Les dégâts causés par Batsirai lors de son passage la semaine dernière sont nombreux. Outre le décès d’un travailleur du transport, le cyclone a laissé derrière lui des personnes qui ont dû faire face à ses effets mais aussi celles qui continuent de subir ses conséquences. Témoignages.
Azhar Jootun, habitant de Mesnil : «Trente ans que nous subissons ce problème à chaque averse»
Chez Azhar Jootun, à Impasse Ramjan, Mesnil, l’eau n’épargne rien sur son passage. « Mes parents et nos voisins subissent ce problème depuis plus d’une trentaine d’années. Pour nous, la situation dégénère dès qu’il y a un avis de pluies torrentielles », nous dit-il d’emblée.
Un cyclone n’arrangeant rien à la situation, lors du passage de Batsirai, le jeune homme et sa famille ont, une fois de plus, subi les conséquences des grosses averses. « Il y a un terrain avec des cavités rocheuses naturelles dans notre ruelle et lors des averses, elles se remplissent vite et le surplus d’eau finit toujours sur la route. L’eau peut atteindre quelques mètres chez certains d’entre nous », indique-t-il. Azhar fait ressortir qu’en dépit de la présence des systèmes d’évacuation, soit les égouts, cela n’est pas d’une grande aide lorsqu’il pleut des cordes. Selon lui, « les égouts construits n’ont pas une grande capacité d’évacuation et lors des grosses pluies, ils sont presque inutiles. »
Ainsi, quand commence le déluge, les eaux s’accumulent très vite dans la rue et se frayent un chemin dans les cours des habitants et subséquemment les maisons. « Nous ne pouvons contrôler les eaux et elles se font naturellement un chemin pour sortir. Malheureusement, la sortie passe par nos maisons », déplore notre interlocuteur. À chaque avertissement de pluies torrentielles et de cyclone, le jeune homme nous indique, qu’il doit s’arranger avec les membres de la famille pour bouger les meubles et les appareils électroménagers. « Nous devons tous porter à l’étage pour éviter qu’ils ne s’abîment. Mais l’eau s’infiltre partout rendant l’utilisation des pièces au rez-de-chaussée impossible et les toilettes inaccessibles », laisse-t-il entendre.
Ras-le-bol des habitants
Azhar Jootun dit noter que le carrelage de sa maison s’abîme peu à peu avec l’eau qui y pénètre. « Mes voisins et nous-mêmes, ne pouvons pas investir à refaire nos maisons à chaque fois », soupire-t-il. De plus, cette situation les oblige à garer leurs véhicules en bordure de route pour éviter tous les dégâts que pourrait causer l’eau. « En plein cyclone, nos voitures sont sur la route et peuvent être endommagées », fait-il ressortir. Les désagréments ne finissent pas pour les habitants de l’Impasse Ramjan ; après les averses et le passage du cyclone, ils doivent attendre plusieurs jours que l’eau sèche. « Et entre-temps, nous avons des moustiques qui pullulent et l’odeur est infecte. Les enfants ne peuvent sortir pour aller à l’école tranquillement et ils doivent porter des bottes », avance-t-il.
Le seul vœu de cet habitant de Mesnil est de ne plus avoir des accumulations d’eau chez lui. « Nous le demandons depuis des années. Tous les habitants de la ruelle sont prêts à assumer leurs responsabilités. Il faut nous raccorder à un système de tout-à-l’égout plus large pour les grosses averses. Nous devons avoir un système d’assainissement efficace comme tous les autres citoyens et cela avant que quelque chose de grave n’arrive. Nous n’en pouvons plus », conclut-il.
Faatimah B. : «Nous sommes restés plus de trois jours sans électricité»
Faatimah B. et ses proches habitent Vallée-Pitot. Ils ont vécu un véritable calvaire lors du passage du cyclone Batsirai. « Nous avons eu une première coupure mercredi dernier alors que le pays était en alerte 3 et par la suite, dans la soirée du même jour, la fourniture a été rétablie », confie-t-elle.
Notre jeune interlocutrice de 18 ans nous explique qu’elle a toutefois remarqué que le câble reliant son compteur au pylône électrique était en mauvais état et ne tenait pas correctement principalement à cause des fortes rafales. « Nous avons appelé une première fois pour une plainte, car cela représentait un réel danger pour les automobilistes, les motocyclistes et les piétons qui empruntaient la voie. En plus, si le câble allait être arraché, nous aurions définitivement été privés d’électricité », poursuit-elle.
Mais le cauchemar ne faisait que commencer pour sa famille et elle-même. « En effet, jeudi matin, le câble a fini par céder et notre compteur avait été aussi arraché et avait volé en éclats », indique-t-elle. Faatimah s’estime heureuse que personne n’ait été blessé. À partir de ce moment, les appels et les allers-retours ont commencé. « On nous a expliqué qu’en plein cyclone, les réparations ne pouvaient être faites mais malheureusement, même quand les avertissements ont été levés, nous avons été oubliés », ajoute la jeune femme. Ce n’est que dans la soirée du samedi que sa maison sera de nouveau raccordée au réseau électrique.
Lenteur administrative
Faatimah dit comprendre que la situation était différente et que le pays avait subi un cyclone mais elle déplore le fait que les démarches administratives sont longues. « Il faut appeler à maintes reprises et sans électricité, nous n’avions pas de téléphone. Les procédures établies ne facilitent pas la tâche du citoyen », clame-t-elle. Elle explique que pendant tous ces jours, ils ont été obligés de vivre à la lumière des chandelles. « Heureusement, nous avons des âmes généreuses qui nous a aidés sinon nous aurions perdu tous nos aliments frigorifiés. Avec la cherté de la vie, ceci est un drame pour le Mauricien moyen », fait-elle ressortir.
Faatimah ajoute, que ses parents, qui sont gérants d’un snack, n’ont aussi pas pu reprendre le travail et c’est une autre perte qu’ils accusent. « Mon frère et ma sœur ont manqué leurs cours et leçons en ligne », avance-t-elle. La jeune femme tient à dire que son cas a nécessité l’intervention de quelques personnes qui ont levé le voile sur sa situation et ont fait remonter ses doléances. « Le député Osman Mahomed et certaines personnes nous ont aidés à sortir de ce pétrin sinon je pense que cela aurait pris encore plus de temps. Je leur suis reconnaissante », confie-t-elle.
Notre interlocutrice fait ressortir que les cyclones sont choses courantes à Maurice, car nous sommes une île tropicale. « En plus avec le changement climatique, je crois que les tempêtes seront encore plus violentes. Les autorités doivent être avant-gardistes et travailler en amont. Les procédures doivent être obligatoirement revues. Il faut mettre en place des équipes qui seront à proximité du citoyen pour que ce dernier ne soit pas pénalisé », préconise l’habitante de Vallée-Pitot.
Iqbal Syed, agriculteur : «Scène de désolation à fendre le cœur»
Iqbal Syed, 56 ans, ne sait plus vers qui tourner. Il est propriétaire de plusieurs champs de papayes et de « violettes » depuis une dizaine d’années. « Je suis fier de mes champs et de mes plantes. Je suis dans la production locale et je contribue à nourrir de manière saine les Mauriciens », confie-t-il.
Comme plusieurs autres planteurs, Batsirai ne l’a épargné. « J’ai investi dans les plantes, le terrain, l’irrigation, la fertilisation et maintes autres choses, et aujourd’hui tout est perdu. Les dégâts sont considérables dans mon cas, car les papayers sont des arbres très fragiles et le fruit est aussi délicat », précise-t-il. En effet, ses investissements, qui tournent autour de Rs 60 000 à Rs 75 000 par arpent, ont été emportés par les eaux et les rafales du cyclone. Iqbal Syed nous fait comprendre que quand il investit dans un champ, ce n’est qu’après huit mois à une année qu’il peut s’attendre à des retours et des bénéfices. « Les récoltes ne sont possibles qu’après ce temps et nous ne gagnons rien financièrement pendant cette saison », souligne le quinquagénaire.
À l’annonce du cyclone et les avertissements successifs, Iqbal Syed nous explique que les agriculteurs sont impuissants face aux intempéries. « Nous ne pouvons rien faire pour sauver nos champs. Nous devons juste attendre que cela passe. Nous vivons au gré du temps et c’est un risque que tous les planteurs prennent », concède-t-il. Le constat a été désolant après la levée des alertes cycloniques pour cet agriculteur. « Je suis allé voir mes champs et il y régnait une scène de désolation à fendre le cœur. Je me suis senti découragé et je me suis resigné à accepter mon sort », se lamente-t-il.
Aucune rentrée d’argent
Pour cet amoureux des plantes, cela a été plus que difficile de voir les centaines d’arbres fruitiers brisés et à terre, d’autres plantes arrachées et jonchant le sol. « J’aurais récolté des fruits pendant deux ans de cette plantation mais tout est définitivement perdu », se désole-t-il. Ayant perdu l’argent investi et n’ayant eu aucune rentrée d’argent, il se demande comment pourra-t-il se permettre de débourser plus pour semer de nouveau ses champs ? Notre interlocuteur trouve désolant que les planteurs comme lui recevront la modique somme de Rs 6000 par arpent comme dédommagement. « À quoi cela servira-t-il ? » se demande-t-il.
Iqbal Syed pense que les agriculteurs contribuent au bon développement et à l’avancement du pays. « De nos jours où vraiment les prix des aliments ont pris l’ascenseur, les producteurs locaux peuvent aider à proposer des prix justes aux consommateurs. Cela allège le panier des Mauriciens », affirme-t-il. Pour lui, si les petits planteurs et les agriculteurs divers ne reçoivent pas un soutien adéquat du gouvernement, ils seront amenés à disparaître. « Dans ce cas, Maurice devra se tourner vers l’étranger pour nos aliments de base. Nous perdrons de notre autonomie et serons dépendants d’eux. En plus, cela coûtera plus cher », tonne-t-il.
Il estime que les autorités peuvent trouver des moyens de les aider. « Qu’on nous facilite le travail. Nous sommes prêts à fournir les efforts nécessaires. Dans mon cas et ceux qui sont dans l’agriculture, on peut nous donner des plantes ou bien même des graines pour nous permettre de redémarrer après le passage de Batsirai. Ce sera déjà une bonne chose », espère-t-il. Comme il en fait la remarque, les planteurs doivent faire face aux intempéries, aux maladies des plantes et aux augmentations du prix des produits qu’ils utilisent, et toute aide de la part des autorités est toujours la bienvenue.
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