mardi , 20 août 2019
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Les nombreuses communautés cohabitent en paix au sein de notre société
Les nombreuses communautés cohabitent en paix au sein de notre société

Tentative de nuire à notre harmonie : NON à la haine raciale !

Ces derniers temps, des groupuscules, fauteurs de trouble et autres pyromanes ont tenté par tous les moyens de nuire à notre harmonie sociale et à l’entente cordiale entre les nombreuses communautés qui cohabitent en paix au sein de notre société. Des graffitis sur les murs des lieux de culte, des propos d’un ministre mal accueillis, une vidéo d’une chaîne de télévision indienne… tout cela a failli provoquer de vives tensions et des conflits à Maurice. STAR  dit un grand « NON » à la haine raciale et prône au contraire le partage interculturel. Des chefs religieux et autres érudits se joignent à nous.

Cassam Uteem : «Revenons à la société de partage, de solidarité, de tolérance et d’harmonie…»

Cassam UteemPour l’ancien président de la République, Cassam Uteem, l’harmonie sociale est menacée pour plusieurs raisons : inégalités dans la société, la misère, les droits bafoués, l’injustice chez une ou plusieurs composantes de la société, la discrimination sur une base ethnique ou religieuse, le favoritisme et le népotisme, entre autres. « Une étincelle peut alors occasionner un embrasement nous projetant tous dans la tourmente et mettant en péril l’harmonie sociale », soutient-il. Selon Cassam Uteem, les messages de haine ou les discours haineux sont souvent l’œuvre de ceux qui ont des interprétations erronées de l’enseignement de leurs religions respectives. Pour mettre un frein aux agissements des fauteurs de trouble, quelle que soit leur religion, l’ancien président avance qu’il faut appliquer la loi qui existe déjà, dans toute sa rigueur, car les réactions à ces messages de haine risquent de déboucher sur des affrontements violents et des bagarres sanglantes avec des conséquences graves pour la paix  et la sécurité du pays et son développement économique et social.

Pour que les Mauriciens restent unis, Cassam Uteem est d’avis que la famille et l’école doivent éduquer les enfants, dès leur plus jeune âge, au savoir-vivre ensemble dans une société multiethnique et multi-religieuse comme la nôtre. « Il y aura alors plus de compréhension et de respect entre les différentes composantes de notre société avec l’espoir de revenir à la société de partage et de solidarité, de tolérance, d’harmonie et de respect mutuel que nous avaient léguée nos ancêtres esclaves et coolies », dit-il.


Père Philippe Goupille : «Notre paix sociale est un cadeau divin»

Père Philippe GoupillePour le père Philippe Goupille, président du Conseil des religions, il est important avant tout de connaître l’intention de ceux qui veulent nuire à notre harmonie. « Dans quel but une personne va-t-elle essayer de faire cela ? Est-ce pour des raisons économiques, psychologiques ou politiques ? Nous l’ignorons car il est difficile de savoir l’intention d’une personne. Néanmoins, nous pouvons essayer de comprendre pourquoi la personne agit de la sorte », dit-il.

Père Goupille avance qu’il y a deux manières pour résoudre ce genre de problème. « Premièrement,  nous pouvons prendre des sanctions légales contre ceux qui incitent à la haine raciale. Mais est-ce que cela va résoudre le problème ou faut-il aller chercher le mal au plus profond ? Et c’est là que le rôle de la religion entre en jeu. Il nous faut accompagner ces personnes dans la voie de la guérison comme on l’aurait fait pour une personne accoutumée à la drogue. La loi a ses limites et ne garantit pas la guérison », souligne-t-il. Se penchant sur la situation à Maurice actuellement, Père Goupille estime que l’apparence peut être trompeuse. « Tout peut paraître calme mais il suffit d’une étincelle pour tout faire exploser. Il faut être prudent. Au niveau du Conseil des religions, nous œuvrons à maintenir l’harmonie tout en éradiquant la peur de l’autre. Les conflits sont souvent engendrés par la peur. C’est pour cela que nous avons lancé un cours sur la paix et la tolérance à l’université de Maurice. Il faut davantage ce genre de formation », ajoute notre interlocuteur.

Selon le président du Conseil des religions, il y a encore des signes positifs à Maurice. « À l’occasion de la fête Eid, j’ai pu constater qu’il y a, de la part de la communauté musulmane, une volonté et le désir de partage. Il faut encourager cela dans nos écoles et entre les voisins pour éviter que les gens ne se renferment sur eux-mêmes. Notre paix sociale est un cadeau de Dieu et œuvrons pour la préserver », lance-t-il à l’intention des Mauriciens.


Pandit Ved Gopee : «Apprenons à mieux connaître notre prochain»

Pandit Ved GopeeLe Pandit Ved Gopee, vice-président du Conseil des religions, lance un appel au calme après les récents événements qui ont faillir  briser le tissu social à Maurice. Selon lui, notre tissu social est fragile mais c’est aussi notre force. « Notre coexistence est unique et tout le monde en parle. Il nous est important d’œuvrer à la préserver jalousement et nous essayons de former les jeunes en ce sens à travers des cours à l’université », avance le prêtre.

Selon lui, chacun doit faire l’effort d’apprendre des autres religions. « Apprenons à mieux connaître notre prochain. La fête Eid a été célébrée cette semaine et il nous est important de connaître et d’apprendre le symbolisme derrière l’Eid-ul-Fitr et aussi pour toutes les autres célébrations religieuses », souligne Pandit Ved Gopee. Il avance que les incidents de ces derniers temps auraient pu avoir de très graves conséquences dans le pays et condamne de tels comportements qui visent à nuire à l’entente interreligieuse à Maurice. « L’île Maurice appartient à tous les Mauriciens et il est notre devoir de tout faire pour protéger le pays contre les têtes brûlées qui ont leur propre agenda », fait-il ressortir.


Nissar Ramtoola, de la Jummah Masjid : «Le peuple mauricien ne s’est pas laissé piéger par les pyromanes»

Nissar RamtoolaPour le président de la Jummah Mosque, Nissar Ramtoola, il est du devoir de tout un chacun de veiller à ce que l’harmonie et le respect mutuel priment en toutes circonstances au sein de notre nation arc-en-ciel. « Chacun doit assumer ses responsabilités à travers ses actions, ses paroles et même ses écritures, et être à la hauteur de ses fonctions. Car n’oublions pas qu’il nous faut léguer un héritage digne de nous-mêmes à la future génération », souligne-t-il. Il est d’avis que nos chefs religieux et nos leaders politiques doivent servir des « role models » à la population

Nissar Ramtoola estime aussi qu’il est temps de revoir notre système d’éducation et de mettre l’emphase sur les vraies valeurs humaines. « Malheureusement aujourd’hui, notre système est davantage axé sur le progrès matérialiste que sur les valeurs humaines », dit-il. Selon lui, les pyromanes ont toujours existé et ils vont toujours essayer de nuire. « Heureusement que le peuple mauricien a su être à la hauteur et ne s’est pas laissé piéger par les agissements de ces pyromanes », ajoute-t-il.

Par ailleurs, le président de la Jummah Masjid conseille aux médias, écrits et parlés, de consacrer leurs colonnes et temps d’antenne à promouvoir le bien et la vérité. « Les médias ont un grand rôle à jouer dans la propagation de la paix et de l’harmonie et pour contrecarrer ceux qui veulent établir un climat de haine et d’instabilité dans le pays », fait-il ressortir. Il tient à rassurer la population qu’il y a un grand respect et un lien d’amitié entre les dignitaires religieux à Maurice. « Sans notre harmonie, il n’y a pas de succès sur les plans social et économique », conclut-il.


Navin Unoop, de la VOH : «Il faut punir sévèrement ceux qui incitent à la haine raciale»

Navin UnoopPour le vice-président de la Voice of Hindu (VOH), Navin Unoop, la loi à Maurice n’est pas assez sévère à l’égard de ceux qui visent à nuire à l’harmonie sociale. « Il faut punir sévèrement ceux qui incitent à la haine raciale que ce soit sur les réseaux sociaux ou en utilisant d’autres plateformes. À Maurice, les réseaux sociaux, à l’instar de Facebook, sont devenus un moyen pour véhiculer toutes sortes de messages par des personnes malintentionnées. Les autorités doivent prendre les mesures qui s’imposent. À Dubaï par exemple, ainsi que dans d’autres pays, certains réseaux sociaux et aussi des sites internet ne sont pas accessibles », avance-t-il.

Navin Unoop soutient qu’après la diffusion en ligne d’une vidéo par Sudarshan News, la VOH a envoyé une lettre à la chaîne de télévision indienne pour exprimer son désaccord tout en réclamant sa suppression sur internet. « Nous sommes à la veille de la tenue des élections générales. Nous savons que des personnes vont tout faire pour déstabiliser le pays car ils ont des visées politiques. Ils veulent nous diviser pour mieux régner. Il ne faut donc pas que les Mauriciens tombent dans leur piège et déclencher des tensions communales à cause de ces pyromanes », prévient-il.

Parallèlement, Navin Unoop estime que chacun doit s’ouvrir à son prochain. « Nous vivons dans un pays arc-en-ciel et il faut que chaque Mauricien, quelle que soit son appartenance religieuse, apprenne à découvrir son prochain pour éviter tout conflit. La violence n’a jamais résolu les problèmes, au contraire, elle l’aggrave davantage », ajoute-t-il. Il tient à préciser que la VOH n’est pas une association qui œuvre uniquement en faveur des Mauriciens de foi hindoue mais pour tous les Mauriciens qui sont victimes d’une injustice ou qui sont dans le besoin.


Yusuf Joomun, de la CDI : «L’éducation et la formation des jeunes sont primordiales»

Yusuf JoomunÉducation et formation. Ce sont deux éléments clés, qui selon le directeur du Centre de Documentation sur l’Islam (CDI), Yusuf Joomun, aideront nos jeunes à mieux vivre au sein de notre société pluriculturelle. Pour lui, il est certain que des gens malveillants veulent semer la zizanie dans le pays. « Pour éviter tout dérapage à l’avenir, il nous est important en tant que musulmans de former et d’éduquer nos jeunes sur les valeurs et les principes de la vie. Bien souvent, le terrorisme est attribué à tort à l’islam. Il est de notre devoir de démontrer le contraire mais il faut avoir la bonne attitude et la bonne approche pour le faire », soutient-il.

Yusuf Joomun estime que face aux récents incidents qui ont failli provoquer des tensions communales à Maurice, il faut une approche basée sur le « juste milieu ».

« Allah nous ordonne dans la sourate 2 au verset 143 que nous devons être une communauté de juste milieu. C’est-à-dire qu’il ne faut pas sombrer dans l’extrémisme et non plus devenir très libéral et ignorer tout ce qui se passe autour de nous. Maurice est un exemple dans le monde pour sa multi-culturalité. C’est certes un cadeau d’Allah et chacun d’entre nous doit tout faire pour préserver ce cadeau », nous dit Yusuf Joomun.


Dr Khalil Elahee : «La force de notre pays, c’est notre vivre-ensemble»

Dr Khalil ElaheeL’harmonie sociale est-elle réellement menacée à Maurice?
Il y a un monde réel où le vivre-ensemble au quotidien se passe relativement bien. C’est ce que nous voyons à l’école, au travail, au marché, dans la rue. Il y a, ensuite, un monde virtuel sur les réseaux sociaux et dans les esprits de certains, souvent des extrémistes de toutes sortes. Là, malheureusement, est  amplifiée la moindre provocation, insulte, ou écart, qui peut venir soit d’ici et d’ailleurs. La menace peut venir de notre inhabilité à être reconnaissants pour tout ce qui passe plutôt bien. Et de parler sans arrêt et réagir de manière exagérée à l’incitation au mal de quelques-uns.

Qu’est-ce qui explique les messages de haine véhiculés par des groupuscules ces derniers temps?
Il faut s’attendre à ce type de messages lorsque nous abordons une campagne électorale, ici ou ailleurs. Sans les réseaux sociaux, cela ne serait pas arrivé. Les élections sont aujourd’hui l’occasion pour les extrémistes de se mettre de l’avant, surtout avec l’échec des partis traditionnels. D’ailleurs,  nous voyons à quel point – des États-Unis à l’Inde en passant par l’Israël, l’Ukraine ou le Nigéria – Facebook joue un rôle majeur dans les campagnes électorales. Ces messages de haine ne doivent pas être circulés mais nous voyons ceux qui s’y opposent devenir indirectement les agents de leur propagation en simplement cliquant sur ‘resend’ ou ‘forward’.

Que faut-il faire pour mettre un frein à ces agissements ?
Il faut utiliser ‘delete’ plus souvent pour envoyer ces messages à la poubelle. Mieux, il faut refuser de les regarder et d’inviter les autres à les regarder. Cela devient frustrant lorsque les gens sont exposés à ces messages, donc sont insultés et agressés, dans leur dignité et psychologiquement, et ne peuvent réagir proprement. C’est sans doute ce que cherche souvent l’individu qui est à l’origine du message. Nous lui faisons un cadeau en accordant tant d’importance à sa provocation. C’est aux autorités d’agir promptement.

Comment peut-on ainsi propager davantage la paix et l’harmonie entre toutes les communautés?
Avant d’arriver au point où les  autorités doivent agir, et ce de manière indépendante et impartiale,  il faut un travail en amont en termes d’éducation. L’esprit critique, la connaissance des religions, l’histoire et même les arts, la philosophie et la culture, bref tout ce qui ne semble pas être utilitaire, ne fait pas souvent partie de nos programmes d’étude. L’enseignement des valeurs est négligé. Les associations socioreligieuses doivent construire des ponts entre elles et entre les gens, et non devenir des « roder bout ». La classe politique est celle que nous méritons finalement. Ceux qui sont une menace pour la paix sociale doivent être rejetés par les électeurs.

On dit que sans harmonie sociale, il n’y a pas de succès sur les plans social, économique et autres. N’est-ce pas ?
Mon humble opinion est que ce qui fait la force de notre pays, Dieu merci, c’est notre vivre-ensemble. C’est cela qui permet le développement et le progrès. Mais il faut rester vigilant. Le respect est durable et réciproque lorsque la connaissance prend le dessus de notre ignorance. La clé est donc dans notre éducation qui ne doit pas être uniquement dans un but utilitaire. Il ne faut pas oublier la dimension spirituelle et morale, surtout lorsqu’on a à cœur l’avenir de nos enfants.

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