samedi , 11 juillet 2020
Osman Badat

Osman Badat, Partner à McMillan Woods : «Même si le contexte est différent, il faut laisser faire les opérateurs»

Le gouvernement a posé les jalons et c’est au tour des opérateurs de s’adapter et de réinventer leur « business model ». C’est l’avis d’Osman Badat, Partner à McMillan Woods et co-fondateur de la plateforme de financement participatif, Olive Crowd. Selon lui, si les mesures annoncées sont implémentées avec efficacité et sans retard, le plan de relance du ministre des Finances tiendra la route.

Quelle est votre lecture du Budget 2020-2021 présenté, jeudi, par le ministre des Finances?
Tout d’abord, ce qui m’a interpellé, c’est l’ampleur des dégâts causés par la pandémie de Covid-19. D’après les dernières estimations, pour l’exercice 2019-20, il y a un écart de Rs 46,7 milliards par rapport au budget pour la même période. J’ai aussi pu comprendre, selon les chiffres présentés, que la situation retournera au même niveau d’avant-COVID qu’à la fin de l’exercice 2023-24. C’est énorme comme impact. Sinon, en termes de mesures budgétaires, à mon avis, il en existe suffisamment pour relancer la machinerie économique si elles sont bien implémentées. On pourra en plus compter sur l’aide des futurs champions de Premier League (Ndlr : Liverpool) pour relancer le tourisme. Comme quoi, si vous voulez réussir, « join a winning team » !

Le Grand argentier veut, à travers le secteur de la construction, créer un effet multiplicateur dans l’économie. C’est faisable?
Le temps nous le dira ! Il y a deux soucis avec la construction et des projets d’infrastructure publique. Premièrement, la tergiversation et deuxièmement la capacité à implémenter ces projets. Les délais fixés sont très ambitieux. Je ne sais pas si on parviendra à construire 4 000 logements sociaux annuellement au cours des trois prochaines années. C’est un raisonnement similaire pour inciter à la consommation ‘Made in Moris’. La démarche est louable mais je ne suis pas sûr qu’on ait la capacité et les compétences voulues pour satisfaire toute la demande. Mais en même temps, c’est une opportunité. De nouveaux segments du marché ont été créés, le taux à l’emprunt est à son niveau le plus bas. La seule façon de survivre c’est de se réinventer : on a là des conditions qui favorisent la protection de l’emploi et la croissance.

Quelles sont les conditions qui seront nécessaires pour que le plan du ministre Padayachy marche comme prévu ?
Tout simplement une implémentation rapide et efficiente des mesures sans gaspillage des ressources. Seront aussi nécessaires : une bonne gouvernance et des leaders responsables et solidaires. Cela dit, il ne faut pas hésiter à revoir sa copie si certaines mesures ne marchent pas.

Plusieurs mesures ont été annoncées à l’intention des PME. Permettront-elles de mettre une fois pour toutes ce secteur sur les rails ?
On se pose la même question à chaque discours budgétaire, n’est-ce pas ? Je me réjouis toutefois que pas mal de recommandations, qu’on a préconisées pour les PME depuis de longues années, ont été enfin annoncées dans le Budget sous forme de mesures. Il y a tout d’abord le délai de paiement en 14 jours. Le retard de paiement est une des causes majeures de la mauvaise trésorerie des PME. C’est pire que ne pas avoir accès aux financements bancaires. Certaines grosses entreprises et le gouvernement prenaient les PME pour leur banque ! On espère que les autorités imposent cette mesure aussi aux grosses entreprises privées. Il y aussi l’annonce de la création d’un Venture Capital Market destiné aux start-ups et aux PME. C’est énorme comme mesure : démocratiser l’accès aux finances privées. Et puis, il y a le DBM Campus Entrepreneur Challenge.

Il ne faut pas hésiter à revoir sa copie si certaines mesures ne marchent pas»

Certains avancent que ces mesures encouragent les entrepreneurs à contracter des prêts alors qu’ils sont déjà fortement endettés. Est-ce vraiment le cas ?
Le taux à l’emprunt est de 0,5% pour les entreprises en difficulté. C’est un risque à prendre. Pour ceux qui ne souhaitent pas contracter les prêts, il y a toujours le financement participatif comme le « crowdfunding ». Même si le contexte est différent cette année, n’oublions pas qu’un exercice budgétaire comprend une période de 1 à 3 ans. Toutes les autres facilités qui existaient avant sont toujours disponibles. Par exemple, les facilités offertes par SME Mauritius sont intéressantes dans le contexte actuel.

Par ailleurs, certains observateurs qualifient le budget de « Robin des Bois ». Partagez-vous leur avis ?
Moi, j’aimerai bien être dans une position où j’ai à payer plus d’impôts. Entre d’autres mots, ça veut dire que je gagne beaucoup plus d’argent. Regardez-le d’une autre façon. Moralement, si vous gagnez plus, il faut bien dépenser plus afin d’aider les plus démunis, surtout dans le contexte actuel. C’est plus ou moins la même chose, n’est-ce pas ?

Les mesures fiscales ont été diversement commentées. Avec un prélèvement de 25 % sur le montant excédentaire du revenu imposable pour ceux touchant plus de Rs 3 millions par an, il est clair que Maurice va perdre son statut de pays à fiscalité légère. Quelles en sont les implications ?
À moins que je ne me trompe, cette mesure ne s’appliquerait pas aux étrangers résidents. Ce n’est pas nouveau. Le Solidarity Levy existait même si avant, le taux était de 5% sur le montant excédentaire à 3,5 M.

Courrons-nous le risque d’un « Brain-drain » alors que le pays a besoin de talents pour affronter la crise ?
Je ne partage pas cet avis. Ce qui manque à ce Budget pour moi, c’est la coopération régionale. Cette plateforme est quasi-inexistante. Aussi, il fallait mettre plus d’accent sur l’accès aux nouvelles technologies ainsi qu’aux facilités aux personnes et entreprises qui souhaitent acquérir de nouvelles compétences.

Sinon, êtes-vous surpris que pas grand-chose ait été annoncé au niveau du tourisme, du secteur manufacturier et celui des finances ?
Mais si. Mes amis, les fans de Liverpool, ne vont pas être contents que vous disiez cela ! En regardant les estimations détaillées, on peut voir qu’il y des dotations assez importantes. On ne sait pas encore quand et à qui nos frontières seront rouvertes. Je suis cependant confiant que dès que les frontières seront rouvertes, les touristes viendront à Maurice. Les nouvelles mesures sur les permis de séjour et les permis de travail aideront aussi à booster le tourisme.

Dans quelle mesure ?
Voyez-vous, la spécificité d’un marché libre, c’est de laisser faire les opérateurs même si le contexte est différent cette fois. Le gouvernement a jeté les bases et c’est maintenant aux entreprises de « take up what’s on offer », prendre des risques et réinventer leur business model. J’insiste sur ce point, car le discours est pertinent dans le contexte actuel. Quand on parle de tourisme, on pense uniquement à des choses tangibles. Quid de la réalité virtuelle et la transformation digitale pour relancer le tourisme et notre économie ? Il faut réfléchir sur cet aspect aussi.

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