mercredi , 23 septembre 2020

Taxes annoncées dans le Budget : les jeunes professionnels froncent les sourcils

Les taxes additionnelles annoncées dans le dernier Budget ont été largement commentées. Au sein de la communauté des affaires, on craint même une fuite du capital humain. La Mauritius Chamber of Commerce and Industry affirme, de son côté, que les nouveaux taux d’imposition sont nettement supérieurs à ceux pratiqués ailleurs, faisant de Maurice une juridiction à fiscalité élevée. Les jeunes professionnels émettent, eux, des réserves quant aux nouvelles mesures fiscales annoncées dans le Budget 2020-2021.

Yaasir Ashrafi Kalloo : «Cela va décourager la création de richesse»

Senior Fund Accountant à Apex Fund Services (Mauritius) Ltd, Yaasir Ashrafi Kalloo explique qu’hormis la hausse du seuil d’exemption, les mesures annoncées dans le dernier Budget ne sont pas toutes en faveur des citoyens mauriciens. Selon lui, Maurice ne sera guère différent des pays européens en raison du prélèvement de 25 % sur le montant excédentaire du revenu imposable à partir du seuil de Rs 3 millions par an. « Notre pays a la réputation d’être une juridiction à fiscalité légère. Je crains que ces nouvelles mesures soient perçues comme un mauvais signal sur le marché financier international pour Maurice et par la même occasion encourager les jeunes professionnels à s’installer ailleurs », dit-il.

Yaasir Kalloo espère néanmoins que c’est une mesure temporaire en cette période exceptionnelle liée à la pandémie de Covid-19. Car, selon lui, cela va clairement à l’encontre de la mission de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) qui est de promouvoir des politiques qui améliorent le bien-être économique et social partout dans le monde. « Le nouveau régime d’impôt à Maurice favorisera ainsi les expatriés à éviter des taux élevés. Dans son discours budgétaire, le ministre des Finances a aussi annoncé un prélèvement de 0,3% pour les sociétés dont le bénéfice brut est supérieur à Rs 500 millions par an. Cela peut mettre l’investissement et l’entrepreneuriat à risque à court terme. En d’autres mots, la fiscalité mauricienne va certainement décourager la création de richesse sur notre territoire », ajoute-t-il.

En outre, notre interlocuteur fait ressortir que la hausse du Solidarity Levy, passant de 5% à 25%, peut décourager les citoyens mauriciens – dont le revenu mensuel dépasse Rs 230 000 – à rester à Maurice. « La roupie s’est dépréciée considérablement pendant cette période de crise sanitaire. Maintenant, payer 25% en plus sous forme d’impôt va encore réduire le pouvoir d’achat de ces individus qui se sont beaucoup sacrifiés pour toucher un tel salaire. On peut s’attendre à ce que les meilleurs talents du pays s’installent ailleurs après la pandémie », craint l’expert-comptable.


Farheen Utim : «L’augmentation des taxes n’est jamais très bien accueillie»

Farheen Utim, Associate Auditor, est d’avis que « l’augmentation des taxes n’est jamais très bien accueillie par les contribuables ». Elle explique que la hausse du Solidarity Levy affectera non seulement les employés, mais aussi les employeurs, qui devront débourser davantage pour les cotisations mensuelles, ce qui finira par augmenter les coûts salariaux. « Maurice fait face à d’énormes dettes et à un taux de chômage de 17%. Malgré les mesures annoncées dans le Budget 2020/2021 pour inciter les gens à rester à Maurice, l’avenir demeure très sombre et incertain. En dépit de ces mesures, des Mauriciens trouveront l’herbe plus verte ailleurs. Cependant, les étrangers pourraient être encouragés à résider à Maurice », fait-elle ressortir.

Aussi, Farheen Utim avance que les titulaires d’un permis de travail pendant trois années consécutives pourront désormais prétendre à un permis d’une période de 10 à 20 ans. « Ces mesures inciteront les étrangers à rester à Maurice. D’autres initiatives telles que la réduction des investissements à 50 000 USD nécessaires pour obtenir un ‘Occupation Permit’ stimuleront l’investissement », dit-elle.


Taslima Fokeera : «Le taux d’imposition était déjà élevé à Maurice»

Manager chez HBL, Taslima Fokeera est d’avis que les impôts pour les sociétés auraient dû être appliqués sur les bénéfices au lieu du revenu brut. « Les entreprises engagées dans la fabrication des produits pharmaceutiques et l’aquaculture bénéficieront d’une exemption fiscale de 8 ans. Il s’agit d’une mesure positive afin d’encourager davantage la production locale au lieu de dépendre fortement des importations », souligne-t-elle.

En ce qui concerne les impôts indirects, notre interlocutrice accueille favorablement la mesure ayant trait au paiement de la TVA à partir de la date de réception au lieu de la date de facturation. Selon elle, cela réduira la charge, car des fonds énormes sont impliqués dans le secteur de la construction. En matière d’impôt sur les revenus personnels, Taslima Fokeera précise qu’avec la Solidarity Levy qui passe de 5% à 25%, cela engendra un exode des cerveaux. « Le taux d’imposition était déjà élevé à Maurice par rapport à d’autres pays surtout si on compare le niveau de vie. Dans d’autres pays comme Singapour, pays sur lequel de nombreux politiciens aiment faire une fixation, le taux d’imposition est plus bas et ce, avec un meilleur niveau de vie », dit-elle.

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