie à la plage peut se transformer en un véritable drame. Naseeda Bundhoo nous raconte cette cruelle vérité.

Ahmad Sheik Goolam Coda Baccus, 72 ans, a péri dans le lagon de Wolmar, Flic-en-Flac, le mardi 1er mars 2022, sous les yeux impuissants de son épouse. Malgré les efforts de la National Coast Guard et du Service d’aide médicale d’urgence, le septuagénaire n’a pas survécu. Cette image hante constamment sa veuve, Naseeda Bundhoo, et cette vive peine se lit encore sur son visage une semaine après le drame. Ils venaient de s’unir et avaient plusieurs projets ensemble mais tout a volé en éclat. Ecrasée par le poids du chagrin, Naseeda accepte quand même de nous recevoir chez elle à Quinze-Cantons, Vacoas, car elle veut rendre hommage à cet homme avec qui elle avait fait le serment devant Dieu de passer le restant de ses jours.

Après quelques minutes, Naseeda brise enfin ce silence embarrassant. Elle confie qu’elle arrive difficilement à surmonter son chagrin. « Nou ti fek fer nikah dimanche dernier (NDLR : 27 février) », dit-elle. Elle ajoute qu’au mois de décembre 2021, elle a fait la connaissance de Goolam Coda Baccus par l’intermédiaire d’un parent. Celui-ci vivait au Québec depuis plus de 50 ans. Chaque jour, Goolam Coda Baccus et Naseeda échangeaient des confidences à travers des appels vidéo sur Skype. Goolam Coda Baccus s’était séparé de son épouse depuis une quarantaine d’années et Naseeda Bundhoo était, elle aussi, divorcée. Au Québec, il avait travaillé comme ingénieur électrique et a même passé plusieurs années dans l’armée.

Signes prémonitoires

De fil en aiguille, l’amitié entre Goolam Coda Baccus et Naseeda Bundhoo se transforme en amour. Naseeda nous avoue qu’elle était même très contente à l’idée de refaire sa vie avec « un homme respectueux très apprécié par tout son entourage ». Lors d’une de leur conservation, Goolam Coda Baccus avait fait part à Naseeda de son ardent désir de retourner à Maurice. « De troi zour avan li vin Moris, Goolam dir moi li envi mor dan Moris akoz dan Canada pa pou fer so mayyat parey kuma fer dan Moris », nous dit-elle. Ce fut un signe prémonitoire que Naseeda Bundhoo n’avait pas compris. Et avant de venir à Maurice, Goolam Coda Baccus a fait un saut chez son cousin à Paris et là encore, il avait laissé entendre à Naseeda que « mo envi fer ene semen kot mo cousin parski mo pa koner si pou retrouv li enkor ».

Le vendredi 25 février 2022, Goolam Coda Baccus débarque à l’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam. Il est accueilli avec joie par la famille de Naseeda Bundhoo. Entourés de quelques proches familles, les deux s’unissent par le nikah qui est célébré par un imam dimanche dernier. Naseeda raconte que le jour du mariage religieux, son époux avait laissé couler des larmes de joie. Il ne cessait d’ailleurs de remercier sa nouvelle épouse. « Li dir moi ki li fine gagne ene vrai fami ki konten li », ajoute-t-elle. Notre interlocutrice se rappelle aussi que son époux lui avait dit : « Mo konten mo fin vin Moris pou ran ene dernier vizit à mo frer ki malade ».

Un bon nageur

Dans la nuit du lundi 28 février au mardi 1er mars, aux alentours de 2h, Naseeda raconte que Goolam Coda Baccus « ne se sentait pas très bien ». « So batmen leker pa ti regilier ek li fin asizer dehor ziska gramatin », indique-t-elle. Cependant, dans la matinée du mardi 1er mars, le septuagénaire respirait la forme et était même pressé de se rendre à Flic-en-Flac pour nager. Selon Naseeda, il était un bon nageur et un sportif émérite. En effet, Goolam Coda Baccus avait remporté le championnat de boxe au Québec dans son jeune âge et il aimait faire la plongée. « Sa zour la li pan pren tou so ekipman. Li pren zis ban palmes ek ver 8h30 lin rentre dan delo. Li ti dir moi pa bizin gagn traka, nek get moi ziska ki distans mo kav aler », se souvient-elle.

Naseeda était assise sur le sable et ne quittait des yeux son époux qui nageait à l’intérieur de la zone de baignade délimitée par des bouées de sécurité. Cependant, au bout de quelques minutes, elle constate que Goolam Coda Baccus flottait sur le ventre dans l’eau. « Mo ti pensé li pe admire ban corail ek poisson mé kan li fine arrive pré ar laplaz ki mone remarker ki pa normal ki li pe res floter kumsa », explique-t-elle. Avec l’aide d’un autre nageur, elle parvient à retirer son époux de l’eau. « Mo fin crier li ek mo fine fer bous a bous. Misier la in fer masaz cardiak », poursuit-elle.

Après l’arrivée d’une équipe des garde-côtes une quinzaine de minutes après l’incident, Goolam Coda Baccus a été transporté à une clinique où on a hélas constaté son décès. L’autopsie pratiquée à l’hôpital Victoria a attribué le décès à une asphyxie due à la noyade. Naseeda Bundhoo arrive difficilement à faire le deuil. « Sa kelke zour ki mo fin kon li la, li ti met ene grand lazwa dan mo leker ek nu ti ena ene gran atasmen », se désole-t-elle. Naseeda dit que son époux voulait la rendre heureuse et elle n’oubliera jamais ces quelques jours passés à ses côtés. « Nou deman Allah du’as ki li gagn Janaat », conclut-elle, émue.

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